Les tendances syndicalistes-révolutionnaires

introduction au dossier sur les tendances syndicales
lundi 12 décembre 2011
par  Peau rouge

Depuis le tournant des années 1980, le syndicalisme international est entré dans une phase de replis.
C’est une évidence en ce qui concerne les états impérialistes d’Europe et d’Amérique du Nord. Mais la crise touche désormais des pays où le mouvement syndical avait été à l’offensive : Afrique de Sud, Corée du Sud, Brésil...

Cette crise généralisée s’explique par plusieurs facteurs. Les plus importants étant certainement l’absence de stratégie révolutionnaire et la désorganisation interne des centrales syndicales.

Engagées dans cette phase de repli, les équipes militantes combatives ont cherché des solutions. Sous la pression des attaques de l’adversaire et de l’absence de perspectives politiques, ou sous l’impact d’une culture de la défaite, les débats engagés ont pris la forme de réflexions simplistes.

Deux solutions miracles ont alors émergé :

La première a consisté à proposer pour le syndicalisme des « perspectives politiques »... extérieures au syndicalisme. Une profusion de partis et de d’organisations de la gauche radicale ont donc vu le jour. En parallèle, le Mouvement Social et ses associations sectorielles ainsi que le Mouvement altermondialiste ont, eux aussi, essayé de se présenter comme une direction alternative au syndicalisme. Il apparaît aujourd’hui évident que cette stratégie de la sous-traitance n’a finalement réglé aucun problème du syndicalisme mais au contraire a accéléré sa crise.

La seconde s’est principalement développée en Europe du Sud, en Asie et en Amérique latine en raison de leur tradition de pluralisme syndical. En reprenant le modèle d’une CNT espagnole mythifiée, la solution miracle a désormais consisté à créer de nouvelles confédérations présentées comme « alternatives ». Ce modèle a m^me fini par imprégner des pays d’Europe du Nord où le droit syndical et la culture ouvrière rendent pourtant difficile la réalisation de cette perspective. Cette dynamique syndicale, qui s’apparente à celle de l’anarcho-syndicalisme, est désormais en crise, dans les pays où elle s’est justement développée en priorité.

En France, la CNT est devenue une vraie passoire. Des milliers de jeunes adhérents y sont passés, sans pouvoir s’y organiser durablement. La FSU est au bord de l’implosion, ses syndicats se disputant sur le choix d’un ralliement à la CGT ou à Solidaires. Solidaires demeure une Union de syndicats d’entreprise dont l’action se limite à défendre les intérêts des salariés... de ces entreprises.

Et c’est justement toute la contradiction du syndicalisme alternatif qui apparaît à travers son action quotidienne. Au-delà des appels incantatoires, voire religieux, à la grève générale, ces organisations syndicales se sont repliées sur les professions à statut ou du moins sur les grandes entreprises. Ces organisations n’ont pas réussi ou n’ont pas voulu s’implanter dans ce qui fait désormais la réalité du prolétariat, les travailleurs des PME. C’est à dire tous ces travailleurs, actifs dans une profusion d’entreprises, d’établissements, de chantiers,... où l’activité syndicale ne peut reposer sur un syndicat d’entreprise. L’implantation syndicale est déjà difficile pour une organisations comme la CGT, malgré ses UL et sa formation syndicale. Elle est quasi impossible pour des syndicats alternatifs implantés au hasard de l’existence d’équipes syndicales militantes.

L’organisation du prolétariat passe nécessairement par la structuration des travailleurs au sein de syndicats d’industrie locaux, regroupés dans des UL. C’est donc cette nécessité qui condamne le syndicalisme alternatif. Avec la marginalisation des travailleurs à statut, avec le départ en retraite des couches militantes issu de mai68, ce syndicalisme n’a aucune perspective.

Dans cette soltion internationale, débattre de la transformation sociale relève plus du bleuf ou de l’auto-motivation que du sérieux militant. Il n’est donc pas étonnant que de plus en plus de jeunes syndicalistes s’interrogent sur la crise que traverse le syndicalisme alternatif.

La crise de ces deux modèles s’accentue un peu plus chaque jour et commence à émerger un autre modèle, longtemps demeuré en sommeil. Ce modèle c’est celui du syndicalisme révolutionnaire, non pas un « syndicalisme révolutionnaire » autoproclamé mais un courant politique en action dans la vie et les luttes de la classe. C’est ce qui fait tout l’intérêt de ce modèle mais aussi sa difficile construction.

Depuis 1968, le mouvement révolutionnaire a été contaminé par la Société du spectacle, par l’image, le paraître, par l’individualisme. L’action militante ressemble de plus en plus à une agitation permanente qui se focalise sur les médias. Elle laisse de côté la sociabilité, l’organisation et la formation.

Il est donc tentant de se revendiquer d’un « parti révolutionnaire », d’un syndicat « alternatif » surtout quand son organisation ne prépare pas vraiment l’affrontement violent avec la bourgeoisie. Le syndicalisme-révolutionnaire est moins valorisant d’un point de vue existentiel. Car ce courant est révolutionnaire non pas par ses proclamations verbales mais dans action quotidienne, dans son organisation patiente, dans sa formation permanente des travailleurs et travailleuses, e travaillant à leur côté.

Le renouveau du syndicalisme-révolutionnaire n’aura donc rien de spectaculaire. La construction d’une tendance syndicaliste-révolutionnaire passe par la diffusion de nos pratiques dans un nombre grandissant de syndicats, en y formant des militant-e-s révolutionnaires, en influençant les syndiqué-e-s.

Ce modèle d’action révolutionnaire, qu’il faut se réapproprier, ne peut se construire que dans un cadre international. Un cadre qui permette de coordonner les actions au-delà des frontières mais aussi de mutualiser nos expériences.

Dans l’avant-guerre on adhérait à une organisation communiste pour faire la révolution mondiale. Depuis des décennies on adhère à une « organisation révolutionnaire » pour défendre ses intérêts personnels, pour conserver son statut, pour maintenir l’Etat providence et ses services publics... C’est ce qui explique pourquoi les partis de la gauche radicale ainsi que les syndicats alternatifs se construisent sur une dynamique exclusivement nationale. L’investissement dans des mobilisations internationales relèvent plus du spectacle (manifs altermondialistes, camps d’été, conférences...) que de perspectives stratégiques concrètes.

La construction du syndicalisme-révolutionnaire passera donc nécessairement par un retour à l’action internationaliste. L’objectif du syndicalisme-révolutionnaire n’est pas de défendre les services publics, l’Etat providence, les accords d’entreprises. Notre objectif c’est de faire la Révolution, c’est à dire la Révolution mondiale.


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