L’ennemi est fort... de nos faiblesses !

Bilan des élections municipales 2014 - Comité Syndicaliste Révolutionnaire de Toulouse et ses environs
lundi 24 mars 2014
par  Peau rouge

Les résultats des élections étaient prévisibles pour tou-te-s celles et ceux qui vivent et qui militent dans le prolétariat. Pour autant, comment expliquer que le Front National, ce groupuscule du début des années 1980, ait pu, sans base militante, gagner l’hégémonie idéologique parmi les travailleurs ?

Comment les organisations ouvrières, qui disposaient d’une puissante implantation dans les quartiers et les entreprises, ont-elles-pu se laisser marginaliser avec autant de facilité ?

La raison est simple : cela fait des décennies que nos organisations font n’importe quoi !

Et cela est devenu de pire en pire au fil des années. Cette lente décomposition a fini par nous faire oublier ce qui faisait la force du mouvement ouvrier à sa création. Le mouvement ouvrier s’est construit comme une organisation de classe, structurée au sein d’une Confédération Générale du Travail. Cette confédération organisait les luttes mais surtout la vie sociale des travailleurs-euses (sport ouvrier, services d’entraide, cours professionnels, activités culturelles,…). Les forces militantes, la réflexion et la sociabilité étaient collectivisées. Cette réflexion était synthétisée dans un programme révolutionnaire : la Charte d’Amiens.

Après le reflux du mouvement révolutionnaire dans les années 1920, c’est un autre schéma qui est devenu la référence. Cette référence a consisté à se replier sur des appareils extérieurs à la Confédération. Tous les courants philosophiques (socialistes, communistes, libertaires, trotskistes,…) ont fini par partager, dans leur grande majorité, cette vision commune à la fois pessimiste et sectaire.

Cette dérive a provoqué l’éparpillement de notre classe, la division et la désocialisation des travailleurs-euses :

1) Le repli sur des groupes philosophiques a provoqué la désocialisation de l’analyse politique. On ne débat plus de politique dans l’organisation confédérale unitaire mais dans sa chapelle, entre militants partageant déjà les mêmes références. Cela rassure ceux qui doutent mais provoque surtout l’appauvrissement des débats et de l’analyse stratégique des groupes affinitaires et de leurs militants.

2) Le désinvestissement dans la Confédération a provoqué la désocialisation de l’action syndicale. Le repli sur des syndicats d’entreprises, sur la défense des statuts et des corporatismes a engendré une multiplication des luttes sectorielles. La défense des secteurs spécifiques ne se fait plus dans le cadre de commissions internes aux syndicats (Jeunesses syndicalistes, Commissions femmes, Main d’OEuvre Immigrée) mais dans des groupes de spécialistes autodésignés voire des structures totalement autonomes de la Confédération. On ne globalise plus, on sectorise tout en « niches de marché ». Le « syndicalisme de classe » n’a alors plus rien de classe, à part un discours virtuel et falsifié.

3) Le repli sur l’idéologie a provoqué la désocialisation des organisations syndicales. Les confédérations syndicales se sont multipliées au prétexte de « désaccords » artificiels. C’est-à-dire de l’incapacité à débattre avec d’autres courants dans un cadre fraternel et unitaire. Chacun-e veut donc une confédération à son image… mais avec les mêmes dérives !

4) Le repli sur le discours philosophique a provoqué la désocialisation de l’action militante. L’agitation-propagande a remplacé l’intervention quotidienne des militants dans la classe ouvrière, en tant qu’organisateurs et formateurs. Le militantisme se fait désormais sur internet, dans des « réseaux sociaux » qui cassent la sociabilité réelle, la fraternité humaine dans la vie quotidienne. La propagande anticapitaliste est donc devenue de la « com », du spectacle, sans lien avec la lutte de masse sur le terrain.

5) La division a provoqué la disparition des associations d’entraide ouvrière, c’est-à-dire la désocialisation des travailleurs. Les loisirs des travailleurs-euses sont désormais choisis et gérés par les bourgeois. L’entraide et la fraternité ont été remplacées par la marchandisation et la représentation de soi. La culture militante est désormais calquée sur celle de la bourgeoisie, c’est-à-dire sur des réseaux étroits d’amis partageant les mêmes centres d’intérêts. Il n’est donc pas étonnant que le milieu associatif ait totalement dégénéré en suivant le modèle de l’entreprise capitaliste. Les associations ne combattent plus le système, elles gèrent ses « excès », grâce à des subventions données par les institutions et les capitalistes !

6) Le repli sur l’action des minorités militantes a provoqué la désocialisation politique des travailleurs. Car les minorités militantes ne peuvent avoir d’influence que dans les institutions de représentation (municipalités, instances d’entreprises,…), en intervenant au nom des travailleurs. Mais sans organisation de masse démocratique, il n’y a pas de mandat démocratique. Les travailleurs sont donc dépossédés de leur capacité de débat, de décision et d’action. En se substituant à l’action des travailleurs, ce sont les militants qui privatisent eux-mêmes la politique.

Après ce constat, nous n’avons rien de bien original à proposer. Si ce n’est de rompre avec des schémas qui ont systématiquement échoué.

Il n’y a d’ailleurs pas d’autres choix. Car nous savons tous que la situation de nos organisations ne permet pas de continuer bien longtemps dans cette impasse politique. Une multitude d’organisations ne regroupent actuellement qu’un nombre bien restreint de militants. Une profusion de petites bureaucraties (de fait) survivent sans perspectives. L’actualité est donc à la reconstruction du mouvement ouvrier, sur la base de la stratégie qui avait permis son développement : la confédéralisation.

Il faut reconfédérer !

Cette multitude d’organisations syndicales, sectorielles, associatives doivent fusionner dans une seule confédération syndicale unitaire. Cette dynamique peut prendre un peu de temps mais elle peut créer un élan militant immédiat comme cela avait déjà été le cas en 1934 avec le processus, malheureusement provisoire, d’unité-unification des CGT-CGTU-Autonomes (au niveau national mais aussi dans chaque Bourse du Travail). C’est cette dynamique qui a rendu possible la grève historique de mai-juin 1936.

Nul ne peut ignorer ses responsabilités actuelles. Car maintenir la division et la désocialisation, c’est offrir la victoire finale à l’ennemi !

Depuis les années 1920, le mouvement ouvrier vit dans la peur de renverser le système capitaliste. Cette peur repose sur des conditions matérielles : la division et donc l’absence d’une confédération unitaire de masse, agissant comme contre-société, capable de recréer de la convivialité, de la solidarité et de nous redonner confiance. Les discours gauchistes servent à nous donner bonne conscience mais absolument pas à nous permettre de reprendre l’initiative politique et de nous poser en tant qu’organisation de classe pouvant gérer la société bien mieux que ne le font les capitalistes.

La seule façon de renverser la situation, c’est donc d’engager une dynamique de réunification. Chaque militant doit donc prendre l’initiative de débattre dans son syndicat, dans son collectif et dans son association des conditions de cette réunification confédérale.

Et l’adversaire deviendra vite faible… de notre force !