La jeunesse est révoltée, mais ne se révolte pas !

mercredi 17 mai 2017
par  Peau rouge

Le Cevipof (CNRS/Sciences Po.) vient de publier une étude consacrée à la jeunesse française (18-34 ans), dans le cadre de l’enquête européenne « Generation what ? ».
Elle démontre que cette génération se considère comme « sacrifiée » ou « perdue ». La révolte contre les politiciens, les médias et les institutions (dont l’Education nationale) est quasi générale.
Le constat est clair : la révolte des jeunes s’accentue au fil des années. Ainsi, 99 % d’entre eux estiment que les hommes politiques sont corrompus et 63 % « tous corrompus ». Même mécontentement en direction des entreprises puisque 65% considèrent que leur qualification n’est pas assez prise en compte dans leur salaire. Une majorité ne se sent pas reconnue en ce qui concerne leur utilité sociale. Or l’utilité sociale c’est ce qui nous différencie de l’animal.
Il est donc logique que 62 % des jeunes interrogés déclarent pouvoir participer « à un grand mouvement de révolte ».

Individualisme ou Socialisme ?

Alors comment expliquer leur passivité politique ? Pourquoi le dernier mouvement de lutte contre la Loi El Khomri n’a pas servi de tremplin pour une contestation ? Une contestation pourtant revendiquée.

La raison est simple. On ne part pas au combat tout seul ! La lutte est toujours passée par des espaces de sociabilité et des outils collectifs d’action. Pour se regrouper avec d’autres pour agir, il faut avoir pris l’habitude de s’ouvrir aux autres.
Or, depuis des décennies, l’individualisme a servi de support idéologique à l’éducation. L’école individualise la pédagogie. La famille se fait le relais d’une perspective de carrière professionnelle individuelle et d’ascension sociale égoïste. La « culture d’entreprise » a détruit les équipes de travail pour mieux dominer les travailleurs.

Les organisations contestataires valorisent, elles aussi, le modèle du dirigeant et du cadre. Il en est de même des loisirs et des moyens de « communication » qui développent le nombrilisme et le culte de sa personne. Un parti ose même s’appeler « socialiste » alors qu’il a été le principal acteur de destruction du collectif et de promotion d’une nouvelle élite capitaliste.

Reconstruisons du social

Et, cerise sur le gâteau, le mot « social » est utilisé à toutes les sauces pour légitimer un individualisme qui brise, chaque jour, un peu plus ce qui reste de social. Il faut se rappeler que cette notion, portée par le mouvement ouvrier, signifie vouloir s’intégrer à toute la collectivité. Nos anciens ont combattu pendant 50 ans pour qu’en 1945 la CGT impose la création d’une Sécurité Sociale, c’est à dire la même protection collective pour tous.

Car à sa fondation, la Confédération Générale du Travail visait à rassembler l’ensemble du salariat pour l’unifier dans l’action immédiate. Mais aussi pour préparer la construction du Socialisme, c’est-à-dire la gestion de la production de marchandises et des services par tous les travailleurs.
Or la CGT a largement abandonné ses activités culturelles et d’entraide qui existaient dans les Bourses du Travail. Elle doit ré-impulser ces pratiques de contre-pouvoir et de socialisation. C’est une nécessité pour la jeunesse.
Sans elles, les jeunes militants sont condamnés à se réfugier dans les organisations affinitaires (partis), dans les associations et dans les collectifs sectoriels. Mais ce saucissonnage a renforcé la dérive communautaire et identitaire. On s’organise en petits groupes avec des gens qui nous ressemblent. Ce repli sur soi est facteur de désocialisation. Il provoque un appauvrissement humain, une méconnaissance des autres et au final une peur de l’autre. Et plus grave encore, l’inefficacité à créer un rapport de forces et donc la peur de combattre le capitalisme.
Alors, pour contrer cette peur et pour recréer du vrai lien social, syndiquons-nous !


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