Grève reconductible des Cheminots

Seule la lutte paie !
mercredi 27 décembre 2006
par  CSR

C’est comme l’histoire du verre à moitié rempli. Toutes les revendications n’ont pas été gagnées avec un seul jour de grève. Mais on peut considérer que la grève des Cheminots du 21 novembre 2005 a été un succès :
-  850 emplois sauvegardés sur les 3500 suppressions de postes prévues
-  un début d’augmentation générale de salaire (0,3 %)
-  le doublement d’une prime qui compte pour l’assurance-maladie contrairement à la prime d’intéressement du patron et de la CFDT
-  engagement par écrit du Ministre des transports à ce qu’aucune fermeture de ligne n’ait lieu
-  70 millions d’euros supplémentaires à la modernisation des voies
et cerise sur le gateau la réintégration de la filiale privée ID-TGV dans la SNCF !

Sont également des acquis positifs, les engagements écrits du Ministre des Transports et les déclarations publiques du Président de la République sur la non-privatisation de la SNCF. Mais la privatisation continue malgré tout d’avancer.

La privatisation de la SNCF est bien rampante comme l’ont dénoncé nos syndicats de classe (SUD et CGT). La Direction de la SNCF et le gouvernement ne veulent surtout pas d’une bataille frontale avec les Cheminots. Ils se souviennent bien de la grève de 3 semaines de Décembre 95 où les Cheminots ont gagné une nouvelle politique de développement du train (des embauches massives, politique de volume entrainant un développement du train

Alors pour éviter cette bataille frontale, la direction a une vraie stratégie. Elle ne remet surtout pas en cause le la Convention Collective des Cheminots (le « Statut ») avec la retraite à 50 ans pour les conducteurs qui représentent 10% des Cheminots (c’est 55 ans pour tous les autres) et la protection contre le licenciement.

Par contre elle effectue un grignotage régulier et constant de l’entreprise de service public.
Elle vend par morceaux : la messagerie (les colis) SERNAM, le réseau téléphonique interne Télécom développement, l’usine hydroélectrique SHEM, Reprofilage des roues…
Elle filialise : Thalys, Eurostar et tout le trafic voyageur international, Voyages SNCF.com pour les voyageurs, EFFIA pour l’accueil en gare…
Elle restructure à tour de bras : fusion entre établissements, regroupement des services administratifs et financiers au niveau régional avec à chaque fois des suppressions de postes…
Elle externalise les charges de travail à des sous-traitants : Chaudronnerie à ServiLoire, Nettoyage des trains, des locaux et grenaillage à USP, Régénration des voies à des entreprises privées, Gardiennage à Sécurifrance…
Elle supprime des emplois au maximum : alors que les départs en retraite sont connus 30 ans à l’avance, la Direction attend le dernier moment pour effectuer les recrutements qui nécessitent 80 jours pour se faire (entretien, tests…). Et encore tous les départs à la retraite ne sont plus remplacés.
Les embauches réalisées dans le cadre de la Réduction du Temps de Travail à 35h ont amené les effectifs des Cheminots à 176 479 en 2001. En 2005, nous sommes moins de 165000. Chaque année le patron supprimme entre 3 et 4.000 postes de travail par le non-remplacement des départs en retraites.
Parallèlement à ces suppressions de postes, la direction introduit de plus en plus les contrats précaires (CDD et intérim). Ce qui lui permet également de ne pas faire d’embauches.

Cette Casse de l’entreprise, les Cheminots en sont plutôt conscients puisqu’ils la vivent au quotidien. Cela pose notamment des difficultés pour prendre ses congés quand il n’y a plus personne pour faire le boulot. Alors pour faire passer la privatisation, la direction met les moyens en propagande afin de faire passer pour moderne une vulgaire gestion capitaliste. Le patron dépense un budget énorme pour la communication : forum pour les jeunes embauchés où on critique les grèves, des tonnes de journaux couleurs mensuels avec des photos.
Ces deux derniers moyens de communication peuvent être appréciés par les cheminots car ils permettent de découvrir les nombreux métiers de la SNCF. L’autre moyen de découvrir l’entreprise étant le Syndicat avec les tournées syndicales interservices et la rencontre des adhérents des autres services que le sien.
Le patron n’hésite pas à utiliser les mêmes méthodes que les syndicats : tracts, affichages dans les ateliers et les bureaux.
Des forums sont également organisés. La direction sélectionne des cheminots et les fait participer à un débat très orienté par des professionnels de la communication pour les faire adhérer à son « Projet industriel ».
Pour porter sa politique de privatisation, la direction tente de formater son encadrement et sa maîtrise à une culture d’entreprise capitaliste : la culture de résultat financier, la concurrence, le salaire à l’intéressement…
La direction n’hésite pas à utiliser les mots « cheminots » et « service public » alors qu’elle fait tout le contraire. Comme dans le roman d’Orwell, « 1984 », le patron invente une nouvelle langue pour cacher ses sals coups.

Comme dans le reste de l’industrie, un tiers des Cheminots vont partir à la retraite dans les 10 prochaines années. La Direction sait qu’elle a tout intérêt à formater les jeunes embauchés pour imposer sa gestion capitaliste dans le futur. Le Patron favorise au maximum les jeunes salariés en lâchant quasiment toutes les promotions (qualifications) aux plus jeunes au détriment des anciens. Elle utilise donc les salaires pour mieux diviser les générations.

Grâce au travail de terrain des militants, nos organisations syndicales restent fortes avec un taux de syndicalisation de plus de 20% chez les cheminots. Une tradition syndicale de lutte de classe nationale mais aussi locale demeure chez les cheminots et auxquelles les jeunes participent (débrayages pour les conditions de travail, pour l’embauche des intérimaires, pour les salaires, contre les sanctions injustes…). Le gouvernement et la direction ont lâché sur une partie de nos revendications car ils ont bien peur que les cheminots soient de nouveau la locomotive d’un nouvelle grève interprofessionnelle reconductible. La proposition de la reconduction de la grève plutôt que des journées répétés de 24h montre que seule la peur d’une grève généralisée peut faire céder les capitalistes.

La propagande médiatique de la télé et des journaux bourgeois et la communication anti-grève du patron n’avait qu’un but : décridibiliser la grève. La CFDT-Cheminots qui a clairement choisi la collaboration de classe, a utilisé toute son action à briser la grève avec des arguments pire que le patron. Ce bourrage de crâne a eu bien sûr un impact. Malgré tout les chiffres de grévistes fournis par la Direction qui avait tout intérêt à minimiser la mobilisation parle de 25% de grévistes. C’est une bonne mobilisation mais c’était insuffisant pour aller très loin.

Alors pourquoi cette faiblesse dans la mobilisation ?
La situation n’était pas facile pour nos syndicats. La Direction nous a tendu un sacré piège avec la « prime d’intéressement » de novembre 2005. Cette « prime » avaient été signée par les syndicats jaunes CFDT et CFTC. Les syndicats de classe CGT, SUD et FO qui sont majoritaires dans la SNCF peuvent s’opposer à cette accord. Si ils ne le faisaient pas, la direction aurait pu dire que nous baissions notre froc. Nous avons refusé cette prime car cela revenait à accepter le budget du patron qui prévoit 4.000 suppressions de postes chaque année pour faire des bénéfices et donc payer cette « prime aux emplois sacrifiés » . Les fédérations syndicales ont été courageuses et ont réaffirmé leur volonté de défendre le service public, l’emploi et leur refus de la logique financière. Mais les Cheminots moins combatifs sont quand même déçus de ne pas avoir touché la prime de 160€ promise par le patron. La CFDT qui ne fait plus de syndicalisme sur le terrain utilise cette affaire pour faire croire qu’avec elle on peut toucher de l’argent sans faire grève !

Les échecs successifs des marins de la SNCM et des chauffeurs de bus de la RTM à Marseille ont probablement pesé sur les consciences. Seule SUD-Rails a évoqué la possibilité d’une action commune avec ces ouvriers pour défendre ensemble ces services publics.

Le Statut qui protège contre le licenciement (sauf faute très lourde) joue également contre la mobilisation. Une partie des cheminots peut se dire qu’il n’y a pas vraiment besoin de se battre contre la privatisation puisque de toute façon ils seront reclassés dans un autre service si on ferme le leur.

Ces problèmes de restructuration, filialisation, sous-traitance, précarité, salaires à la tête du client sont les problèmes de tous les travailleurs dans toutes les entreprises. Ce sont les problèmes que rencontre toute la classe ouvrière.

La perspective d’action pour les Cheminots est donc bien une nouvelle grève reconductible avec la possibilité d’extension aux autres secteurs de l’économie. Mais comme pour Décembre 95 et les Retraites en 2003, nous ne pourrons construire un tel mouvement interpro que si nous organisons la solidarité interpro au quotidien. Le renforcement de nos Unions Locales en y consacrant une partie de notre temps militant est plus que d’actualité.

Il ne servirait à rien de se battre pour notre Statut de Cheminot si nous laissons les patrons exploiter les chauffeurs routiers au SMIC horaire. Pour combattre la concurrence organisée par les patrons dont le groupe SNCF qui est également le premier transporteur routier, il est impératif d’être solidaire des chauffeurs de camions.
Lors de la dernière grève des routiers face à au Ministre Sarkozy qui menaçait de retirer les permis des chauffeurs grévistes, l’absence des autres professions pour renforcer le piquet de grève face aux policiers a été une grave erreur.

Les syndicats des bastions du secteur public doivent donner une partie de leurs forces à soutenir l’organisation des travailleurs du privé. Si nous n’avons pas appris à lutter ensemble au quotidien face aux patrons, comment pourrions-nous nous retrouver ensemble dans une grève commune ?