Le courant syndicaliste révolutionnaire international

lundi 17 octobre 2011
par  James Connolly

Depuis des années, notre courant syndical tente de se réorganiser. Des tentatives ont été menées dans de nombreux pays. Ces tentatives ont été menées de façon souvent improvisée, dans la confusion. Notre courant passe désormais à une nouvelle étape. Il ne s’agit plus seulement de s’affirmer comme la continuité d’une tendance ancienne et prestigieuse. Notre courant doit regagner son influence de masse mais aussi se doter d’une stratégie révolutionnaire efficace et se coordonner par delà les frontières.

Ce texte est le produit d’expériences militantes menées depuis plus de 10 ans dans plusieurs pays. Il a été enrichi des réflexions communes des deux organisations syndicaliste-révolutionnaires : Liberty & Solidarity (Royaume-Uni) et les CSR (France). Nous proposons que ce texte serve de base d’unification stratégique et de rassemblement organisationnel à tous les militants qui, sur tous les continents, veulent participer à la reconstruction d’une Internationale Syndicaliste-Révolutionnaire, avec des sections implantées dans chaque pays.

1/ Le syndicalisme-révolutionnaire et la Charte d’Amiens

Le syndicalisme-révolutionnaire trouve ses origines dans l’action des Bourses du Travail et de la CGT française. Au congrès d’Amiens de 1906, la CGT se dote d’une stratégie révolutionnaire synthétisée dans une Charte. Cette Charte fixe une stratégie cohérente au mouvement SR et devient son texte de référence.

a) La Confédération syndicale impulsera le processus révolutionnaire par la grève générale.

b) La Confédération servira pendant et après la Révolution, d’organe de pouvoir prolétarien, assurant à la fois la production et la répartition des richesses.

c) La Confédération doit assurer avant, pendant et après la Révolution l’unité du prolétariat. Cette condition est indispensable à la victoire de la Révolution mais aussi à la gestion collective, nationale et interprofessionnelle de la société. Sans confédération unitaire il ne peut y avoir de Socialisation.

d) Pour assurer cette unité organisationnelle et donc politique du prolétariat, la Confédération doit disposer d’une autonomie politique. La CGT affirme donc son indépendance par rapport à tous les groupes affinitaires et philosophiques.

La CGT condamne ainsi l’action des fractions politiciennes en son sein. Mais elle reconnaît l’expression de courants et de sensibilités syndicales dans ses syndicats. Ces courants ne sont pas calqués sur les démarcations entre organisations affinitaires.

C’est en quoi le Syndicalisme-révolutionnaire, synthétisé dans la Charte d’Amiens, se différencie de l’anarcho-syndicalisme, de la social-démocratie et du léninisme qui veulent imposer au mouvement syndical une identité philosophique.

En France, mais aussi dans d’autres pays, les syndicaliste-révolutionnaires sont alors majoritaires dans les confédérations unitaires. Cela amène à une sous-estimation de la nécessité de s’organiser en tendance. Dans d’autres pays, les SR sont tentés de scissionner afin de créer des confédérations explicitement « SR ». Cela provoque la même faiblesse et favorise la division syndicale, obstacle à la prise du pouvoir par les travailleurs.

2/ Le courant syndicaliste révolutionnaire

Le courant SR se constitue au sein même du mouvement syndical, en totale autonomie. Il se bat pour l’unité d’action, tout en produisant et en popularisant des modes d’organisation et des stratégies clairement révolutionnaires :

- autonomie ouvrière,

- Bourses du travail et activités d’entraide et de socialisation autogérées,

- préparation de la grève générale révolutionnaire,

- construction de syndicats et de fédérations d’industrie,…

Depuis l’échec de l’Internationale Syndicale Rouge à la fin des années 20, le courant syndicaliste-révolutionnaire a rencontré de nombreuses difficultés pour se réorganiser.

La tentation a souvent été de créer de petites confédérations se revendiquant du SR ou confusément de « l’anarcho-syndicalisme », ce qui a favorisé son isolement et son épuisement à faire vivre de petits appareils sans grande influence.

Ces tentatives ont essayé de trouver une justification en se donnant une identité « révolutionnaire » abstraite et se revendiquant donc de courants philosophiques divers et variés. Cela n’a bien évidemment aidé le syndicalisme révolutionnaire à se doter d’une stratégie révolutionnaire cohérente et unificatrice.

Il a été difficile de surmonter la contradiction existant entre la stratégie historique du syndicalisme révolutionnaire et les pratiques actuelles du mouvement, contradiction essentiellement due au fait que l’histoire du courant n’a pas été analysée ou pire déformée. Surmonter cette contradiction ne pourra se faire qu’en comprenant la distinction entre une organisation de masse, comme un syndicat, et une organisation ne regroupant que des militants révolutionnaires, la tendance SR. . Il est contre-productif d’organiser des travailleurs au sein d’un syndicat « révolutionnaire » si la plupart des syndiqués ne prennent pas le temps de réfléchir à la stratégie révolutionnaire et n’ont pas été formés dans ce sens. Le rôle de la tendance syndicaliste-révolutionnaire est de populariser les idées SR, de construire et de renforcer les syndicats et la démocratie ouvrière en leur sein. La confusion entre l’activisme de masse et l’action révolutionnaire n’a toujours pas été résolue, occasionnant des erreurs tant en termes stratégiques qu’organisationnels.

C’est la raison pour laquelle nous appelons tous les militants se revendiquant du syndicalisme-révolutionnaire à créer des tendances syndicalistes révolutionnaires dans leur pays afin de dépasser cette confusion. C’est la seule façon de donner aux syndicalistes révolutionnaires l’outil leur permettant de s’exprimer dans le cadre d’une organisation de masse, d’assurer la formation révolutionnaire des syndiqués et de préparer la confédération à gérer la société.

3/ Le Courant Syndicaliste-Révolutionnaire International

La Révolution n’est pas un processus national. Elle peut triompher momentanément dans un pays mais elle doit nécessairement s’étendre pour ne pas être étouffée.

Par conséquent, la révolution nécessite une internationale révolutionnaire. Cette internationale doit regrouper les tendances SR de chaque pays, coordonner leurs actions et leurs réflexions. Elle doit mutualiser et unifier les expériences et les acquis, accumulés dans chaque pays.

Cette Internationale Syndicaliste-Révolutionnaire doit fonctionner sur une base fédéraliste, tout en refusant les replis nationalistes qui ont existé dans notre courant international. Chaque tendance « nationale » doit donc disposer de son autonomie tout en confrontant son action aux expériences menées ailleurs. Elle doit percevoir son action et ses perspectives au-delà des frontières, sans exotisme ni fantasme.

Une telle internationale doit aussi se protéger de tout sectarisme, être capable de travailler avec des syndicalistes et des organisations au-delà de ses propres rangs en vue d’atteindre des objectifs communs, en construisant des alliances solides.

Depuis 15 ans, de nombreuses réunions ont regroupé des organisations se revendiquant du syndicalisme de classe et de l’anarcho-syndicalisme. Mais ces rencontres ont rarement débouché sur des réflexions révolutionnaires, des stratégies de luttes concrètes et sur la coordination de luttes syndicales. Cela s’explique par l’absence d’une véritable internationale révolutionnaire proposant des perspectives au-delà d’une routine syndicale sans perspective.

La construction de cette internationale syndicaliste-révolutionnaire n’est pas à l’ordre du jour, car un projet d’une telle ampleur doit reposer sur des forces suffisantes. Mais la perspective d’un tel projet doit être affirmée et la dynamique de sa construction doit être enclenchée.
La première étape sera l’expression d’un Courant SR International, regroupant les Tendances déjà actives dans plusieurs pays.

Des délégués de Liberty & Solidarity et des Comités Syndicalistes Révolutionnaires se sont rencontrés à plusieurs reprises pour comparer leurs analyses respectives.

Ce texte est le résultat de cet accord politique, basé sur leurs expériences récentes et passées.

En conséquence, nos deux organisations appellent toutes les tendances syndicalistes des autres pays ainsi que les militants encore isolés de se saisir de ce texte, d’en débattre avec nous afin de consolider notre élaboration stratégique et d’engager des actions communes pour matérialiser ce courant syndicaliste révolutionnaire international :

1) En organisant les syndicalistes d’une même industrie au-delà des frontières ;

2) En organisant et formant les travailleurs immigrés dans nos syndicats ;

3) En partageant nos articles et nos analyses stratégiques ;

4) En utilisant au mieux les nouvelles technologies de communication, le premier pas étant de créer un site web commun.

Liberty & Solidarity et Comités Syndicalistes Révolutionnaires


Documents joints

Déclaration commune
Déclaration commune