Reconstruisons l’unité syndicale

70 ans après l’unification de 1936,
mercredi 13 décembre 2006
par  CSR

Depuis 2003, le mouvement syndical subit une série de défaites dramatiques : après celle sur les retraites, nous avons du assumer celle sur l’Assurance Maladie (2004), sur l’Ecole (2005) et finalement celles dans les services publics (EDF, SNCM, RTM). En parallèle toutes les grandes entreprises et services publics ont été le terrain de reculs significatifs sur l’emploi, le temps de travail et les conditions de travail (flexibilité, précarité, individualisation,…).

Les seules victoires remportées l’ont été dans de petites entreprises où le syndicalisme venait de s’implanter et pouvait donc faire appliquer enfin une partie du code du travail. Dans la plupart des cas ces victoires ont été possibles grâce à une dynamique de mobilisation collective, combative, unitaire (un seul syndicat) avec le soutien d’une Union Locale. Mais ces victoires ponctuelles et isolées n’ont pas permis de redresser la situation.

L’impact des défaites est d’autant plus fort qu’en décembre 1995 nous pensions que le recul partiel de Juppé sur la Sécu et la mobilisation interprofessionnelle annonçaient une nouvelle dynamique de construction syndicale.
C’est dans cette situation bien particulière que le « syndicalisme alternatif » (FSU, SUD, CNT) a réussi à émerger en s’appuyant, entre autre, sur les attentes de nombreux jeunes. Ce syndicalisme dénonçait les limites évidentes des centrales traditionnelles : rigidité interne, dérive cogestionnaire, corporatisme, influence des partis politiques, timidité à l’égard des gouvernements de gauche, repli sur le salariat à statut….
L’implantation de ce syndicalisme alternatif dans le paysage syndical français a montré qu’il correspondait à une attente et qu’il surfait sur la vague de contestation sociale. Ce syndicalisme, ouvert à tous les problèmes de société, était une réponse à la dérive corporatistes des centrales traditionnelles de plus en plus centrées sur des logiques d’entreprise (abandon des UL).
Cependant ce « syndicalisme alternatif » a vite basculé, lui aussi, dans un certain nombre de dérives.
Pour exister, ce syndicalisme a du s’affirmer de plus en plus en se démarquant, en cultivant une logique identitaire, ce qui a provoqué une dérive sectaire et une dynamique d’appareil. SUD, la FSU et la CNT avaient pour vocation à engager une recomposition et une rénovation du syndicalisme. Ce projet est de plus en plus mis de côté, chacun cherchant avant tout à accroître son influence et son nombre d’adhérents. Quant à l’ouverture sur les questions de société, cela a pris la forme d’une participation à une multitude de collectifs en tous genres, et cela sans aucune cohérence. En développant les interventions sectorielles, ces syndicats ont empilé des revendications corporatistes et cloisonnées, ce qui a eu pour conséquence d’abandonner tout projet d’Unions Locales ou Bourses du Travail unitaires. Ces collectifs ont fini par servir de caution à un empilement de corporatismes : par exemple on défendait les sans papiers devant les caméras de télévision mais on ne voulait surtout pas les syndiquer sur leur lieu de travail.
En fait, malgré ces méthodes d’intervention qui se voulaient originales ces « syndicats alternatifs » ont abouti aux mêmes travers que les confédérations traditionnelles : la marginalisation de l’activité interprofessionnelle et le développement de syndicats catégoriels repliés sur eux-mêmes.
Contrairement à ce qui était proclamé au début, ces trois tentatives ont débouché sur un bilan évident : une division syndicale encore plus accentuée.

Cette division a fragilisé encore un peu plus le projet syndical, au niveau « politique » mais aussi dans l’activité quotidienne.
Les militants, de moins en moins nombreux, dépensent une grande partie de leur énergie à faire vivre leur structure (circulaires, bulletins, réunions locales et nationales,…) sans que cela ne contribue à un renforcement de la présence syndicale dans les entreprises et services. Les équipes militantes se fractionnent en une multitude de sigles et de sections syndicales (souvent squelettiques) sur un même lieu de travail. Cela a pour conséquence de gâcher de l’énergie mais aussi de fragiliser le travail collectif et les capacités de lutte et de contrôle des travailleurs.

Cette division amène aussi un autre travers : la perte de confiance et le recul de la conscience de classe. L’identité du syndicat prend le dessus sur le sentiment collectif, l’appartenance de classe. Sans conscience de classe et sans dynamique collective, le syndicalisme n’a plus aucune perspective. Il ne peut donc qu’abandonner son indépendance de classe pour se mettre à la remorque d’une éventuelle alternance électorale en 2007. Cette attitude passive ne repose sur aucun argument, chacun se rappelant les désillusions nées des gouvernements Mitterand et Jospin. On se raccroche alors au mythe de 1936 et 1968 en oubliant au passage que ces grandes grèves se sont construites sur une conscience de classe indépendante et sur des outils syndicaux (Unions Locales, syndicats d’industrie, sections syndicales combatives et massives,…)

Cette crise du syndicalisme n’a pourtant rien de définitive. Depuis deux ans, la jeunesse montre sa volonté de se battre. Tous les sondages confirment cette radicalisation du salariat et l’accueil favorable à la syndicalisation. Mais pour aboutir ce mouvement doit s’appuyer sur une réorganisation du mouvement syndical.
Il n’y a rien de neuf à inventer. Il suffit de se rappeler qu’en 1906, la CGT affirmait lors de son congrès d’Amiens, à la quasi unanimité, sa volonté d’unifier tous les courants syndicaux anti-capitalistes au sein du même confédération. Une confédération indépendante de tous les courants politiques. Cette Charte d’Amiens rappelait que le mouvement syndical avait son propre projet politique : l’abolition du salariat et la gestion de l’économie et de la société par les travailleurs. C’est ce projet politique qui donnait aux militants la force de se battre au quotidien. Et pour remporter des victoires la CGT s’était dotée de structures adaptées aux luttes mais aussi la préparant à gérer la société : les syndicats et fédérations d’industrie (regroupant tous les travailleurs d’un même secteur pour ne pas les isoler par entreprises) et les Unions locale (Bourses du Travail).

La Charte d’Amiens

Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2, constitutif de la CGT : " La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat ".
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique : dans l’oeuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc.

Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’oeuvre du syndicalisme ; il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat.
Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors.

En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale.

Résultats du vote : Pour 830 - Contre 8 - Blanc 1
Amiens, 8-16 octobre 1906, XVe Congrès national corporatif - IXe de la CGT

En 2006, la CGT, malgré sa grande fragilisation, apparaît naturellement comme le pôle de regroupement du syndicalisme de classe. Sa vocation n’est pas de courir derrière le syndicalisme jaune de la CFDT.
Ces 10 dernières années, la CGT s’est ouverte et a gagné en indépendance par rapport à certains partis de la gauche. Le fédéralisme, garant de l’autonomie des syndicats de base, est le moteur de fonctionnement interne. La peur d’une certaine rigidité ne correspond plus à la réalité actuelle de la CGT. Si la bureaucratie peut parfois exercer des influences néfastes, c’est que les adhérents laissent faire et que les militants critiques ont un peu trop tendance à fuir le navire au lieu de mener le débat et de proposer des alternatives…. et surtout faire le travail sur le terrain interpro pour ouvrir des perspectives.

Nous traversons une nouvelle période, caractérisée par un repli général qui touche l’ensemble du salariat. La logique de repli dans un syndicat identitaire, dans un syndicat corporatiste ou dans la défense des acquis n’offre aucune planche de salut. Le temps est au regroupement, au débat, à la critique fraternel.
Comme nos prédécesseurs l’avaient déjà fait en 1930, lorsque le mouvement syndical était déjà laminé par la dynamique de division, les syndicaliste-révolutionnaires, partisans les plus sincères de la Charte d’Amiens, appellent l’ensemble des militants et des travailleurs à engager des débats à la base, dans leur entreprise, dans leur section, dans leur syndicat et dans leur UL afin de lancer une dynamique d’unification syndicale.
L’exemple de 1936 est une illustration de ce que cette unification peut créer comme dynamique collective et combative. Quelques mois après la fusion des syndicats « confédérés », « unitaires » et « autonomes », la classe ouvrière s’est sentie en capacité de se réorganiser puis de lancer la plus grande grève de son histoire.

Comme en 1936, appuyons nous sur le contenu de la Charte d’Amiens (indépendance syndicale et projet anti-capitaliste) pour recréer un élan unitaire dans le mouvement syndical. Cette dynamique ne doit pas être opportuniste mais au contraire de débattre en profondeur de ce qui fait la faiblesse interne du mouvement syndical et de ce qui a permis son développement : indépendance de classe, syndicalisme d’industrie, activités interprofessionnelles, fédéralisme, refus du carriérisme, fonctionnement démocratique…)

Comités Syndicaliste-Révolutionnaire,
BP 3, 31240 Saint-Jean
tel : 06 71 59 63 08


Documents joints

Reunification syndicale
Reunification syndicale