Syndicaliste ! N°44 / Janvier 2014

mardi 21 janvier 2014
par  Peau rouge

Au sommaire :

Revendicatif
- Détachement et le syndicalisme interntional

Vie Syndicale
- Congrès de la fédération FNAF-CGT
- L’unification de la CGT Pôle Emploi
- Le syndicalisme aux finances publiques

International
- Algérie
- Tunisie
- Allemagne

L’évolution du syndicalisme européen ne montre aucun signe encourageant. Le Capital continue à imposer son pouvoir impitoyable. Les organisations
syndicales de classe, en pointe de la contestation en 2009-2010 n’ont pas réussi à relever la tête après les multiples passages en force, et défaites accumulées depuis la crise. Les équipes militantes ne trouvent pas encore le chemin de l’autonomie et tous les espoirs restent focalisés sur « le débouché politique ».
L’actualité sociale a porté ces derniers mois sur la situation des ouvriers détachés en Europe venant de l’Est ou du Sud. La CES et les confédérations sont incapables d’organiser à l’échelle du continent les ouvriers dans les secteurs les plus concernés (transport, construction, agriculture, etc.) et basent leur « combat » sur les institutions de la bourgeoisie européenne (Parlement, Commission) et nationale (gouvernement). Mais le problème n’est pas de « faire pression » sur ces institutions en vue d‘obtenir une amélioration de la directive détachement mais bien d’arracher son application
concrète sur les lieux de travail.
Et pour cela, on ne peut compter sur les services affaiblis voire gangrénés des inspections du travail, mais avant tout sur nos syndicats. Les confédérations et les fédérations prouvent alors leur incapacité totale à faire vivre sur les lieux de travail un syndicalisme international en organisant par-delà les frontières et les nationalités les ouvriers là où ils travaillent et ce n’est pas la dernière action « spectaculaire » sur le chantier de l’ITER qui va nous faire changer d’avis.

Pourtant la besogne est claire pour que l’activité syndicale internationale soit une activité quotidienne dans toutes ces branches où le Capital a réussi à mettre les ouvriers en concurrence, imposant le coût du travail comme seul critère d’analyse. Des pas en avant peuvent rapidement être faits si les équipes syndicales de classe dans chaque pays sortent de leur discours et de leurs orientations centrées en priorité sur leur nation respective. Les principaux gagnants de l’échec internationaliste sont les partis d’extrême-droite qui sont à l’offensive sur la question du « travail détaché ».
Quand la seule « solution » à droite comme à gauche, paraît être le repli « national », le prolétariat désorienté est alors polarisé vers ceux qui tiennent le discours le plus radical dans ce domaine.
La donne a pourtant changé du tout au tout en 30 ans. Le centre de gravité du prolétariat mondial se trouve désormais en Asie. Ce fait est démontré
par les études de l’OIT. Entre 1992 et 2008 le salariat a progressé de 20% dans les pays dits « avancés », et stagne depuis ; mais il a progressé de 80% dans les pays dits « émergents » dans la même période.
De même pour la classe ouvrière industrielle, l’emploi a augmenté de 120 % dans les pays « émergents » et a baissé de 19 % dans les pays « avancés ». L’emploi est à 470 millions d‘humains dans les pays « avancés » pour 2,66 milliards dans les pays « émergents » (dont 1,11 milliard de salariés). Les campagnes portées par les Global Unions concernant avant tout les équipes syndicales du prolétariat des « pays émergents », mais celles-ci dépassent rarement le stade de la pétition internet quand il s’agirait de cibler les donneurs d’ordre ou les clients de ces firmes. Au même moment, les syndicalismes européen et d’Amérique du Nord, où les défaites continuent à
s’accumuler, voient en général leurs équipes militantes se démoraliser.

Mais cette démoralisation, cet abattement est la résultante d’une dérive nationaliste de leurs pratiques, malgré toutes les déclarations internationalistes que l’on peut parfois entendre. C’est une espèce de nostalgie d’une période révolue où le mouvement ouvrier et le prolétariat des pays « avancés » étaient encore le centre du combat de classe contre le Capital au niveau mondial.
Il faut définitivement sortir de cette impasse et mettre à l’ordre du jour la construction concrète du syndicalisme international. Cela doit passer par
l’organisation à cette échelle des syndicalistes de classe au sein des confédérations, par la mise en oeuvre de campagnes syndicales mais aussi de la syndicalisation des salariés là où ils travaillent. Cela doit passer en priorité par l’activité syndicale par branche. Cela nous impose donc des tâches pratiques dans cette direction, et c’est cet investissement internationaliste qui nous fait aujourd’hui cruellement défaut.