Fiche de formation N°9 Les outils révolutionnaires

dimanche 7 août 2011
par  James Connolly

Les CSR ne développent pas une vision idéaliste du processus révolutionnaire. Le combat idéologique
et culturel n’est pas à négliger mais ce sont les conditions matérielles qui permettent l’avancée
du processus révolutionnaire. Il faut donc s’intéresser aux outils nécessaires pour mener
l’activité révolutionnaire, aux formes d’organisation concrètes des travailleurs.

Le Syndicalisme Révolutionnaire se démarque
de deux visions idéalistes ((non matérialistes)
de la transformation sociale :

Nous ne partageons pas la conception institutionnelle du courant réformiste.

Nous estimons qu’il est utile de construire
des organes de pouvoir dirigés
par les travailleurs, des organes autonomes
du capitalisme. C’est pourquoi
nous n’estimons pas possible une
rupture avec le capitalisme qui s’appuierait
sur ses institutions : gouvernement
légal, assemblées parlementaires,
municipalités républicaines,…

Ces institutions sont des organes de
collaboration de classe visant à faire
prévaloir « l’intérêt général » et l’application
de la législation bourgeoise
cadrée par la Constitution. Utiliser ces
institutions, en essayant de leur donner,
a pour conséquence de leur donner
une légitimité. Mais elle amène
aussi les élus à se substituer aux travailleurs
par le simple fait de reproduire
la délégation de pouvoir.

Nous ne partageons pas davantage la vision apocalyptique et religieuse de la Révolution, dominante dans l’extrême gauche.

Pour nous, la Révolution ne se présentera
pas sous la forme d’une insurrection
spontanée du prolétariat, en encore
moins sous la forme de l’action
d’un clergé militant et élitiste.

Nous ne
fantasmons donc ni sur les assemblées
générales, ni sur les coordinations
et autres comités. Ce type d’organisation
offre un cadre instable
mais surtout localiste et corporatiste.

Dans ces structures, la réflexion et
l’action s’enferme dans des démarches
isolées, le plus souvent justifiées
par des discours philosophiques abstraits.
De tels schémas sont voués à
l’échec, ce qui a été constamment
démontré par les expériences
passées.

FORGER SES OUTILS AVANT LA REVOLUTION

La Révolution c’est la prise du pouvoir
par les organisations de classe, leurs
organisations de masse et de classe,
c’est à dire les syndicats confédérés.
Ce qui veut donc dire que la prise du
pouvoir ne peut intervenir que lorsque
ces organisations sont suffisamment
structurées, expérimentées, numériquement
puissantes et composées de
nombreux militants formés.

Ce n’est que par l’action quotidienne,
dans la période qui précède la révolution,
que l’organisation syndicale doit
se renforcer. ll n’y a donc pas de
contradiction entre les luttes permanentes
actuelle et la perspective révolutionnaire.
En agissant au quotidien,
en renforçant leur formation et le
contrôle ouvrier, les travailleurs se
préparent à la prise du pouvoir et
donc à la gestion socialiste.

Nous reprenons la vision révolutionnaire
de la Charte d’Amiens,
c’est à dire l’action confédérale.

La
lutte sociale doit être structurée dans
un cadre confédéral, associant les
Fédérations d’industrie et les structures
interprofessionnelles (UL et UD),
c‘est à dire en marchant sur deux
jambes.

Le Socialisme se construira sur cette
dynamique, sous la forme d’une
confédéralisation de la gestion des
industries et des services.

Appeler cette organisation socialiste
« Etat » n’amène aucune avancée ou
recul politique. Disserter sur des mois
c’est s’éloigner de la démarche matérialiste.

Le véritable enjeu est de savoir
qui gère la société et donc à travers
quels outils.

Pour qu’ils soient efficaces, ces
outils doivent être forgés avant
la prise du pouvoir par le prolétariat.
Sans ces outils, cette prise du pouvoir
sera accidentelle comme en Russie
en 1917 ou en Catalogne en 1936. Le
prolétariat sera ensuite dépossédé de
son pouvoir qui basculera vers des
formes de gestion minoritaires et donc
néo-capitalistes. Cette dépossession
se fera volontairement par reproduction
des schémas de domination
culturelle ou/et par la répression.

UNE SEULE CONFÉDÉRATION

La Confédération doit être organisée
de façon la plus cohérente possible.
Si l’existence de plusieurs confédérations
est un frein à la lutte sociale
dans la durée, en période pré-révolutionnaire
cela devient un obstacle
fondamental. Car, pendant cette
phase d’accélération des luttes, l’organisation
syndicale renforce sa nature
de contre pouvoir et se transforme
en organe de gestion dans bien des
domaines (de production, de répartition,
de sécurité, …). Cette gestion est
déterminante pour faire avancer la
Révolution mais aussi pour construire
l’embryon de Socialisme et lui donner
une légitimité.

Si cette gestion repose sur plusieurs
confédérations, cela va fragiliser le
processus révolutionnaire.
Après la prise du pouvoir le maintien
de plusieurs confédérations devient
insurmontable et va produire une désorganisation
du Socialisme et provoquer
de graves dysfonctionnements.
Ainsi, comment gérer l’industrie alimentaire
avec plusieurs Fédérations
syndicales gestionnaires dans cette
industrie ?

La lutte révolutionnaire doit donc passer
par la disparition des confédérations
de collaboration de classe et la
fusion des confédérations de classe.
Plus vite cette fusion interviendra et
plus la dynamique révolutionnaire
sera forte.
La mobilisation permanente doit aussi
être l’occasion d’engager la syndicalisation
générale des travailleurs afin
que chacun d’entre eux participe à la
gestion de la lutte et des activités de
production.

STRUCTURER LA CONFÉDÉRATION POUR AIGUISER NOS OUTILS

Cette confédération doit être structurée
au plus tôt pour répondre à cette
perspective socialiste :
Elle est structurées efficacement au
niveau professionnel (Fédérations
nationales) et interprofessionnelles
(UL et Confédération) afin de ne laisser
aucun secteur d’activité isolé.

SYNDICATS D’INDUSTRIE
(fiche n°2)

1) L’action professionnelle doit passer
par la création de Syndicats d’industrie,
organisant localement tous
les travailleurs d’une même branche
dans un même Syndicat. C’est la
seule façon de sortir de la logique
du Capitalisme d’entreprise capitaliste
pour passer à celle du Socialisme
d’industrie.

STRUCTURES INTERPRO
(fiche n°1)

2) L’action des organisations interprofessionnelles
a pour vocation
de planifier localement et nationalement
la définition des besoins et
leur répartition. La réalisation et la
production de ces besoins étant
transmises aux structures professionnelles
(Syndicats et Fédérations d’industrie).
Les organisations interpro sont également
là pour empêcher toute dérive
corporatiste dans les « industries » et
forger une culture et un pouvoir de
classe.

TENDANCE RÉVOLUTIONNAIRE
(fiche n°8)

Un tel niveau d’organisation ne peut
être obtenu uniquement par l’action
spontanée des travailleurs organisés
dans leur Syndicat. L’assemblée générale
des syndiqués n’est pas le lieu
où peuvent être élaborés des schémas
stratégiques complexes. Pour
atteindre ce niveau de confédéralisation
il est indispensable d’entreprendre
un travail d’éducation et d’élaboration
stratégique. Cette tâche ne
peut être menée que par une structure
minoritaire, ne regroupant que les
militants qui partagent déjà cette
conception cohérente de l’action révolutionnaire.
Cette organisation militante doit donc
apparaître sous la forme de Tendance,
comme structure de réflexion collective
 : le courant syndical.

Une Tendance n’est pas une fraction,
et ce pour plusieurs raisons :

- Elle ne se construit pas de l’extérieur
du prolétariat et du mouvement
syndical. Au contraire elle ne regroupe
que des militants syndicalistes.
Elle intervient et se constitue directement
dans son milieu naturel, le mouvement
syndical.

- C’est une organisation publique. A
ce titre son objectif n’est pas d’intervenir
discrètement pour faire élire ses
membres à des fonctions de responsabilité
dans les syndicats. Elle produit
des analyses, les rend publiques
et les propose aux votes des syndicats.
Mais ce sont les AG de syndicats
qui demeurent souverains pour
définir leur orientation et leurs actions.

La Tendance révolutionnaire est un
outil indispensable pour compléter
l’action de la Confédération. En période
révolutionnaire, la tendance
connaîtra un processus de dissolution.
Plus la Confédération se renforcera
politiquement d’un point de vue
révolutionnaire et moins la Tendance
sera utile. Mais elle conservera provisoirement
sa fonction de défense et
d’élaboration révolutionnaire afin de
contrer les réflexes réformistes et
contre-révolutionnaires issus de l’ancienne
société capitaliste.

Car l’histoire
a démontré que même sous le Socialisme,
le processus révolutionnaire
peut entrer en crise ou reculer en raison
d’erreurs stratégiques, de reproduction
des réflexes bourgeois.

Mais l’action de la tendance révolutionnaire
est encore plus fondamentale
en période capitaliste. Sans une
intervention collective, les militants se
revendiquant de la Révolution subissent
facilement l’influence du milieu
militant ambiant et de la culture bourgeoise
qui imprègne le prolétariat. Le
militant révolutionnaire doit assurer
un rôle de formation et d’éducation.
Mais pour cela il a besoin d’un outil.
Cet outil ne peut être efficace que s’il
est collectif. Car comment proposer
un projet de société collectif en agissant
seul ? Cela n’a aucun sens, sauf
à se prendre pour le Messie ou Saint
Che Guevara.

C’est pourquoi un syndicaliste qui
veut développer une activité révolutionnaire
doit nécessairement agir à
travers une Tendance révolutionnaire.

C’est la fonction que ce sont donnés
les CSR en 1920. C’est la fonction
que nous leur redonnons aujourd’hui
en tirant un bilan des échecs révolutionnaires

passés.


Documents joints

Fiche de formation n°9 Les outils révolutionnaires
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