Les Comités Syndicalistes Révolutionnaires : une organisation trans-syndicale.

dimanche 19 février 2012
par  Peau rouge

Clarification du CSR pour un débat constructif et fraternel sur la réunification syndicale et le projet syndicaliste-révolutionnaire.

Nous allons essayer de dissiper des malentendus portés sur les CSR. En effet des camarades syndicalistes issus notamment des syndicats dits « alternatifs » (SUD, CNT, etc.) prétendent que les CSR ont une orientation exclusivement portée dans et vers la CGT.

Tout d’abord, il est bon de rappeler que depuis notre (re-)création, les CSR affichent la volonté de regrouper tous les militant-e-s syndicalistes honnêtes reconnaissant leurs propres responsabilités dans la situation de crise du syndicalisme en menant la bataille des idées, relancer la réflexion, au sein des instances syndicales pour ne pas se satisfaire des faiblesses actuelles du syndicalisme. Renouer avec les pratiques syndicalistes de classe et syndicalistes révolutionnaires. Et aujourd’hui ?

Rien n’a changé ! Au contraire, nous persévérons. Nous affichons et assumons toujours l’objectif de regrouper les syndicalistes quel que soit leur appartenance (CGT, SUD, FSU, CNT, syndicats oppositionnels FO, CFDT, etc.) voulant développer :

- les outils de solidarité interprofessionnelle telles les Bourses du Travail de la CGT au début du 20ème siècle.

- de réorganiser les syndicats d’entreprises en véritables syndicats d’industrie selon le modèle historique du syndicalisme de classe.

- de reconstruire la sociabilité ouvrière grâce à des activités d’entraide socialisées.

- de pouvoir coordonner les syndicalistes révolutionnaires en isolant les bureaucraties pour rendre démocratique nos syndicats en redonnant le contrôle aux adhérent-e-s.

Les CSR forment donc un courant trans-syndical qui est actuellement entrain de s’étendre au plan international grâce à notre campagne concernant le syndicalisme d’industrie afin de rassembler et d’organiser les travailleurs-euses et les équipes syndicales au delà des structures qui nous divisent.

Il s’agit de mettre en place des comités au sein des différentes confédérations citées plus haut pour faire évoluer les structures vers une pratique syndicale de classe cohérente. Il ne s’agit évidemment pas de prendre la direction des syndicats par des manoeuvres d’appareil comme le font les fractions politiques, mais au contraire de défendre nos propositions au grand jour en renforçant la formation, la capacité de débat d’un maximum de travailleurs-euses. Il s’agit donc de contribuer, par des pratiques syndicales honnêtes, à l’éducation et à l’organisation de notre classe pour défendre nos intérêts communs en vue d’une perspective révolutionnaire.

En même temps, dans la suite logique du premier objectif, les CSR ont pour rôle de mener le débat sur la nécessité de la réunification syndicale de classe. La division syndicale est un frein à la victoire de notre classe pour son émancipation intégrale, un frein à la révolution. Nous affirmons et assumons que notre objectif est bien d’arriver à fusionner dans la CGT toutes les organisations syndicales de classe (sections syndicales, syndicats, unions locales, autres confédérations...), pour réaliser concrètement le front unique.

Pourquoi la CGT et pas une autre organisation, qui se revendique plus combattive ?

La réunification du syndicalisme de classe, la révolution et le socialisme

Avant tout il faut rappeler un élément de base de notre stratégie : la bataille pour la réunification du syndicalisme de classe est un axe d’une stratégie révolutionnaire.

D’une façon logique, la réunification syndicale est bien entendu une garantie d’efficacité dans la lutte quotidienne contre le patronat et l’État.

Mais il ne s’agit pas là d’une orientation révolutionnaire. En effet, cet objectif peut très bien être partagé par des courants syndicalistes de classe sans projet politique révolutionnaire, ou même réformiste. En effet, qui peut refuser un meilleur outil de défense des intérêts immédiats du prolétariat dans une lutte des classes reconnue et assumée ?

La première raison d’une stratégie SR de la réunification syndicale est que le moyen concret de l’action révolutionnaire est la grève générale. Lors de celle-ci, où l’affrontement entre le prolétariat et la bourgeoisie/État bourgeois a pour objectif la prise du pouvoir, les meilleures conditions possibles seront obtenues si le syndicalisme de classe est uni, et non pas divisé. Ceci afin de se donner les meilleurs moyens pour détruire l’État bourgeois, de transformer la confédération en nouvel organe de pouvoir du prolétariat, et de neutraliser au maximum les bureaucraties réformistes qui, dans de telles conditions, recherchent toujours la division. Il ne faut pas oublier que les travailleurs doivent être unis pour dépasser les corporatismes et les statuts, pour aller plus loin que la seule résolution des crises du capitalisme.

La seconde raison d’une stratégie syndicaliste-révolutionnaire (SR) de la réunification syndicale consiste à atteindre l’objectif révolutionnaire à proprement parlé : le Socialisme.

La construction d’une société socialiste ne peut être obtenue qu’avec la gestion des entreprises et des services socialisés (santé, éducation, etc.) par le prolétariat. Or, le seul moyen dont il dispose est son outil de classe : sa confédération syndicale. A la différence des organisations politiques ou philosophiques qui conditionnent la révolution socialiste à l’aura d’un leader ou d’une avant-garde, nous affirmons que l’émancipation de travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes.

Parvenir à établir le Socialisme, c’est à dire la disparition du capitalisme, fut-il d’État, suppose une préparation, mais aussi une lutte quotidienne y compris après la révolution. Les meilleures conditions doivent être obtenues pour cela.

Comment le faire avec plusieurs confédérations de classe ? Comment la gestion des branches industrielles, des services publics par les syndicats sera-t-elle possible si plusieurs fédérations et confédérations interviennent, chacune défendant becs et ongles son appareil (ses syndicats d’industrie, ses unions locales, ses fédérations, etc.) ? Ce sera la désorganisation totale, avec soit le retour en arrière, les capitalistes reprenant la main, soit l’arrivée d’une nouvelle classe sociale dominante (l’encadrement) pour imposer une coordination indispensable.

De plus, la faiblesse actuelle du syndicalisme de classe nous place de fait dans le rôle de l’encadrement « socialiste » face à de nombreux travailleurs qui ne sont pas préparés à la gestion de la production socialiste. Nos divisions actuelles sont la cause principale de cette faiblesse, et donc du fossé qui se creuse chaque jour entre ce syndicalisme de classe et la masse des travailleurs.

Se battre donc dès aujourd’hui pour la réunification syndicale, en faire une axe incontournable du syndicalisme-révolutionnaire, fait donc partie de notre stratégie révolutionnaire et sa finalité : la construction d’une société socialiste.

Il n’y a en conséquence aucun patriotisme d’organisation qui consisterait à dire pour les CSR « hors de la CGT, point de salut ! ». Les CSR estiment que la CGT est la confédération la plus à même de porter ce projet : la révolution pour construire le socialisme. Nous n’avons pas d’autre objectif fondamental.

Cette question nous oblige à revenir aux bases mêmes du syndicalisme de classe.

Le syndicalisme de classe

Il est en tout premier point nécessaire d’éclaircir une notion : pour nous, le syndicalisme de classe, n’est pas celui dont se revendiquent un certain nombre de syndicalistes, y compris à la CGT.

Pour ces camarades, le syndicalisme de classe est avant tout idéologique, et se base sur un programme revendicatif. Plus les revendications sont « radicales », plus tu es « révolutionnaire », plus tu es « de classe » ! Et tout ce qui touche à l’outil syndical, aux pratiques syndicales, est soit totalement hors sujet, soit au mieux une question secondaire. Il s’agit là en général de syndicalistes « de classe » avant tout membres de fractions politiques, qui considèrent le syndicalisme comme mineur, et le parti comme le guide. Il est clair que nous ne pouvons prendre au sérieux ce « syndicalisme de classe » là. La bourgeoisie et l’État capitaliste n’ont jamais eu, et n’auront jamais peur des programmes « plus rouge que moi tu meurs » tant que l’outil efficace pour le gagner n’existe pas. Un programme sans outil c’est du vent. La bourgeoise a, contrairement à ces camarades, une véritable vision matérialiste dans la défense de ses intérêts de classe. Elle n’est pas classe dominante depuis si longtemps pour rien...

Pour schématiser, il y a, trois courants d’idée que l’on peut qualifier de classe dans l’histoire des luttes des travailleurs :

Le premier est un courant que nous qualifions d’« apolitique » : il reconnaît la lutte des classes, il s’en revendique dans les luttes, mais uniquement pour améliorer la situation quotidienne des travailleurs. Il ne défend pas le projet politique d’une autre société.

Le second est le courant réformiste, dans le plein sens du terme, c’est à dire se battant pour une autre société, mais estimant que l’État bourgeois est un cadre adéquat pour y arriver, par réformes successives. Celles-ci peuvent nécessiter parfois des luttes dures. Ce courant est anticapitaliste.

Le troisième est le courant révolutionnaire. Contrairement au précédent, il ne croit pas au « passage pacifique au socialisme » : la bourgeoisie fera tout pour conserver son pouvoir. La neutralisation et la destruction de l’appareil d’État bourgeois, et en priorité de son bras répressif (police, armée, milices parallèles, justice,...) est une tâche incontournable. Les CSR se placent dans ce troisième courant.

Mais on ne peut rester sur le seul plan des idées.

Le syndicalisme de classe est pour nous un ensemble de pratiques sociales que des travailleurs organisés mettent en oeuvre par le moyen d’outils cohérents et adaptés : leurs organisations syndicales, regroupées dans une confédération. Sans ces outils, il ne peut y avoir des pratiques syndicales de classe cohérentes, car aucune possibilité concrète n’est donnée au développement d’une conscience de classe réelle, stable et cohérente. C’est la une leçon tirée de plus de deux siècles d’histoire de la luttes des classes des travailleurs.

Quels sont ces outils ?

Nous en dénombrons trois :

1/ le syndicalisme interprofessionnel : unions locales, départementales

2/ syndicalisme d’industrie : syndicats locaux de branche (et donc tout le contraire des syndicats d’entreprise !) et fédérations d’industrie

3/ les organismes divers agissant dans le domaine de la solidarité, la sociabilité et l’entraide pour combattre la consommation capitaliste, et ses rapports sociaux en dehors du travail.

L’ensemble de ces outils doivent se regrouper dans une confédération pour avoir une cohérence de classe, pour combattre les localismes et les corporatismes. Cela suppose l’indépendance syndicale vis à vis du patronat, des partis, mais aussi vis à vis de l’État. Cela suppose aussi la mise en oeuvre intransigeante de la règle du mandatement, seul contre-poison efficace contre la bureaucratie, seule garantie de la démocratie syndicale.

Passons maintenant à l’examen de la situation du syndicalisme de classe en France au regard de ces critères.

Aucune organisation syndicale ne répond pleinement à ces conditions idéales. Mais pour les CSR c’est dans la CGT que l’on a le plus de chances et de potentiels pour les faire vivre tous. Elle a gardé, malgré son extrême bureaucratisation, accélérée après 1945, le cadre le plus adapté pour y défendre notre projet révolutionnaire, en tant que tendance syndicale.

Voilà le bilan tiré par les CSR qui au début de leur recréation à la fin des années 1990 étaient majoritairement dans une autre organisation syndicale. C’est un bilan pratique que nous avons tiré.

De plus, la CGT, bien que trop faible, reste l’organisation la plus importante, et elle garde au sein du prolétariat une tradition historique incontournable.

C’est tout cet ensemble de conditions réelles qui nous fait défendre la réunification syndicale de classe dans la CGT, et pas ailleurs.

Pour une tendance syndicaliste-révolutionnaire internationale

Les CSR ne s’adressent pas aux camarades de Solidaires, de la CNT, certains de FO, de la FSU,... et qui se revendiquent du syndicalisme-révolutionnaire en leur disant : « sans débat ni bilan, vous devez rejoindre la CGT ! ». Nous comprenons que le bilan que nous avons tiré puisse ne pas être partagé par ces camarades. D’ailleurs quelques adhérents des CSR sont membres d’autres organisations que la CGT. C’est le cas lorsque les pratiques locales de la bureaucratie cégétiste empêchent tout développement de notre tendance, il s’agit donc d’un repli tactique. Cependant aujourd’hui celle-ci est bien moins puissante, du fait de l’explosion du PCF, que dans les décennies précédentes. Les possibilités sont donc réelles pour y défendre l’existence publique d’une tendance syndicaliste-révolutionnaire.

Cet écrit étant destiné à clarifier les éléments qui nous sont parfois reprochés par des militants syndicalistes, souvent actifs et valeureux, qui lisent nos analyses. Nous nous permettons donc de leur poser la question suivante :

Camarades, vous qui vous revendiquez du syndicalisme-révolutionnaire, vous qui êtes critiques au sein même de votre organisation (Solidaires, CNT, FO, FSU), pourquoi ne créez-vous pas une tendance syndicaliste-révolutionnaire dans votre propre organisation syndicale ?

Nous voyons deux raisons possibles à cela. Et c’est là que devrait se situer le débat fraternel entre nous, et non dans un quelconque « cégétisme viscéral » des CSR.

La première raison réside dans un certain confort intellectuel que procure l’adhésion à une structure « alternative » à la bureaucratie CGT. Mais les conséquences d’une telle attitude sont dramatiques : la division syndicale affaiblit la stratégie de préparation de la révolution et de la construction du socialisme. Ce repli amène, année après année, la production de justifications idéologiques à l’existence de la division. C’est pour nous injustifiable. Prenons le cas des élections en 2012 dans les entreprises du privé de moins de 11 salariés. Il y a là l’occasion de transformer cette campagne électoraliste de guerre inter-syndicale en une véritable campagne de syndicalisation parmi ce qui représente aujourd’hui l’une des, sinon la composante la plus importante du prolétariat. Mais pour syndiquer durablement, encore faut-il avoir les outils adéquats : les unions locales. Or seule la CGT en dispose d’un point de vue réaliste et national, même si elles sont souvent en mauvais état. Un autre outil à notre disposition est l’implantation de syndicats locaux de branche dont le principe a été gagné au 49ème congrès, et dont de plus en plus de militants en comprennent l’incontournable efficacité. Pourquoi alors va-t-on voir en campagne certains syndicats de classe incapables ensuite d’organiser durablement ces travailleurs, parce que ne disposant pas des outils pour le faire ? Voilà un exemple parmi d’autres de l’absence de justification matérialiste à la division syndicale qui perdure.

La seconde raison, possible, réside dans la confusion entre une organisation syndicale (syndicat, union locale, fédération, confédération) qui serait considérée comme « révolutionnaire » et une tendance syndicaliste-révolutionnaire.

Les CSR d’aujourd’hui ont tiré des leçons de l’histoire du syndicalisme-révolutionnaire : c’est une illusion de penser que dans une situation non révolutionnaire, un syndicat, une fédération, une UL et même une confédération, qui sont des organisations de masse et non pas des fractions politiques se cachant derrière l’enseigne « syndicaliste », puissent être révolutionnaires. C’est faux, et inefficace. En effet, le mythe d’une organisation syndicale révolutionnaire entraîne un isolement expose très facilement à la répression du patronat et de l’État. Le positionnement « révolutionnaire ou « alternatif » n’est d’ailleurs absolument pas une garantie contre l’existence d’une bureaucratie syndicale comme la réalité de ce syndicalisme là nous le montre dans les faits. La contradiction entre le discours « révolutionnaire » ou « radical », dépourvu d’une base suffisante au sein de toutes les couches de travailleurs, produit alors une fuite en avant. C’est alors l’activisme dans des collectifs diverses et variés (regroupant des responsables syndicaux coupés de leurs bases, des groupes politiques et philosophiques, des associations intellectuelles, voire caritatives...) qui fleurissent au gré des mobilisations et de l’actualité politique...

Par conséquent, l’organisation révolutionnaire doit exister sous forme de tendance syndicale, stable, permanente, et structurée, donc à l’image de la confédération (dans les syndicats de branche, dans les unions locales, en réseau de branche professionnelle, etc.), ainsi qu’au niveau international, sans quoi, tout cela n’aurait strictement aucun sens. Mais l’organisation révolutionnaire ne doit regrouper que des militants, et non pas des organisations de masse (syndicats, UL, etc.) que l’on aura fait adhérer artificiellement (sans débat réel et approfondi parmi tous les adhérents) à la tendance syndicaliste-révolutionnaire. Ce fut là l’erreur des premiers CSR, en 1919-1921.

En conclusion, nous ne disons pas que la construction de tendances syndicaliste-révolutionnaires dans d’autres organisations syndicales que la CGT est impossible. Nous appelons simplement ces militants à débattre concrètement avec nous de cette perspective : la construction d’une tendance syndicaliste-révolutionnaire dans leur propre organisation syndicale n’aura en effet de sens qu’avec une stratégie globale visant à la réunification syndicale. C’est sur cette base concrète que nous souhaitons engager un débat fraternel et constructif.


Navigation

Articles de la rubrique