Revue "Syndicaliste !" N°45

Eté 2014
samedi 19 juillet 2014
par  Peau rouge

SOMMAIRE :
- La convention d’Assurance-chômage
- Etats généraux du travail social
- Après le 50ème congrès de la CGT
- Le congrès de la Fédération des travailleurs de la Métallurgie
- Algérie : Lafarge
- Labourstart : une conférence internationale
- Quelle stratégie des luttes ?
- Chili 1970
- Le coopérativisme ouvrier à Barcelone

Les élections n’amèneront pas le changement... mais peut-être le fascisme. Le changement, c’est en se syndiquant !

Alors qu’au quotidien, nous nous efforçons d’agir, de nous défendre, de défendre les droits et les intérêts des collègues, de tou-te-s les travailleurs-euses quelles que soient leurs idées, leurs croyances, leurs origines, leurs orientations sexuelles… nous, syndicalistes, nous refusons de croire qu’être acteurs de la société c’est simplement mettre un bulletin de vote dans l’urne lorsque des élections se présentent. L’énergie et la vitalité de la société c’est nous qui les créons, par notre travail, notre implication, notre activité associative et militante.
Il existe plusieurs formes de démocraties (monarchie parlementaire, démocratie parlementaire, démocratie participative, bicamérisme,...) et aucune n’a jusqu’à présent rempli son rôle de « pouvoir pour le peuple, par le peuple », à part l’idée lointaine d’une démocratie directe. Toutes les formes de démocratie à notre époque moderne ont contribué à asseoir le pouvoir absolu de la bourgeoisie sur la société. Pourtant, la bourgeoisie n’a pas d’idée sociale, on le constate tous les jours. Le caractère social des actes n’apparaît plus depuis bien trop longtemps, il n’y a plus de cité humaine et, aucun principe, aucune valeur, aucun idéal ne vient plus tirer les individus hors du cercle étroit et de la vision égoïste qu’est le vote. Le système bourgeois ne crée pas, ne transforme pas... il ne fait que conserver. Il est donc l’exact contraire de notre culture du travail et de notre esprit de producteur. Le pouvoir politique en démocratie est conquis au terme de joutes verbales et d’idées. Celui qui est issu des grandes écoles, qui manie l’art de la promesse bien ficelée, qui a une « bonne tête », du charisme et de l’influence, est celui qui est le plus apte à l’emporter sur ses rivaux. Ainsi, la démocratie actuelle est le système des démagogues et des charlatans, mais surtout des réseaux d’influence. Les résultats des élections municipales de 2014 démontrent à nouveau ce qui nous apparaît comme une évidence depuis plus d’un siècle, à savoir que le système démocratique parlementaire actuel, avec son seul choix de « l’alternance », est un système médiocre, faible et stérile. La représentation démocratique est basée sur des idéologies et des philosophies véhiculées par des organisations politiques. Nos vies sont donc dictées par l’idéalisme, immergées dans les idées et leurs interprétations. Ce qu’endurent les travailleurs-euses et chômeurs-euses, prolétaires au quotidien est pourtant bien réel, avec l’accumulation des difficultés, des angoisses, des questionnements. Et cette dure réalité s’exprime une nouvelle fois, à juste titre, par une abstention massive (près de la moitié de la population votante) qui signe la faillite de ce système dit démocratique et représentatif du peuple.

Les élections municipales de 2014 marquent l’implantation bien réelle de l’extrême-droite dans le paysage politique. Il y a pourtant eu déjà des exemples dans l’histoire : le fascisme mussolinien arrive au pouvoir en Italie démocratiquement par les législatives de 1924 (grâce à une alliance allant jusqu’au centre droit) ; le nazisme allemand est porté au pouvoir par les élections démocratiques et l’accession d’Hitler à la Chancellerie en 1930. Malgré cela, il semblerait que l’extrême droite européenne, aujourd’hui, se refasse une santé... grâce encore aux élections et à leur médiatisation. Cette implantation de l’extrême-droite montre également que le mouvement antifasciste (avec ses stratégies actuelles), radical comme modéré, qu’il soit lié aux organisations et mouvements politiques de gauche et d’extrême-gauche, ou à de petites organisations autonomes d’inspiration libertaire et révolutionnaire, est à la traine, n’a aucune réponse adéquate face au phénomène, et n’a dorénavant aucune chance de faire le poids. Tout comme la gauche est en perte de vitesse et l’extrême-gauche en chute libre.

Il est donc temps de faire table rase en matière d’organisation et de revenir aux fondamentaux. Il y a près d’un siècle, la conception de s’organiser en parti politique se substitua à celle de s’organiser syndicalement. Les idées se substituèrent aux pratiques ; les interprétations se substituèrent à la réalité ; les divisions se subtituèrent à l’unité. Et pourtant le mouvement syndical, unifiant avec peine les divers courants d’idées des travailleurs-euses, a gagné quelques victoires : 1920, journée des 8h ; 1936, congés payés et conventions collectives ; 1945, sécurité sociale. Dorénavant, le changement c’est en se syndiquant ! Réinvestissons massivement nos syndicats et passons à l’offensive !