Fiche de Formation n°2 : le Syndicalisme d’Industrie

samedi 31 décembre 2011
par  CSR

Que ce soit en France au sein de la CGT, ou dans d’autres pays (comme en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis par exemple), les militants syndicalistes révolutionnaires ont toujours mené la lutte pour dépasser les syndicalismes de métier et d’entreprise et créer des syndicats
d’industrie ou de branche.

Le syndicalisme de métier, c’est quoi ?

C’est la première forme du syndicalisme.
Dans une localité se sont
créés des syndicats rassemblant
les ouvriers d’un même métier : ouvriers
sur bronze, peintres en dorure,…
Ces syndicats n’étaient pas
liés à une seule entreprise : cela
n’avait aucun sens, car les ouvriers
changeaient souvent de patron
(chômage, répression, recherche
de meilleures conditions d’emploi,
licenciements très faciles). La solidarité
existait dans un même métier.
Au niveau national, ces syndicats
se regroupaient en fédérations
de métiers.

Cela permettait une vraie solidarité
quand les ouvriers changeaient de
région : aide pour retrouver du travail
dans son métier, aide financière
lors des grèves.

Mais ce syndicalisme a un grand
défaut : il reproduit la division du
travail imposée par les patrons. Il
rassemble les travailleurs mais seulement
en partie. Les conséquences
ont été très néfastes : sur un
même lieu de travail, existaient plusieurs
syndicats, car plusieurs métiers.
Localement, plusieurs syndicats
se faisaient une guerre ouverte
pour recruter dans les mêmes métiers.
De plus, face à la concentration capitaliste
des entreprises, ce syndicalisme
était incapable de donner
aux travailleurs une maîtrise de leur
industrie en vue d’une future gestion
de la société par les travailleurs
eux-mêmes.

C’était essentiellement un syndicalisme
d’ouvriers qualifiés, tendant à
exclure les travailleurs non qualifiés,
de plus en plus nombreux du
fait des modifications dans le mode
capitaliste de la production
(manoeuvres, travail à la chaîne,…).

La solidarité ouvrière s’arrêtait à
la porte du métier.

Le syndicalisme d’industrie, c’est quoi ?

Le syndicalisme d’industrie consiste
à regrouper les syndicats de métiers
en syndicats d’industrie (métallurgie,
bâtiment,…) organisés localement
(ville, bassin d’emploi et de vie).
Ainsi sur un même lieu de travail et
dans une même zone d’emploi, un
seul syndicat CGT regroupe tous les
travailleurs syndiqués, quelque soit
leur métier. Dans le même temps, il
s’est agi de regrouper les fédérations
de métier dans de puissantes
fédérations d’industrie. Bien entendu,
cette bataille n’a pas été facile, il
a fallu contourner de nombreuses
résistances.

Quand on parle d’industrie, il s’agit
en fait d’une branche. Aujourd’hui il
faut entendre une branche d’activité
ayant une cohérence, que les activités
se fassent sous formes d’entreprises
privées, ou publiques, ou associatives.
Ainsi les branches (ou
industries) de l’Education, du Commerce,
de l’Aide à domicile, de la
chimie, de la métallurgie, de la
construction,…

Aujourd’hui encore cette forme du
syndicalisme d’industrie n’est pas
totalement généralisée. Le syndicalisme
de métier existe sous forme
de syndicats autonomes, mais il est
surtout fort dans l’éducation (que
l’on pense aux nombreux syndicats
de métiers de la FSU), chez les correcteurs
et aussi partiellement dans
l’éducation à
la CGT. Il y a
d ’ a u t r e s
exemples.

Le syndicalisme d’entreprise, c’est quoi ?

Le syndicalisme d’entreprise est
une forme pervertie du syndicalisme
d’industrie. Dans un syndicat
d’entreprise (ou parfois même d’établissement),
les travailleurs sont
tous organisés dans un même
syndicat. Mais ils ne sont pas
dans le même syndicat que leurs
camarades d’une autre entreprise
située dans la même zone d’emploi
et faisant partie de la même
branche !

Ainsi dans la construction
 : on a des syndicats par entreprise
des gros donneurs d’ordre,
et puis une quasi absence de
syndicats chez les sous-traitants.
On retrouve le même schéma
dans l’automobile : un syndicat
dans l’usine du donneur d’ordre,
et autour, parfois, des syndicats
très faibles chez les sous-traitants
situés près de l’entreprise principale.

On a même aussi dans une
même usine un syndicat CGT de
l’employeur principal, et des travailleurs
en intérim parfois syndiqués
dans la boîte d’intérim !!
Le syndicalisme d’entreprise a été
progressivement presque généralisé
à la CGT à partir de la fin des
années 1950. Le fait est que pendant
une vingtaine d’années, le
mouvement syndical était à l’offensive.

Les luttes gagnantes
dans les grandes entreprises et
les grands services publics se traduisaient
par une amélioration réelle
de la situation d’une grande
partie des autres travailleurs
(acquis dans la convention collective,
acquis sociaux de la protection
sociale,…). Mais au tournant
de la fin des année 1970, avec la
crise économique mondiale du
capitalisme, avec la crise du modèle
d’exploitation sur les chaînes,
et d’autres facteurs encore, le
grand capital met progressivement
en place d’autres formes de
production et d’exploitation, notamment
par la sous-traitance, la
privatisation des secteurs publics,

… Alors les grandes concentrations
de travailleurs sont explosées,
les statuts sur un même lieu
de travail sont de plus en plus
nombreux. Les travailleurs sont de
plus en plus divisés, éclatés,… Et
les acquis sociaux sont régulièrement
remis en cause, pour tous,
mais beaucoup plus vite pour une
partie toujours croissante des travailleurs
(jeunes, femmes, immigrés,
petites entreprises, sous-traitants,
précaires).

Le modèle du
syndicalisme d’entreprise a été
incapable de s’opposer à cette
restructuration capitaliste radicale.
La crise du syndicalisme est en
partie la crise du syndicalisme
d’entreprise. Cela commence à
être peu à peu analysé au sein de
la CGT. Mais nous avons au
moins trente ans de retard. Il
s’agit de faire vite et de renouer
avec le syndicalisme d’industrie.

Les objectifs du syndicalisme d’industrie

Le premier objectif du syndicalisme
d’industrie est de répondre
efficacement à la stratégie de
division des travailleurs d’une même
branche, sur une même zone
d’emploi, que l’on soit chez le
donneur d’ordre ou le sous-traitant,
en CDI ou en intérim.

Il unifie donc les travailleurs-euses
sur la base d’une même
plate-forme revendicative. Il a
déjà fait ses preuves. C’est le
syndicalisme d’industrie qui a
permis dans le passé la mise
en place des Conventions Collectives
Nationales mais aussi
des statuts et des mutuelles de
branche.

De nos jours, le syndicalisme d’industrie
permet toujours d’organiser
tous les travailleurs de la même
branche pour lutter contre leur
mise en concurrence. C’est une
arme pour défendre, faire appliquer
et améliorer vraiment les
conventions collectives. Sinon
celles-ci ne deviennent que des
coquilles vides : dans les grandes
entreprises les accords sont supérieurs
à la conventions. Dans
les plus petites, les acquis régressent
et ne sont de toute façon
plus appliqués ou de moins en
moins.

Regroupés ensuite dans une fédération
d’industrie au niveau national,
ce syndicalisme permet de
prendre en compte la réalité du
capital aujourd’hui : mener le
combat efficacement au niveau
international, lutter contre les
grands groupes sur les lieux mêmes
de travail, lutter contre la surexploitation
des travailleurs d immigrés
en les syndiquant ici même
en contact les syndicats de
leur pays d’origine.

Le second objectif du syndicalisme
d’industrie est de préparer
les travailleurs à la gestion
socialiste de la société. Cette
gestion n’est possible que si les
travailleurs de la base sont capables
de connaître et de maîtriser
réellement tout ce qui se passe
sur leur lieu de travail, les liens
entre leurs activités et celles d’autres
travailleurs de la même branche,
de coordonner leurs efforts
et connaissances. Cela est impossible
avec le syndicalisme de
métier et le syndicalisme d’entreprise.
Seul le syndicalisme d’industrie
le permet.

Ainsi, par le moyen de leur fédération
d’industrie, les travailleurs
seront capables de gérer leur
branche, en lien avec les autres
branches dans le cadre des structures
interprofessionnelles :
unions locales, unions départementales
et régionales, et confédération.


Documents joints

Fiche de Formation n°2 : le Syndicalisme (...)
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