Fiche de formation n°7 La grève générale

dimanche 7 août 2011
par  James Connolly

Commençons d’abord par une question de vocabulaire, pas si anodine que cela. Dans la tradition du mouvement ouvrier en France, la grève générale veut dire la Révolution.

Il faut donc faire une différence entre :

- une multitude de grèves locales au même moment qui s’orientent vers l’affrontement avec l’Etat capitaliste et les propriétaires des moyens de production, de distribution, de transport, de communication, etc. : c’est la grève générale ;

- et une grève qui se généralise, qui est massive mais dont les objectifs et les résultats ne vont pas jusqu’à cet affrontement avec le capitalisme.

Il faut bien faire la différence entre les deux pour ne pas se payer de mots, ce que les organisations
d’extrême gauche font souvent.

QUELS OBJECTIFS ?

Si des grèves locales ou de branches
se renforcent et s’élargissent,
on ne peut savoir tout de suite si
elles se transforment en grève générale.
C’est le caractère de ces grèves,
leur capacité à se coordonner
qui leur donneront la force d’être une
grève générale. Cela dépendra aussi
des forces militantes organisées, et
donc de l’existence ou pas d’une
organisation révolutionnaire (voir
fiche n°6).

L’histoire est riche de grèves que l’on
peut dire être des grèves générales
(ou qui vont dans ce sens) mais aussi
de grèves massives qui ne le sont pas.
La grève générale c’est donc pour le
syndicalisme révolutionnaire (SR) la
lutte du prolétariat qui s’affronte au
pouvoir de la bourgeoisie, dans les
lieux de travail et aussi contre l’Etat
bourgeois. Le but de la grève générale
est :
- de conquérir le pouvoir sur les
lieux de travail (les travailleurs
doivent contrôler et décider de
l’utilisation des moyens de production,
de transport, de communication,
les services,…) ;

• de briser l’Etat bourgeois en détruisant
ses appareils ;

• de mettre en place un autre pouvoir
qui remplace celui de la
bourgeoisie, pour gérer la société.

Voilà les objectifs des syndicalistes
révolutionnaires dans la grève générale

GERER LA GREVE

Pour qu’il y ait grève générale, il faut
qu’apparaissent des organismes prolétariens
contestant réellement le pouvoir
de l’Etat bourgeois et celui des
patrons. Un autre pouvoir, celui des
travailleurs se construit et va s’affronter
au pouvoir de la bourgeoisie. Ces organismes
doivent représenter le maximum
de travailleurs en lutte.

Que sont ces organismes ? Ce sont
des organisations de front unique (voir
la fiche n°4), rassemblant massivement
les travailleurs en lutte, et qui se
coordonnent, par localité, par branche,
et jusqu’au niveau national. C’est le
seul moyen de construire un autre pouvoir
face à celui de la bourgeoisie. Ces
organismes contestent le pouvoir capitaliste,
dans les lieux de travail comme
dans les localités, afin de remplacer
les appareils de l’Etat et des patrons.

D’ailleurs quand une grève générale se
construit, plusieurs corporations ne
sont pas en grève ! Très rapidement,
ces organismes qui contestent le
pouvoir bourgeois, décident euxmêmes
des activités à maintenir
 : santé, nettoyage, distribution
et transports,… Car la vie
doit continuer après plusieurs
jours de grève ! Ce qui est important
c’est que ce ne sont pas
les patrons ni l’Etat qui décident
de ce qui doit continuer à fonctionner.

POUR LES SYNDICALISTES RÉVOLUTIONNAIRES (SR),

Ces organismes doivent être les syndicats.

Il faut donc que le syndicalisme
soit organisé dans les meilleures
conditions pour la grève générale.

Et pour les syndicalistes révolutionnaires
(SR), ces conditions sont celles
qu’il défend dans sa stratégie : construire
les outils révolutionnaires que
sont les unions locales, les syndicats
de branche et leurs fédérations, la
confédération, les mutuelles, les coopératives,
les associations d’entraide,
de culture et de loisirs…

Autant d’organisations
de classe pour préparer
les travailleurs :
- à se coordonner, à centraliser
leurs efforts, à échanger et à
débattre ;
- à gérer la société.

Les travailleurs ne vont pas acquérir
spontanément cette habitude
de lutte, de réflexion, de débat,
d’organisation, de gestion, d’initiatives
sans lesquelles on ne peut
pas gérer une société humaine.

Car tout dans la vie du travailleur
rend cela très difficile et très compliqué
 : travail abrutissant et fatigant,
rôle de la hiérarchie au boulot,
division du travail empêchant
l’initiative, etc.

Pour contrer cette réalité, les travailleurs
doivent s’organiser au
quotidien : le syndicalisme. C’est
leur seul moyen de s’affranchir de
l’esclavage salarié. Pas d’un coup
de baguette magique, non, chaque
jour. Il vaut mieux alors prendre
soin à la manière dont fonctionne
le syndicalisme : d’où les
enjeux de se formes d’organisation
et de militantisme
(syndicalisme d’entreprise ou de
branche ? syndicalisme corporatiste
ou interprofessionnel ? syndicalisme
qui délègue la vie du
travailleur à l’Etat ou qui organise
ses loisirs, son entraide,… ?)

Car
du choix de ces formes d’organisation
et de militantisme va découler
une certaine conscience
de classe ou pas, va découler
une certaine préparation à la grève
générale ou pas.

C’est pourquoi ces organismes
qui seront ceux qui organiseront
la grève générale pour la révolution
seront ceux qu’auront forgé
les travailleurs toutes les années
et décennies avant cette grève :
ceux du syndicalisme de classe.

Certes tous les travailleurs ne
sont pas syndiqués, et ces organismes
peuvent être plus larges
que les syndicats et regrouper
tous les travailleurs, syndiqués ou
non. Mais leur fonction est de représenter
le pouvoir des travailleurs.

Pouvoir organisé le mieux
possible, ces organismes doivent
représenter les travailleurs comme
classe. Pour cela les liens entre
ces organismes (dans une
même localité, liens entre localités
d’un même bassin d’emploi,…
et jusqu’au niveau national) doivent
être les plus complets et larges
possibles pour éviter l’enfermement
dans son propre lieu de
travail et dans sa propre localité.

Et pour cela le seul schéma cohérent
qui existe est celui du syndicalisme
interprofessionnel (UL,
UD) et de syndicats d’industrie
(avec les fédérations), regroupés
dans une confédération : le syndicalisme
de classe. L’avantage de
ce syndicalisme c’est qu’il fonctionne
ainsi avant la grève générale,
pendant de nombreuses années.
Si donc ces organismes de
pouvoir des travailleurs pendant
la grève générale dépassent parfois
le syndicalisme parce que
regroupant plus de travailleurs
que lui, le syndicalisme de classe
(interprofessionnel et par industrie)
doit les influencer pour que
ces organismes se coordonnent
comme lui. Ce sera le rôle du
courant syndical SR.

Alors quel rôle jouera l’organisation
révolutionnaire
(voir
la fiche n°6) dans la grève
générale ?

Comme l’organisation révolutionnaire
est un courant syndical regroupant
des militants syndicalistes,
son rôle est simple.

Avant la grève générale,
Il est de contribuer à ce que le
syndicalisme de classe se renforce
 : unions locales, syndicats de
branche, associations d’entraide,
de culture et de loisirs, des coopératives
et des mutuelles,…

Pendant la grève générale,
L’organisation révolutionnaire devra
mettre toutes ses forces pour
que le syndicalisme s’oriente vers
l’affrontement contre le pouvoir
bourgeois et l’Etat capitaliste.
Dans cette période, tout peut aller
très vite, le syndicalisme devra
rapidement se transformer en organismes
contestant ce pouvoir
capitaliste : au plan local comme
au plan national. Il s’agira d’organiser
le maximum de travailleurs
dans les syndicats et les UL pour
que la grève soit puissante et irrésistible.

Mais il s’agira aussi de
centraliser toutes ces forces en
les coordonnant : fédérations et
confédération, regroupement par
régions ou bassins d’emploi et de
vie…

Car en face du pouvoir capitaliste
il faut mettre en place un
autre pouvoir, celui des travailleurs
dans leurs organisations de
classe gagnées au projet révolutionnaire.

L’organisation révolutionnaire sera
aussi très vigilante pour que ne
se construise pas, au sein même
du mouvement de grève générale,
un pouvoir de l’encadrement
sur les travailleurs. Un des objectifs
de la grève générale, préparé
justement par le syndicalisme de
classe, est de briser ce pouvoir
des cadres salariés sur les travailleurs
de la base (l’immense majorité),
pouvoir qui naît de leurs
fonctions dans les entreprises et
les lieux de travail. Il s’agit là d’un
combat quotidien à l’intérieur du
syndicalisme, et qui prend une
place de première importance
pendant la grève générale. Car se
joue alors la question du pouvoir
dans la société. Il s’agit d’empêcher
l’encadrement de freiner le
mouvement vers la grève générale.

Mais il s’agit aussi de l’empêcher
de prendre le pouvoir lui même
au sein de la grève générale
elle-même. Les deux situations
peuvent se présenter.

Dans
la première les travailleurs gaspilleraient
leurs chances de briser le
pouvoir capitaliste.

Dans la seconde,
s’étant débarrassés des
capitalistes, ils retrouveraient de
nouveaux maîtres : c’est ce qui
s’est passé dans les révolutions
en Russie, en Chine, à Cuba, etc.

Bien entendu, pendant ces deux
périodes, l’organisation révolutionnaire
devra se renforcer.


Documents joints

PDF - 101.4 ko
PDF - 101.4 ko