Nous avons subi un échec. Mais la lutte des classes continue, il faut donc nous réorganiser

vendredi 5 novembre 2010
par  James Connolly

Malgré le reflux de la mobilisation, il serait suicidaire de se démobiliser ou de se démotiver. Car l’adversaire ne va pas arrêter du jour au lendemain son offensive contre les acquis sociaux. Mais pour remporter les prochaines batailles, il faut sortir de la position défensive que nous occupons depuis maintenant plus de 30 ans. Car jamais une victoire n’a été remportée sur la base d’une stratégie défensive.

L’heure n’est donc plus à la « Résistance » mais à la contre-offensive. Et pour cela il faut analyser nos faiblesses, nous réorganiser et nous doter d’une stratégie efficace.

Les éléments positifs de cette expérience

Les 5 mois de lutte que nous venons de vivre nous auront permis de reconstruire du lien social à plusieurs niveaux.

Dans beaucoup d’entreprises, les tournées syndicales, les AG, mais aussi la participation aux manifs ont été l’occasion de débattre, de nous informer et de reprendre goût à l’action collective.

De nombreuses équipes syndicales se sont remobilisées et des milliers de travailleurs ont fait le pas de se syndiquer et même de construire une section syndicale.

De nombreux syndicats et sections se sont réinvestis dans la vie collective de leur confédération, dans leur Union Locale et Départementale et même dans leur Fédération. Ils sont sortis de la vision réductrice de l’entreprise pour voir plus loin que leurs intérêts immédiats. Ils ont renoué avec le syndicalisme de classe et rompu avec le syndicalisme institutionnel d’entreprise.

Ces acquis doivent être consolidés. Il faut désormais lancer une vaste campagne de syndicalisation pour construire un puissant contre-pouvoir. Mais il faut aussi réinvestir nos outils syndicaux (UL, UD et Fédé), les rénover et les consolider en faisant émerger de solides syndicats de branche professionnelle (pour organiser les travailleurs des petites et moyennes entreprises). Beaucoup de ses travailleurs ont fait grève ou ont manifesté. Il faut désormais leur offrir des lieux d’accueil pour lutter, c’est à dire des syndicats d’industrie (de branche) selon le modèle historique de la CGT.

Réunification Syndicale et Contre-pouvoir syndical

Cette mobilisation a aussi été l’occasion de renforcer l’unité syndicale, sur des bases de lutte. Sur le terrain, les équipes de la CGT ont pu tisser des liens fraternels avec d’autres équipes, issues de SUD, de la FSU, de FO,… Cela a permis de démontrer que la division syndicale était le plus souvent un fait injustifiable. Si nous étions dans les même luttes avec les mêmes revendications, pourquoi ne serions nous pas dans la même confédération ?

Des millions de travailleurs ont pris conscience qu’ils ne vivaient pas dans une démocratie. Cette « République » bourgeoise et ses institutions « représentatives » ont démontré qu’elles étaient au service de la classe dirigeante. La démocratie des travailleurs ne peut donc s’exprimer que là où fonctionne le fédéralisme, c’est à dire dans le mouvement syndical, quand les adhérents font vivre cette démocratie.
Et c’est seulement pas la grève que l’on construit un rapport de force. Le vote pour de supposés « représentants du peuple » a démontré toutes ses limites. Cette délégation de pouvoir n’a pas contribué à transformer la société et a même entretenu son fonctionnement élitiste. Si les manifestations ont permis de mobiliser des millions de travailleurs, à un certain moment elles se sont substituées à la grève et n’ont donc pas permis, en elles-mêmes, de s’attaquer aux véritables dirigeants de la société : les capitalistes.

Mais la puissance de la mobilisation, sa radicalité et le soutien qu’elle a reçu soulèvent des questionnements quand on fait le lien avec notre échec. Nos faiblesses étaient en effet de taille.

Citoyen-consommateur ou Syndicaliste-producteur ?

Depuis des décennies, les travailleurs et leurs outils syndicaux subissent la culture sociale-démocrate. A sa naissance, la CGT avait pour principe que « l’émancipation des travailleurs serait l’œuvre des travailleurs eux mêmes ». Et puis, au fil du temps, on nous a fait croire que des spécialistes pourraient régler à notre place la domination de classe que nous subissions. La culture ouvrière a donc cédé la place à une culture d’assisté, de consommateur. Le mythe de la démocratie s’est donc forgé avec le modèle du « citoyen », cet individu isolé qui va voter une fois de temps en temps, pour ensuite rester passif et dominé. D’où maintenant l’illusion que des manifs de masse feraient basculer la situation et obligeraient la classe dirigeante à appliquer la démocratie dans un système anti-démocratique !.

Et c’est certainement la cause principale de notre défaite. La grande masse des travailleurs venaient aux manifestations… puis rentraient bien gentiment chez eux pour attendre les consignes syndicales. Cela a été aussi l’attitude de la majorité des équipes syndicales qui rentraient dans leur entreprise alors qu’il était évident que la bataille se menait à une échelle nationale et interprofessionnelle. Les Assemblées générales n’ont rassemblé qu’une faible minorité de grévistes, les réunions syndicales qu’une faible minorité d’adhérents.

Et puis la tentation a été de déléguer la lutte à des professions, comme celles des cheminots et des industries pétrolières, et même aux lycéens !
La délégation de pouvoir a donc atteint son point le plus ultime : la grève par procuration. Peu d’entre nous ont donc construit leur lutte. Et pourtant c’était une des rares occasions, dans cette société capitaliste, de participer à des prises de décisions, à l’élaboration d’un projet de société. A devenir des femmes et des hommes enfin libérés de la domination capitaliste.

Ce manque de créativité a été aussi visible au niveau de l’information. Nous sommes restés tributaires des médias gérés par les capitalistes et de leur désinformation. A de rares occasions nous avons envisagé de produire notre propre information, chose pourtant facile en utilisant nos outils de communication de masse (sites syndicaux, caméras numériques, publications par internet,…).

Les 3 heures passées chaque jour devant le petit écran se sont donc transformées en véritables instruments d’aliénation.

Un contre-pouvoir anti-capitaliste et socialiste : le syndicat confédéré

Il faut donc rompre avec cette culture de la délégation de pouvoir. Nous devons tous participer à la vie de nos syndicats, en y reconstruisant des lieux de fraternité, de réflexion et d’action collective. Mais cela n’est possible que par l’investissement du plus grand nombre.

Si nous avions réfléchi collectivement, nous aurions préparé sérieusement la mobilisation. Nous aurions gagné du temps et ainsi pu débattre des modalités d’action.

On aurait aussi pu élaborer des revendications intelligentes comme le faisaient nos aînés. Des individus supposés très compétents nous ont expliqué que l’enjeu des retraites était de taxer les profits par l’impôt. Mais comment taxer les profits quand l’Etat capitaliste gère le prélèvement des impôts, créant au passage de nombreuses niches fiscales destinées aux capitalistes qui contrôlent l’Etat ?

Non, la revendication historique des travailleurs c’est l’augmentation des cotisations patronales, sous contrôle des organisations syndicales. Mais pas simplement pour des raisons de principes et pour rappeler que les richesses sont le produit du travail.

Revendiquer l’augmentation des salaires et des cotisations (le salaire socialisé) c’est la stratégie qui permet de mener la bataille non pas au parlement mais dans les entreprises, c’est à dire en développant la perspective de la grève. C’est la stratégie qui permet aussi de créer une solidarité d’intérêt et d’action entre tous les travailleurs. Car les cotisations on en profite tous, contrairement à l’impôt qui est avant tout destiné à défendre les intérêts des capitalistes (exonérations patronales et fiscales, politique militaire et impérialiste, financement d’une technocratie parasitaire, mobilisation des services publics au profit du patronat,…), sans aucun contrôle démocratique.

Ces revendications de classe auraient pu servir d’axe pour ancrer la grève dans les entreprises. C’est à quoi nous devons aujourd’hui nous préparer pour les prochaines échéances.

Nous sommes forts par notre nombre, mais mal organisés.

Alors restructurons nous dans nos syndicats de branche et nos UL pour organiser sur le terrain les prochaines batailles.