La Confédération des Syndicats Libres :

samedi 24 mai 2008
par  James Connolly

Le nom "CSL" est choisi avant tout pour se démarquer des liens trop étroits et longtemps entretenus avec la formation gaulliste. La démarcation est d’autant plus motivée que le nouveau parti de Jacques Chirac, le RPR, vient de créer son Action Ouvrière Professionnelle (AOP) chargée d’intervenir au sein des entreprises.

La CSL apprécie guère ce qui peut apparaître comme un rival. Dès cette époque, les gaullistes vont avoir tendance à s’investir davantage dans FO, la CFTC et la CGC. Ceci est encore plus clair en novembre 82 où le Comité central du RPR appelle ses militants à rejoindre FO.

La CSL conserve ses références idéologiques mais ses méthodes s’adoucissent.

On ne peut pas passer sous silence les grèves de l’automobile de 1982-84. Voulant profiter du soutien d’un gouvernement perçu comme un allié, la CGT entend conquérir le bastion historique du syndicalisme indépendant : Citroën et Talbot. Plusieurs grèves éclatent qui vont connaître des affrontements physiques très violents entre CSL et CGT-CFDT. Les militants de la CSL ont donc gardé, malgré leur nouveau discours, la matraque à portée de la main. Mais cette tension semble davantage s’expliquer par des intérêts d’appareil que comme une violence contre-révolutionnaire.

Dans les années 80, la CSL connaît donc un recul numérique, assumé publiquement par la confédération. Elle revendique 275 000 adhérents en 1980 et 200 000 en 1987. Cette crise est d’autant plus marqué que ses bastions sont marqués par une succession de plans sociaux contre lesquels la confédération ne mobilise pas.

Mais l’érosion est stoppée dans les années 90, la CSL se lançant dans un syndicalisme de service en avance sur celui de la CFDT. Elle conserve son influence sur certains réseaux de l’immigration à travers des amicales spécialisées. "Chômeurs en action" aide au reclassement des sans-emplois. Une structure de consommateurs est également active. Mais la principale originalité est la mise en place de la "carte or". Un partenariat avec les Mutuelles du Mans Assurances lui permet d’offrir à ses adhérents un vaste choix d’assurances et d’assistances. Et dès la fin des années 80, elle multiplie les implantations dans les entreprises de service et grands magasins. Mais c’est surtout la campagne des élections prud’homales de 1992 qui va relancer la CSL. Elle obtient 4,41% (238 000 voix), soit un doublement par rapport aux précédentes élections.

Mais une nouvelle crise semble se dessiner. Les élections de 1997 marque un tassement des résultats.

Il n’est pas rare d’assister à des conflits où la CSL participe à la grève. Il en est ainsi de la grève de 1997 dans la Régie des transports marseillais, les transports urbains de Strasbourg en décembre 1994 ou lors de l’occupation de l’usine Triaxes Industries en 1996 à La Rochelle.

En 1995, une grève dure à la COMATEC voit même un piquet de grève opposer les agents de la direction aux militants et ouvriers des CNT et CSL. Il faut se rappeler que le syndicalisme indépendant est axé sur l’entreprise. Par contre, la CSL se sent beaucoup moins à l’aise, et est souvent opposée aux conflits nationaux ou interprofessionnels.

La CSL peut donc bénéficier de son expérience dans une stratégie adaptée à la nouvelle orientation patronale : la négociation d’entreprise qui remet régulièrement en cause les accords de branche et interprofessionnel. La CSL a toujours favorisé la négociation locale et dispose d’une grand expérience dans le syndicalisme de proximité. Alors comment expliquer qu’au moment où cette stratégie peut devenir payante pour elle, la CSL rencontre une certaine crise ? Car si au début des années 90, la CSL peut encore se vanter de voire venir à elle des militants ou des sections issues d’autres centrales, depuis quelques années, la tendance semble aller dans le sens inverse. La puissante section de Citröen Poissy est passé à FO et le secteur du nettoyage rejoint l’UNSA.

Cette crise ne serait elle pas due à l’évolution du syndicalisme français ? La dérive de l’ensemble des centrales vers la cogestion n’a te elle pas pour conséquence de limiter l’espace politique occupé par le syndicalisme indépendant depuis des décennies ?