Reprendre confiance dans nos outils révolutionnaires

dimanche 4 août 2013
par  CSR

L’Accord National Interprofessionnel du 11 janvier 2013, signé par les patrons et les confédérations CFDT, CFTC et CGC, puis transformé en loi, constitue une défaite du prolétariat et des confédérations non signataires.

Ses effets vont vite se faire sentir dans le secteur privé ; son objectif visant, par des moyens directs ou indirects, à une nouvelle baisse de la part des salaires dans les richesses créées par le prolétariat. À moyen terme il s’agit de briser ce qui reste des droits collectifs et du principe de faveur.

Cette défaite historique, et qui plus est sans que nos organisations n’aient réellement lutté, est de très mauvais augure pour la prochaine contre-réforme sur les retraites. Comment on est-on arrivé là ?

Rien ne sert de se lamenter sur un président de la République qui aurait trahi « les espoirs du peuple de gauche » du 6 mai 2012. François Hollande et sa majorité font leur boulot, et le font plutôt bien : la défense des intérêts fondamentaux de la bourgeoisie.

Les faits, qui dans une situation économique de crise historique pour le capital pouvaient laisser penser qu’il n’existait aucune autre alternative que l’affrontement radical avec les capitalistes, ont rapidement été oubliés.

La direction de la CGT, par son appel à voter « Contre Sarkozy » est directement responsable de cette "déception" ou de cette "rage" contre des "espoirs trahis" aussi minces furent-ils.

Comment s’étonner alors d’une démobilisation de la classe ouvrière face à l’ANI ? Les lettres ouvertes du nouveau secrétaire général n’en sont alors que plus dérisoires. Nous ne sommes pas surpris de ce manque évident de confiance de la bureaucratie confédérale de la CGT dans l’outil de classe du prolétariat qu’est le syndicalisme confédéré pour s’attaquer véritablement au capitalisme. Mais la fraction plus militante de la classe ouvrière organisée s’oriente vers la même déception et la même démoralisation si elle persiste à reporter ses espoirs en dehors du syndicalisme de classe.

La marche citoyenne du 5 mai 2013 reproduit le même schéma que celui de la direction de la CGT : le changement de politique économique et sociale, le changement de société ne pourraient provenir que d’un changement de dirigeants politiques.

Et ce n’est pas l’appel à une 6ème République, après la convocation d’une Assemblée Constituante qui y changera grand chose. L’avènement de la 4ème République en 1945 s’est fait dans un rapport de forces bien plus favorable pour notre classe. Mais sans s’attaquer à la propriété capitaliste, sans gestion syndicale des moyens de production, sans affrontement contre l’Etat bourgeois avec l’objectif de le détruire, c’est bien le retour d’un patronat de combat auquel on assista, même après ses cinq années de franche collaboration avec le nazisme.

Comment en sommes nous arrivés là, disions nous ? L’ANI transposé en loi, sans réaction, est le symptôme de la décomposition du syndicalisme de classe. Les équipes syndicales qui défendent un syndicalisme anticapitaliste, de masse, démocratique, doivent regarder en face lucidement leurs propres responsabilités. Les CSR mènent ce travail dans lequel ils s’incluent pleinement. Nous répétons inlassablement notre constat. La préparation de l’offensive du prolétariat pour balayer le capitalisme, pour porter une issue socialiste à cette société décomposée et déprimante, se prépare à partir d’une analyse des fondements de nos faiblesses.

Reconstruire nos outils que sont les unions locales et les syndicats d’industrie pour combattre le corporatisme. Nous unir par des actes concrets à partir des organisations dans lesquelles nous militons pour préparer la réunification du syndicalisme du combat anticapitaliste.

Sortir des perspectives strictement nationales en portant nos efforts dans la construction d’une stratégie internationale. Cela ne sera possible que si dans chaque confédération des tendances syndicales de classe construites sur ces simples bases apparaissent rapidement, et cela au-delà des frontières.

Alors les débats sur les programmes et les revendications pourront sortir de leurs bulles actuelles et atteindre des fractions de plus en plus larges du prolétariat.

Car la confiance dans nos outils révolutionnaires que sont nos organisations syndicales aura été reconstruite d’en bas.