Comités Syndicaliste-Révolutionnaires

Les premiers Comités Syndicalistes révolutionnaires sont apparus en 1920 sur l’initiative des militants de la Vie Ouvrière (journal de la CGT). Cette tendance s’est crée avec un double objectif. Tout d’abord défendre les principes révolutionnaires et le fonctionnement fédéraliste de la CGT, menacés par la dérive social-démocrate du Bureau Confédéral. Les CSR s’organisent dans les syndicats, les fédérations, les UL et UD.
Le second objectif consiste à préparer la CGT à impulser la lutte révolutionnaire et de l’y aider en coordonnant les militants SR dans leur action et réflexion. En quelques mois, plusieurs dizaines de milliers de militants et de très nombreux syndicats se rallient à l’action des CSR. Mais le reflux du mouvement révolutionnaire européen va provoquer une implosion des CSR et le repli de nombreux militants sur les logiques d’appareils (sectarisme, affinité). 90 ans plus tard cette dérive affinitaire semble enfin s’achever. Cette première expérience des CSR, intervenue trop tardivement en 1920, demeure la plus aboutie. Elle démontre qu’en période révolutionnaire, l’outil syndical apparaît comme le seul capable d’intégrer le prolétariat dans une dynamique révolutionnaire. Les révolutionnaires de l’époque se sont posés la question de la structure permettant aux travailleurs-euses de prendre le pouvoir et l’organiser le Socialisme. Cette réflexion n’a pas vraiment progressé depuis.

Nous nous situons dans cette défense du syndicalisme révolutionnaire et gestionnaire, indépendant de l’Etat, du Patronat, des organisations affinitaires (idéologiques, philosophiques, politiques) ainsi que des églises. Le syndicalisme doit assurer l’action revendicative quotidienne tout en préparant la révolution qui est la seule voie pour ne plus subir l’exploitation et la domination bourgeoise et capitaliste. Il doit aussi dès aujourd’hui construire une contre-société gérée par les travailleurs-euses eux-mêmes. Cette CGT du tout début du 20ème siècle est un modèle international, car c’est le premier syndicat de masse dans lequel le syndicalisme révolutionnaire est majoritaire en tant que courant et où i les dote d’une pratique et d’une théorie propre qui trouvera sa concrétisation dans le Congrès d’Amiens en 1906.
Il s’agit là d’un signe de maturité du mouvement ouvrier et syndical porté par la CGT : autonomie ouvrière, gestion ouvrière des services socialisés dans les Bourses du Travail, perspective révolutionnaire à la lutte de classes,... face aux autres groupements syndicaux mondiaux déjà englues dans une vision confuse de la lutte des classes. Car l’absence d’autonomie ouvrière ne peut amener le prolétariat qu’à l’échec comme cela a été le cas avec le Secrétariat Syndical International, mais aussi suite aux dérives de l’Internationale Syndicale Rouge dans les années 1930 et à la dynamique sectaire de l’anarcho-syndicalisme. Chaque bureaucratie, liée ou non à un état capitaliste favorisera la défense de son appareil bureaucratique contre toute perspective d’émancipation ouvrière qui ne peut passer que par l’unité organique de la classe.

Le Syndicalisme Révolutionnaire, aujourd’hui minoritaire, continue à vouloir faire entendre sa voix à côté des autres courants syndicaux qui se revendiquent de la lutte des classes. La construction du Front Unique avec ces camarades ne doit pas se faire sur une base opportuniste mais au contraire en développant le débat fraternel sur les questions stratégiques propres aux principes de la démocratie ouvrière. Cette tendance est tout aussi indispensable pour mener le débat stratégique au sein des confédérations, pour avancer des perspectives et défendre le fonctionnement fédéraliste et démocratique de nos organisations de masse. Nous nous revendiquons des principes d’autonomie ouvrière de la Première Internationale : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. ».
Nos comités regroupent donc exclusivement des prolétaires syndiqué-e-s. Les organisations prolétariennes doivent être composées d’exploités afin d’assurer l’indépendance de classe. L’organisation syndicale est un outil de lutte mais aussi l’embryon de Socialisme permettant aux travailleurs-euses de gérer immédiatement et collectivement des espaces socialisés : activités d’entraide, de loisir ouvrier, de formation, de culture autogérée,...

Notre but n’est donc pas de prendre la direction des syndicats par des manœuvres d’appareil ou des « fractions » politiques. Nous défendons nos propositions au grand jour en renforçant la formation, la capacité de débat, l’esprit critique d’un maximum de travailleurs-euses. Nous voulons contribuer à l’éducation et à l’auto-organisation de notre classe pour défendre nos intérêts communs. Nous sommes forcés de constater qu’aucune confédération n’offre des pratiques démocratiques satisfaisantes car elles sont influencées par la culture capitaliste et bourgeoise ambiante et par un processus de bureaucratisation qui s’alimente des défaites et contribue surtout à les créer.
Beaucoup de syndicats de base ont également tendance à se replier sur des logiques corporatistes et égoïstes, en se justifiant au passage par de beaux discours. La responsabilité des militant-e-s CSR est donc de favoriser le respect des statuts fédéralistes et de les faire vivre afin de redonner une dynamique interprofessionnelle et d’industrie aux syndicats de base. Contrairement à de nombreux courants dits « anti-capitalistes » ou « révolutionnaires » nous rejetons ce phénomène de repli et combattons le fait que la confédération syndicale de classe sous-traite son projet social aux partis et organisations politiques.
Les CSR prennent donc leur responsabilité en menant la bataille des idées au sein des instances syndicales pour ne pas se satisfaire d’un vision simpliste de dénonciation stérile des bureaucraties en place. La meilleure façon d’isoler les bureaucrates est d’agir avec une stratégie alternative efficace et organisée. Ces bureaucraties syndicales vivent de la gestion de l’organisation syndicale et défendent leurs intérêts de classe, ceux de l’encadrement, en refusant donc de mener le combat communiste pour la disparition de la division sociale du travail. Mais beaucoup de syndiqué-e-s, militant-e-s, portent aussi la responsabilité de cette dérive en acceptant la délégation de pouvoir.

Nous avons donc recréé les CSR pour remédier à toutes ces faiblesses, relancer la réflexion dans le mouvement syndical et faire vivre un renouveau des pratiques syndicalistes révolutionnaires qui ont fondé la confédération CGT. Cela s’imposait à nous pour être efficace dans notre activité syndicale quotidienne car sans outils révolutionnaire, il ne peut y avoir ni perspective révolutionnaire, ni militant-e révolutionnaire. Après plus de 30 années de défaites ouvrières, l’heure n’est plus à la défensive. Aucune bataille n’a jamais été gagnée en s’appuyant sur une stratégie défensive. Le projet révolutionnaire, structuré autour d’une stratégie et d’une intervention tactique est plus que jamais une nécessité. Pour faire vivre ce projet, il faut des militant-e-s organisés sur une base collective : une tendance.

- Cette tendance ne se focalise pas sur des spéculations philosophiques mais sur une intervention structurée :

- Développer des outils de solidarité interprofessionnelle (telles les Bourses du travail de la CGT du début du 20ème siècle) pour re-syndiquer le secteur privé et les PME en apportant un soutien aux sections syndicales d’entreprises.

- Réorganiser les syndicats d’entreprises en véritables syndicats d’industrie selon le modèle historique du syndicalisme de classe.

- Reconstruire la sociabilité ouvrière grâce à des activités d’entraide socialisées.

- Coordonner les syndicalistes révolutionnaires en isolant la bureaucratie pour rendre démocratique nos syndicats en redonnant le contrôle aux adhérent-e-s et militant-e-s.

Le Socialisme se construit dès aujourd’hui, dans nos organisations de classe, le seul vrai contre-pouvoir prolétarien, le seul outil d’unification et de gestion de la classe. L’organisation confédérée est l’outil de masse. En parallèle, le CSR est indispensable pour élaborer une réflexion stratégique et l’appliquer collectivement sur le terrain pour enrichir l’action l’action des syndiqué-e-s. Nous invitons donc tous les militant-e-s qui veulent inscrire leur action syndicale dans une démarche sincère d’émancipation totale des travailleur-seuses, une démarche révolutionnaire, à venir nous rejoindre pour construire, renforcer cet outil.