Editorial n°38

samedi 11 septembre 2010
par  CSR

La lutte pour la défense de la retraite qui est aussi celle du salaire socialisé, s’est engagée dans un contexte préoccupant. Depuis juin le réveil militant s’est opéré mais dans une certaine confusion et absence de perspectives claires.

En début d’année beaucoup d’énergie a été dépensée pour faire élire des notables sociaux-démocrates dans les conseils régionaux. Pendant deux mois des millions de tracts ont été diffusés, des affiches ont été collées en masse. Tout cela au nom des besoins de "débouchés politiques".

Et puis ensuite plus rien. Une campagne sur les salaires, collectifs et socialisés, largement invisible. Les équipes militantes apparaissent comme totalement épuisées. Peut être épuisées par la campagne électorale précédente. Mais en tout cas pas épuisées par la réflexion politique !

Car le véritable débouché politique, c’est aujourd’hui qu’il faut le construire ! En défendant le salaire socialisé. C’est à dire un salaire qui unifie la classe à travers son financement, un salaire qui libère beaucoup d’entre nous de l’exploitation capitaliste.

Oui, le vrai débouché politique ce n’est pas de se choisir des notables qui vont gérer les institutions capitalistes. Le vrai débouché politique c’est bâtir des expériences collectives débarrassées de la domination bourgeoise. La Sécurité sociale, et sa branche vieillesse, était un embryon de Socialisme mais dans la confusion politique ambiante peu de militants ont pourtant compris cette évidence.

La vénération de l’Etat, le mythe républicain du "citoyen électeur", la culture de consommateur et d’administré, empêchent de comprendre l’enjeu de cette victoire pourtant historique du prolétariat, gagnée en 1945 grâce à l’investissement de la CGT dans la Résistance. Beaucoup se contenteraient aujourd’hui d’un revenu versé par l’Etat, à l’image des aumônes du catholicisme social, de l’assistanat humanitaire ou du clientélisme social démocrate.

L’imprégnation de l’idéologie bourgeoise est telle que le responsable "retraites" de la CGT, JC. Le Duigou, déclare tranquillement dans l’Humanité Dimanche que les activités d’un retraité ne constituent pas du "travail". En résumé le travail c’est quand on subit l’exploitation capitaliste ! Un retraité qui garde ses petits enfants, c’est pas du travail, mais si c’est une salariée d’une crèche, cela devient du travail. Un retraité qui produit dans un jardin ouvrier, un salarié qui retape sa maison, un salarié qui milite dans son syndicat ou son association d’entraide, c’est pareil. C’est un loisir ! Mais par contre si demain le patronat imposait une prolongation de l’âge légal d’activité contrainte et que ces mêmes activités étaient réalisées sous domination patronale, cela deviendrait du travail par la sainte action du CAC 40. On se demande même comment l’humanité, dans l’Antiquité, vivait lorsque les êtres humains n’avaient pas encore eu l’intelligence de déclarer une entreprise à la Chambre du Commerce.

On est donc bien loin du matérialisme et de la stratégie historique de la CGT. Les dirigeants syndicaux d’aujourd’hui avouent ainsi ne plus croire au dépassement du capitalisme. Il est alors normal de demander la taxation des revenus financiers. C’est en effet ce à quoi on est contraint de se raccrocher quand on a abandonné la défense du travail et encore plus du travail libéré de la domination capitaliste. Mais que pouvons-nous exiger quand les revenus financiers baissent, réellement ou artificiellement ? La rigueur aux travailleurs ?

Et pour justifier ce revirement, un discours très offensif sur la taxation des revenus financiers est de mise. Et puis boum ! Le gouvernement propose cette même taxation et là les travailleurs ne comprennent plus rien à ce qui différencie les syndicats de classe et le gouvernement. En effet, il n’y a plus beaucoup de différences car c’est bel et bien le patronat et l’Etat capitaliste qui depuis 1945 veulent détruire le salaire socialisé pour le remplacer par un financement fiscal de la "solidarité nationale".

En marginalisant ou en abandonnant les revendications centrales de la CGT : augmentation des salaires et plus particulièrement des cotisations patronales, on brise net l’unité de classe que constituaient ces mêmes cotisations sociales. Car la socialisation du financement et du versement des allocations Sécu, c’est aussi l’outil d’unification politique des travailleurs sur des bases anti-capitalistes.

La majorité des équipes militantes participent ainsi de cette casse du salaire socialisé. Elles le font à travers des revendications dangereuses mais aussi à travers des modalités d’actions inquiétantes. Ainsi on voit refleurir des collectifs de défense des retraites, confus dans leurs revendications, et délirantes dans leur nature même. Car la défense du salaire socialisé c’est l’axe central du combat syndical depuis le XIXème siècle. Il est bon de rappeler que le syndicalisme de classe est issu des sociétés de secours mutuel puis des Bourses du travail. Mais aujourd’hui pour "politiser" cette lutte, ou du moins l’étatiser, on constitue des collectifs de "citoyens", on délaisse l’outil syndical au lieu de mener la réflexion et l’action dans un cadre confédéré et donc de classe.

Si on voulait remplacer le salaire socialisé par le revenu garanti humanitaire, si on voulait faire disparaître toute perspective anti-capitaliste, on ne s’y prendrait pas autrement.

Il est donc urgent de relancer le débat, mais surtout de se former politiquement car la situation dans ce domaine est catastrophique. Nous appelons donc tous les militants syndicalistes qui veulent sortir de cet engrenage de la défaite et de la confusion politique à se cordonner autour et dans les Comités Syndicalistes Révolutionnaires. La Sécurité sociale n’est pas tombée du ciel en 1945. Ses fondateurs, et en premier lieu Ambroise Croizat, étaient issus de l’action et de la réflexion des premiers CSR de 1920. Aujourd’hui pour refonder nos repères collectifs il faut des outils. Alors participez à leur construction ! Ne déléguez pas à d’autres ce qui relève de la responsabilité de chacun.

Pas d’action révolutionnaire sans outil révolutionnaire !