Combattre le FN avec les outils du syndicalisme de classe

mardi 22 mars 2011
par  James Connolly

Les résultats électoraux du FN après ces élections cantonales laissent présager une possible présence du FN au second tour des présidentielles de 2012. De nouveau, on nous appellera au « sursaut républicain », à « l’Union sacrée pour défendre la démocratie ». De nouveau, les syndicalistes sont désemparés : comment est-ce possible ? Que doit-on faire ?

De nouveau, il faut rappeler les évidences : la montée du vote FN parmi les classes populaires résulte de la situation sociale, conséquence des politiques de tous les gouvernements qui, depuis 30 ans, ont appliqué des mesures faites pour faciliter l’exploitation maximale des travailleurs par les classes bourgeoises.

Nouvelle stratégie syndicale du FN : l’entrisme ?

Ces élections ont aussi été l’occasion pour le FN de mettre en avant sa nouvelle stratégie syndicale. Après les échecs de création dans les années 90 de syndicats estampillés « FN », après l’échec de candidatures FN aux élections prud’homales de 2008, ce parti a décidé de mettre en avant des militants ayant des responsabilités syndicales.

C’est un choix délibéré, en sachant parfaitement les réactions que cela allait provoquer : des exclusions. Le but est double : mettre au devant de la scène médiatique le FN et sa présidente avant les élections ; faire apparaître le FN comme un parti proche des travailleurs, doté d’un programme social.

Les réactions dans le syndicalisme

Les exclusions des syndicats de militants du FN se dévoilant publiquement, voire des syndicats qui les cautionnent sont salutaires. Elles montrent au FN qu’il aura des difficultés pour construire une tendance « frontiste » dans le mouvement syndical actuel. Son association : le Cercle National de Défense des Travailleurs Salariés ne réussira pas à peser sur le salariat, et ne pourra se transformer en syndicat. Toutefois le syndicalisme de classe se doit d’être intransigeant face à l’utilisation de ce cercle comme embryon d’une tendance intersyndicale.

Notre première réaction doit donc être dirigée contre les militants FN et autres groupes d’extrême droite tentant de faire de l’entrisme. La seconde réaction doit être de sensibiliser les syndiqués qui, de plus en plus nombreux, partagent la thèse centrale du FN, celle de la préférence nationale. Elle consiste à « former les adhérents », « leur expliquer que le FN est l’ennemi des travailleurs »,… Cela dit, l’état des forces du syndicalisme actuellement rend impossible la formation de masse de ses adhérents, sans parler des millions de salariés non syndiqués. Cette orientation, certes nécessaire, risque d’être inefficace car elle ne s’attaque pas au fond de la question.

Redonner une perspective politique anticapitaliste au syndicalisme

C’est fondamentalement la désespérance et l’absence de perspective politique qui expliquent cette montée et un possible enracinement du FN parmi les travailleurs. C’est l’échec de la politique électoraliste des organisations politiques anticapitalistes qui ont eu une base de masse dans le prolétariat, comme le PCF, ou une présence bien moindre pour d’autres (l’extrême gauche : LO, NPA, POI,…). Et c’est au final l’échec du syndicalisme de classe qui a sous-traité depuis 90 ans aux partis politiques, censés représenter les travailleurs, son projet politique d’origine inscrit dans la Charte d’Amiens de la CGT en 1906 : le syndicalisme comme outil, non seulement de lutte quotidienne pour améliorer le sort des prolétaires, mais aussi d’émancipation pour construire une société socialiste à l’échelle mondiale.

OUI, le syndicalisme de classe est légitime pour défendre une véritable perspective politique, strictement à l’opposé de la cuisine électorale. Cela veut dire qu’il est légitime pour poser la question centrale de toute société : quelle est la classe sociale qui doit diriger ? Celle qui crée les richesses et qui représente l’immense majorité de la population ou celle minoritaire qui l’exploite (les capitalistes et les élites sociales bourgeoises) ?

OUI, le syndicalisme de classe est légitime pour affirmer qu’il dispose, étant la seule organisation naturelle des travailleurs, des outils nécessaires pour construire cette société socialiste et anticapitaliste, pour détruire l’exploitation, la domination, les guerres, pour empêcher la destruction de l’environnement,…

Ces outils, il les a construits depuis plus d’un siècle :

- ses bourses du travail que sont aujourd’hui les unions locales et départementales. Elles représentent la solidarité interprofessionnelle des créateurs de richesses. Elles sont les outils pour gérer localement la répartition des richesses, les services publics et décider du développement d’activités utiles au plus grand nombre (coopératives, activités de sociabilités autonomes à la société de consommation,...).

- ses syndicats locaux de branche : solidarité des travailleurs de la même branche mais d’entreprises différentes, afin d’en finir avec le "patriotisme d’entreprise". Unis dans leurs fédérations nationales de branche, leur but final est de gérer les entreprises et les services publics en tenant compte des intérêts de l’immense majorité. En coopérant avec les fédérations de branche d’autres pays, ils pourront décider de la répartition de la production des richesses au niveau mondial. Ils pourront ainsi garantir la solidarité internationale de tous les travailleurs, quelque soit le pays dont ils viennent, et quelque soit le pays où ils travaillent, garantissant les bases de l’égalité.

- recréer et renforcer des organisations qui s’occupent de la vie des travailleurs en dehors du travail : la santé, le logement, la culture, le sport, la consommation, l’entraide,… Ces organisations permanentes (mutuelles, associations de consommateurs et de locataires, clubs populaires sportifs, coopératives, sécurité sociale…) doivent permettre de combattre les effets du capitalisme dans tous ces domaines, de construire une contre-culture et un autre type de vie que le "tout consommation". C’est possible si elles sont en relation permanente avec les unions locales, les syndicats et les fédérations de branche. Elles permettront alors de créer des liens sociaux anticapitalistes, redonnant de l’espoir par la solidarité quotidienne.

- une confédération syndicale de classe coordonnant le tout pour planifier la production et la répartition des richesses. Il reviendra alors aux travailleurs, avec ces outils, de décider : que produire ? comment le produire ? avec quoi le produire ? où le produire ?

Sur ces bases, qu’il n’aurait jamais dû quitter, le syndicalisme de classe sera alors capable d’assurer l’unité des travailleurs. En effet, conscients que l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, nous devons construire nos propres outils pour qu’enfin le socialisme ne soit pas un vain mot exploité et dévoyé par des groupements politiques, philosophiques et religieux.

La bataille pour l’unification du syndicalisme de classe est bien une priorité pour redonner une perspective anti-capitaliste.
Ainsi, le désespoir et l’absence de perspective d’une vie meilleure seront alors combattus avec autre chose que des mots ronflants et des déclarations de larmoyantes. Cette orientation, l’auto-organisation pour notre projet politique, le Socialisme, nous donnera les outils pour mener la véritable bataille contre l’extrême droite. Les partis qui portent le slogan de la préférence nationale, arme de guerre contre tous les travailleurs, trouveront un ennemi de taille capable de les abattre car menant l’affrontement sur son propre terrain et ayant sa propre stratégie.

Tous ces outils d’émancipation, le syndicalisme de classe les possède déjà, même s’ils sont en plus ou moins bon état. C’est au renforcement et à l’amélioration de ces outils, dans une seule confédération de classe, que nous devons nous atteler sans tarder.