"Il n’y aura pas de grève générale. Le grand soir, c’est dans les livres."

lundi 3 août 2009
par  James Connolly

Dans l’édition du Canard du 29 juillet, un journaliste rapportait sous le titre : "La CGT enterre la révolution" les propos de Maurad Rabhi, recueillis par Catherine Gasté-Peclers du Parisien :
"Il n’y aura pas de grève générale. Le grand soir, c’est dans les livres."

Nous avons fait le choix de publier l’article dans son intégralité, nous vous laissons juges ...Quant aux obsèques de la lutte des classes, rassurons les lecteurs du Canard, elles ne sont pas pour demain...

GREVES « Les délégués ont peur des débordements »

Maurad Rabhi, secrétaire confédéral de la CGT et bras droit de Bernard Thibault, explique que, sans cautionner la radicalisation de certains salariés, les syndicats les soutiennent.

Depuis les premières menaces de salariés de faire exploser leur usine, Bernard Thibault, comme les principaux leaders syndicaux, n’a fait aucune déclaration, ni de soutien ni pour condamner. Pourquoi ce silence ?

Maurad Rabhi. Les directions des confédérations n’ont pas à intervenir en première ligne dans des conflits locaux.
C’est aux responsables des fédérations, professionnels ou d’unions départementales, de le faire. La CGT, la CFDT et FO ont plus ou moins la même approche. Dans l’entreprise, c’est le rôle des délégués de défendre les salariés. Mais aucun leader ne peut dire : voilà une forme d’action qu’il faut généraliser. Ce serait de l’irresponsabilité. Même si on ne cautionne pas la démarche, on soutient ces salariés. La brutalité des entreprises qui virent du jour au lendemain les gens sans aucune mesure sur l’emploi ou de reconversion pousse parfois au pire. La seule voix qui leur est offerte est celle de la révolte. Mais il s’agit d’une échappatoire pour tenter de remettre tout le monde autour de la table.


Et le respect de la légalité ?

Est-ce qu’une entreprise est dans la légalité quand, à l’autre bout de la planète, elle décide de fermer une usine et de mettre des familles entières à la rue pour faire remonter le cours de la Bourse ? Il y a une responsabilité des deux côtés. Les organisations syndicales n’ont pas poussé à la violence. Ce sont des réactions de désespoir. Les salariés se défendent comme ils peuvent. Que les pouvoirs publics assument leur responsabilité.


En 2000, les 153 salariés de Cellatex ont déversé des produits chimiques dans la Meuse et menacé de faire sauter l’usine. Vous étiez le délégué syndical CGT. Comment en arrive-t-on à de tels extrêmes ?

A l’annonce d’un plan social, les représentants syndicaux font très rapidement le tour de tous les acteurs, la direction, les pouvoirs publics, les politiques. A Cellatex, on s’est retrouvés face à une impuissance collective, il n’y avait pas de dialogue possible. Les salariés se sentaient spoliés, méprisés par tout le monde. Mais le danger de ce type d’action, c’est qu’on n’est jamais à l’abri de dérapages. A plusieurs reprises des salariés ont commencé à mettre le feu à l’entreprise, d’autres cherchaient des détonateurs pour faire sauter les cuves d’acide. D’où l’importance que les pouvoirs publics, comme les entreprises, comprennent l’enjeu et la détresse des salariés et de leurs représentants. Il ne faut pas chercher à gagner du temps comme le fait le ministre de l’Industrie sur le dossier des New Fabris. C’est l’absence de dialogue social et de perspectives sur l’emploi qui fait que les salariés en arrivent là.


De telles actions vont-elles se multiplier ?

Il n’y aura pas une grève générale. Le grand soir, c’est dans les livres. Mais si l’on n’apporte pas des réponses efficaces sur l’emploi et comprises par la base, les conflits risquent de se radicaliser ici et là. Il ne peut y avoir deux poids deux mesures, des milliards pour les banques et les entreprises et quelques millions d’euros pour les salariés victimes de la crise.

Les syndicats risquent-ils d’être débordés ?
Pour l’instant, il n’y a eu aucun dérapage grave. Les situations sont malgré tout maîtrisées par les représentants des salariés. Dans un conflit dur, tout responsable syndical qui a la tête sur les épaules craint d’être à tout moment débordé, surtout lorsque l’on se trouve dans une situation de pourrissement. Oui, certains délégués ont peur. D’autant que certains activistes, notamment d’extrême gauche, n’hésitent pas à venir pour tenter d’instrumentaliser les gens.


MAURAD RABHI, secrétaire confédéral de la CGT et ancien de Cellatex
Propos recueillis par Catherine Gasté-Peclers | 25.07.2009, 07h00


Navigation

Articles de la rubrique