Editorial N°40 / Décembre 2011

jeudi 15 décembre 2011
par  Peau rouge

Texte d’introduction à la revue.

Vers une tendance syndicaliste-révolutionnaire internationale

L’une des plus importantes crises économiques de l’Histoire du capitalisme continue à produire ses effets destructeurs sur les conditions de vie du prolétariat dans toutes les parties du monde. Cela ne se fait pas sans réactions. Mais si le mouvement ouvrier en Europe est à la peine, dans d’autres zones la classe ouvrière montre des capacités d’organisation importantes et rénovées. Les grèves en Egypte, Irak, Iran en sont les derniers exemples.

Cependant, quelque soit le pays, le syndicalisme n’a pas encore dépassé sa faiblesse stratégique fondamentale. Nulle part encore, il n’a posé la question du pouvoir du prolétariat sur les moyens de produire les richesses et de les répartir. Nulle part encore, il n’a posé la question de la gestion de la société par le prolétariat lui-même à partir de ses propres organisations de classe, ses syndicats. Nulle part encore il ne s’est préparé à la grève générale révolutionnaire pour affronter l’Etat et la bourgeoisie.

C’est cette situation là qu’il nous faut contribuer à changer. Car la crise du capitalisme pose la question du Socialisme, et donc celle des responsabilités du syndicalisme à trouver l’issue victorieuse. La légitimité du système capitaliste est au plus bas. La fonction urgente pour le syndicalisme de classe est de mettre en oeuvre une stratégie pour que la question du Socialisme soit légitime dans le prolétariat.

Prenons l’exemple de la France où en 2012 vont se dérouler des élections présidentielles et législatives. De nouveau, nous avons droit à la danse des "partis de gauche et extrême gauche" devant les militants syndicaux pour qu’ils s’engagent dans la campagne du Front de Gauche, dans celle du NPA... Et de nouveau nous observons des camarades syndicalistes qui sous-traitent leur projet de société aux organisations affinitaires. Cette sous-traitance provoque leur propre démobilisation. Ils portent leur espoir, non pas sur leur propre organisation de classe, mais sur des organisations incapables de mettre en action les travailleurs et les travailleuses, et donc d’avancer vers le Socialisme. Ce constat ne se veut pas une condamnation de ces mêmes organisations affinitaires. Elles constituent un lieu de réflexion, mais ne peuvent offrir plus... si l’on réfléchit en terme de perspectives anti-capitalistes.

Ce ne sont pas des partis qui dirigeront le Socialisme à la place des travailleurs-euses ou alors ce "Socialisme" ressemblera étrangement à un Socialisme d’Etat.

Le mouvement ouvrier doit sortir de l’illusion dans lequel il se noie depuis 1917. Trop de militants fantasment depuis cette période sur des "révolutions" qui ont encadré le prolétariat au profit des bourgeoisies nationales, de bureaucraties étatistes et donc parasitaires. De nombreux Etats "Socialistes", "populaires", "progressistes", ou "anti-impérialistes" ont été crées, mais jamais les travailleurs n’ont géré ces Etats !
Il n’y a donc jamais eu de Socialisme, ce qui explique d’ailleurs la passivité ou l’hostilité du prolétariat lorsque "leurs dirigeants révolutionnaires" ont été démis ou renversés.

Aucun bilan politique n’a été tiré de ces expériences et le mouvement ouvrier cherche encore la voie de son émancipation qui passera par la destruction des Etats capitalistes et le retour à la Charte d’Amiens.

Et malheureusement cette démobilisation politique des militant-e-s syndicalistes de classe se retrouve dans d’autres pays.
En Grande-Bretagne, la lutte contre les coupes budgétaires a vu la création d’autant de collectifs qu’il y a d’organisations trotskistes !
En Tunisie, l’UGTT est traversée par un débat crucial sur sa place face à la réorganisation politique de l’Etat de la bourgeoisie. Pour l’instant on ne voit pas émerger de courants internes exigeant l’indépendance syndicale réelle face aux regroupements affinitaires, afin de rompre avec la tradition historique de cette confédération qui a été très souvent proche, par ses directions, du pouvoir. Pendant la dictature de Ben Ali, l’UGTT a été le refuge pour de nombreux militants "politiques" d’opposition qui avaient alors su maintenir leur unité.
Mais aujourd’hui, c’est l’utilisation des structures syndicales de l’UGTT par les fractions affinitaires qui risque de mettre à mal cet acquis. L’absence d’une tendance se revendiquant de l’indépendance syndicale face au patronat, à l’Etat et aux partis bourgeois, fait défaut.

La nécessité de reconquérir son projet politique, une société socialiste, (c’est à dire gérée par ses organisations naturelles que sont les syndicats, ses Union Locales, ses fédérations d’industrie, sa confédération), voilà ce qui selon nous constitue la colonne vertébrale d’une stratégie révolutionnaire à mettre en oeuvre dans l’immédiat.

Cela passe par la création d’une tendance syndicaliste-révolutionnaire internationale, basée sur des tendances SR dans chaque confédération syndicale de classe dans chaque pays. C’est à un appel dans ce sens qu’ont abouti les débats cet été entre les CSR de France et l’organisation Liberty and Solidarity du Royaume Uni.
Ce texte pose les principes de l’action SR non sectaires, tournée vers l’unité de classe, mais aussi vers le regroupement des révolutionnaires faisant la différence entre une confédération et une tendance syndicale. Cette distinction est en effet incontournable.

Les CSR ont pris une seconde initiative, découlant logiquement de la précédente. Pour reprendre la main sur notre projet politique, il est grand temps que les syndiclaistes de classe, quelques soient leurs préférences quant aux moyens à mettre en oeuvre pour se débarasser du capitalisme et construire le Socialisme, passent à l’offensive sur le térrain du syndicalisme d’industrie. Nous devons clairement nous rencontrer pour que, branche par branche, nous alimentons les débats dans nos syndicats d’industrie et fédérations afin de construire un projet de gestion socialiste de nos branches d’activité respectives : chimie, transports, ocnstruction, automobile, éducation, santé, social, énergie...

De telles rencontres sur le syndicalisme d’industrie seraient alors le complément logique de la bataille qui doit être générale pour transformer les syndicats d’entreprise en syndicats de branches locales.Et la question de la coordination au niveau international se posera alors tout naturellement.

Notre tendance appelle donc, sans sectarisme, tous les syndicalistes de classe à débattre de ces deux propositions et à s’en emparer pour que cela ne reste pas l’initiative des CSR.
Nous sommes persuadés que très rapidement le syndiclaisme révolutionnaire peut franchir un seuil pour sa reconstruction au niveau international. Cela passera par une élaboration stratégique commune. Mais aussi par l’intervention coordonnée pour donner plus de cohérence et une stratégie à nos confédérations respectives.