Le syndicalisme jaune.

Nous assistons depuis quelques années à une situation syndicale exceptionnelle dans le sens où jamais un tel fossé n’a existé entre les directions syndicales et les travailleurs. Le premier signe est bien sur le faible taux de syndicalisation, mais la crise est bien plus grave si l’on tient compte de l’inadaptation du syndicalisme majoritaire aux besoins de la classe. Et pourtant, le niveau de conscience de la classe est, lui aussi, globalement en net recul. Ce fossé grandissant ne peut donc s’expliquer que par l’institutionnalisation du mouvement syndical ou du moins de ses principales organisations.

Cette dérive est telle que l’on est à même de se demander si certaines organisations peuvent encore se dénommer “syndicat”. Même d’un point de vue strictement républicain, le droit oblige un syndicat à faire la preuve de son indépendance à l’égard de son employeur. Or à ce jour, le financement des confédérations provient en majeur partie des employeurs : décharges attribuées à des permanents, moyens matériels, aides financières directes ou "informelles", …
Certains termes péjoratifs marquent les consciences militantes : "collaboration de classe", “ jaunes ”, “ syndicalisme patronal ”, voire “ fascistes ”. Les choses sont d’autant plus compliquées que les limites sont loin d’être nettes entre les différents courants qui participent à la collaboration de classe. Car la plupart des centrales syndicales jonglent avec plus en moins d’habileté entre la défense des intérêts des travailleurs et les intérêts généraux de l’entreprise et de la nation.

Cette dérive nous a amené à poser une réflexion sur ce qui est communément dénommé "syndicalisme jaune". Aucune histoire ou réflexion globale n’a été menée sur ce sujet qui reste à étudier plus en détail. Sommes-nous en train d’assister à la réapparition d’un tel syndicalisme ? Peu de réflexions sont menées dans cette direction et pourtant elle mériterait d’être posée afin de définir les moyens de la combattre.


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