Les parents sacrifient-ils leurs enfants ?

mardi 1er mai 2018
par  Peau rouge

Depuis un an, les attaques se multiplient contre les acquis des travailleurs et travailleuses. Les ordonnances Macron ont fragilisé les conventions collectives et facilité les licenciements. Elles menacent donc tous les salariés et profitent à tous les patrons. Mais les récentes attaques se concentrent désormais frontalement contre les jeunes. Le nouveau président a été élu en se présentant avec une image moderniste et jeune. Son gouvernement promet un avenir radieux aux nouvelles générations et dénonce les "conservatismes" et autres "corporatismes".

Et pourtant, c’est la jeunesse qui s’en prend plein la gueule
- L’offensive capitaliste cible clairement les jeunes prolétaires (ceux qui doivent vendre leur force de travail pour obtenir un revenu de subsistance) :

- La baisse des APL, principalement destinées aux jeunes, fragilise encore un peu plus leurs conditions de vie et de logement.

- La sélection à l’entrée de l’université et la marginalisation des facultés des Sciences humaines aura pour conséquence d’accentuer l’échec scolaire des enfants des classes populaires. Ils sont donc destinés aux emplois peu qualifiés.

Cette ségrégation est d’autant plus inquiétante que la nouvelle réforme de la Formation professionnelle remet en cause l’accès à des formations diplômantes. La formation continue ne pourra donc plus prendre le relais de la formation initiale scolaire.

Mais le plus dégueulasse, c’est la stratégie qui consiste à détruire les acquis sociaux en annonçant que seules les nouvelles générations seront victimes des sacrifices. On déclare sans aucune gêne que « seuls les jeunes embauchés perdront le statut des cheminots ». Les parents et les familles qui sont contre la grève et le mouvement en cours sacrifient donc leurs propres enfants au nom du relatif confort d’avoir été dans des générations précédentes. Ils souhaitent l’exploitation de leurs descendants et la non-reconnaissance de leur savoir-faire.

Si vos parents ne se battent pas pour vous, et bien, changez de parents !
Et malheureusement, ces dernières années, cette stratégie a fait ses preuves à de multiples reprises. Par exemple, pour les différentes réformes contre les retraites. Les générations les plus âgées profitent de conditions plus favorables que leurs enfants... sans que cela ne choque dans les familles et sans que cela ne provoque des mobilisations de masse.

Les espèces animales sont prêtes à se sacrifier pour protéger leurs petits. Mais chez les travailleurs en France, ce n’est plus vraiment le cas ! La peur d’affronter son patron est plus grande que le devoir de combattre pour l’avenir de ses enfants.
Cet égoïsme s’explique par la diffusion d’un mode de vie individualiste, exclusivement basé sur la consommation immédiate et le culte de son nombril. Cette décomposition sociale est aussi le produit de la décomposition de nos organisations de lutte et de vie.

Renouer avec les fondements du mouvement ouvrier
Les luttes prolétariennes ne se sont pas construites à partir de programmes philosophiques élaborés par des intellectuels. Au 19ème siècle, le mouvement ouvrier s’est structuré à partir d’une sociabilité très riche, dans les goguettes (bars à chanter), dans les guinguettes (associations de danse) et dans une multitude de sociétés d’entraide et de secours mutuel. Les syndicats sont d’ailleurs issus de ces premières organisations.
Les travailleurs se sont ensuite lancés à l’attaque, après s’être organisés dans des lieux de vie fraternels. Cette expérience va aboutir sur la création des Bourses du Travail. En 1902 la Fédération des Bourses du Travail rejoint la CGT. C’est grâce à cet apport que la Confédération trouvera la force de mener une multitude de luttes victorieuses.

Pendant des décennies, les prolétaires, vont profiter d’une vie collective au sein des lieux de sociabilité animés par les syndicats confédérés : sports ouvriers, associations culturelles, colonies de vacances et auberges de jeunesse, concerts et bals populaires... Cette vie produit une culture de classe, une solidarité permanente et donc une conscience de classe.
C’est cette réalité qui rend possible la « convergence des luttes », ainsi que les grèves générales.

Reconstruisons nos organisations de classe
Dans l’après-guerre, la société de consommation crée le mythe d’un bonheur centré sur l’accès à des marchandises et à des loisirs individualisés. Les organisations de travailleurs sont alors déstabilisées par un processus d’embourgeoisement et d’institutionnalisation.
La culture de classe est progressivement remplacée par celle de la Gauche. L’unité de la classe se trouve rongée par des discours philosophiques, affinitaires et individualistes ou par des associations sectorielles qui nous affirment qu’elles peuvent transformer la société. Le repli identitaire prend alors le relais. On se regroupe et on lutte dans des groupes restreints avec des membres qui se ressemblent (partis et associations). Cette dynamique de repli sur soi crée, non seulement des réflexes sectaires, mais aussi une incapacité à construire un rapport de force face à la bourgeoisie. Les discours ultra-révolutionnaires ne servent au final qu’à justifier une peur d’attaquer réellement l’adversaire.

Le 3 avril ce sont 14 organisations de jeunesse qui appelaient à la mobilisation ! Ce dont nous avons besoin pour mobiliser ce n’est donc pas d’une profusion de groupes mais d’une véritable organisation de jeunesse, dans laquelle tous les jeunes puissent se retrouver.
Cette organisation de jeunesse doit agir au sein d’une Confédération syndicale. Les manifestations sont utiles pour populariser nos luttes et nous rassembler, mais elles ne sont pas suffisantes. Pour combattre le capitalisme, l’abattre, puis construire le Socialisme, il faut agir dans les entreprises, les lieux de formation et de vie. Sinon, on en reste à de la simple agitation de rue, sans aucune perspective révolutionnaire.

Cette organisation a existé au début du siècle dernier. Les Jeunesses Syndicalistes de la CGT, largement influencées par le syndicalisme révolutionnaire, organisaient les jeunes travailleurs avec des formations et des activités culturelles ; mais aussi avec des combats contre les fascistes, des mutineries dans les casernes et l’animation des grèves. C’est une expérience à connaître pour s’en inspirer !


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