Communiqué sur la rencontre CRIF-CGT.

lundi 24 février 2014
par  James Connolly

Le 28 janvier dernier la direction confédérale de la CGT, avec notamment la présence de son secrétaire général, Thierry Le Paon, a rencontré les responsables du Conseil représentatif des institutions
juives de France (CRIF).

Cette rencontre se faisait au terme d’une invitation faite par le CRIF ; la CGT y voyait là l’occasion de s’entretenir de la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie.

À l’issue de cette entrevue n’ayant pas un caractère public, le CRIF s’est autorisé à publier un court communiqué sur son site intitulé « La CGT condamne le BDS ». Le lendemain, une lettre signée de
Thierry Le Paon
était adressé à Roger Cukierman, président du CRIF pour s’indigner de deux choses : le titre de cet article ne reflétant pas la position de la CGT (selon lequel la CGT condamnerait le boycott d’Israël) et le fait d’avoir diffusé un compte-rendu à propos d’une entrevue qui n’avait pas vocation à être dévoilée publiquement.

Cette rencontre pour le moins insolite a fait réagir des syndicats CGT de base. Elle a aussi montré le guêpier dans lequel la CGT s’est jetée.

Les choix de la CGT en reviennent à considérer
comme une rencontre nécessaire celle faite avec une
organisation entièrement liée à un pouvoir d’État, représentant
notoirement les intérêts de la droite et l’extrême
droite israéliennes. Ceci au mépris des
organisations juives laïques, issues de la résistance ou
ayant des liens avec le syndicalisme de classe et qui ont
tourné le dos au CRIF depuis longtemps. Cette attitude
qui consiste à donner le privilège et la préférence aux
organisations reconnues par les pouvoirs, les États, les
partis de gouvernements constitue bien une faute politique
qui entretient la confusion et désoriente le combat
contre le fascisme et l’antisémitisme.

C’est aussi de fait participer à la politique du CRIF et
de ses commanditaires israéliens faisant passer le message
que l’ensemble de la communauté juive organisée
et tous les juifs de France serait acquis à l’extrême droite
sioniste et aurait délégué ce débat à cette officine aujourd’hui
sans lien avec ce qu’elle fut (notamment
lorsqu’elle était composée de toutes les tendances et
notamment celle proche du mouvement ouvrier).
Rappelons que la représentativité du CRIF n’est plus
aujourd’hui qu’un trompe-l’oeil utilisant abusivement
son passé. Sachons que cette organisation issue de la
réunion en 1944 des organisations juives de résistance
au fascisme en France a perdu toute crédibilité ces dernières
années en se consacrant à la défense exclusive
des intérêts de la politique militaire et coloniale d’Israël,
que la principale organisation religieuse du judaïsme
français l’a quitté il y a dix ans et qu’un membre éminent des organisations juives laïques qui en fut fondateur
(l’UJRE) l’a également quitté en 2009 en
condamnant sans appel ses actuelles orientations. Depuis,
la situation s’est encore précisée par un conseil
d’administration totalement marqué à l’extrême droite
par les choix de ses membres.

Mais cet acte de reconnaissance de cette officine
marginalise plus encore les organisations juives démocratiques,
de classe et/ou laïques dont la voix a été volée
par l’action offensive des mouvements d’extrême droite
et de la politique israélienne dans les mouvements juifs
en France.

La CGT a satisfait très imprudemment et de façon sans doute inespérée à l’invitation discrète
de la direction du CRIF de plus en plus marginalisé ; cette dernière, avec une méthode qui lui est
propre, a sans doute considéré que cette réussite constituait un satisfecit donné à ses positions et
son action en France notamment sur l’enjeu actuel qu’est le BDS (Boycott Désinvestissement Sanction)
dont les conséquences se font sentir de façon de plus en plus préoccupantes pour la politique
et l’économie de l’État d’Israël. Partant de là, la discrétion n’était forcément plus de mise et fort
de cette victoire, il ne restait plus au CRIF qu’à porter sur la place publique le fait devenu évènement
dans des termes qui étaient ceux de ses intérêts et de son objectif.

L’erreur de la direction de la CGT est d’autant plus
impardonnable que le CRIF est loin de sa première manipulation
ou provocation de ce type : fausses informations,
propos attribués et inventés sont sa stratégie
depuis longtemps et relèvent des pratiques d’une extrême
droite aguerrie.

La confiance attribuée à un tel échange dans une
entrevue non publique avec un tel type d’organisation
— pour peu que l’on connaisse les méthodes défendues
et pratiquées par le CRIF — est pour le moins d’une naïveté
qu’on devrait pouvoir éviter à la direction confédérale
de la CGT.


À ce jour l’injonction faite au CRIF
par la CGT de retirer son titre d’article et la fausse
information qu’il contient est restée sans aucun effet.
Le 25 février 2014, l’ambassadeur de Palestine est reçu par Thierry Lepaon au siège de la Conf.


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