Editorial 35

Février 2009
dimanche 1er mars 2009
par  CSR

Le mouvement ouvrier n’arrive décidemment pas à sortir de sa décomposition. Alors que le système capitaliste traverse une de ses crises de légitimité les plus accentuées, nos organisations de classe semblent incapables de proposer la moindre alternative stratégique nous permettant de passer à l’attaque. Les réflexes de repli se confirment. La culture de la défaite gangrène de l’intérieur les organisations syndicales et bloque toute dynamique de rénovation. La classe ouvrière n’a jamais connu en France une phase aussi longue de défaites. Décembre 1995 n’a été qu’une pause de courte durée. Nous savions que l’émergence de SUD, de la CNT et du Mouvement Social seraient, certes, des phénomènes confus. Mais nous les imaginions comme une contribution à une clarification politique progressive. Au final, les organisations nées de décembre 1995 n’ont servi que de lieux de refuge pour des militants souvent fatigués et sans perspectives anti-capitalistes. La CGT n’a pas davantage été en capacité de profiter de sa popularité dans la jeunesse et dans le prolétariat pour se réimplanter durablement.

Et pourtant, on commence à sentir un certain frémissement. Dans cet océan militant en décomposition, la confusion politique atteint un tel niveau qu’elle commence à produire des réactions salutaires. L’appel à la lutte interpro du 29 janvier rassemble toutes les organisations syndicales, même les plus jaunes, sur des mots d’ordre souvent confus mais tellement globaux qu’ils posent des questions de société. Mais la véritable alternative réside dans les équipes militantes locales. De plus en plus de militants cherchent à sortir des schémas traditionnels et inefficaces. Lorsque l’on commence à faire émerger des repères stratégiques un peu cohérents, l’opportunisme est vite mis en difficulté. Les jeunes militants se répartissent en deux composantes. Il y a ceux qui accompagnent la dérive individualiste, chez lesquels le discours contestataire ne sert qu’à justifier la pratique du chacun pour soi. Mais d’autres cherchent une alternative basée sur une démarche collective et réellement anti-capitaliste. C’est à dire une démarche en rupture avec les logiques d’appareil et les institutions. Une démarche qui au quotidien construit véritablement un contre pouvoir de classe, fraternel et unitaire.

La priorité est donc à relancer le débat politique, à faire imploser toutes les notions devenues confuses : « révolution », « réformisme », « syndicalisme de classe »…. Il faut redonner à ces mots leurs sens, leur contenu stratégique pour qu’ensuite cela clarifie une véritable démarche tactique dans les luttes quotidiennes, pour qu’enfin les repères réapparaissent. Il faut redonner vie à la formation syndicale. Oser dire que les militants ne sont actuellement pas formés. Mais aussi prendre le temps de former autour de soi, ce qui n’est possible qu’en se formant soi-même avec d’autres. C’est le rôle d’une organisation révolutionnaire. Se mettre au service des organisations syndicales pour collectiviser les réflexions et l’expérience du mouvement ouvrier. En des temps anciens, le groupe de la Vie Ouvrière se définissait comme un « intellectuel collectif » au service de la CGT. Pour faire vivre cette réflexion collective il faut du temps, c’est un investissement dans la durée. Mais c’est aussi un moyen de combattre les dérives bureaucratiques, souvent involontaires et d’autant plus dangereuses. L’enjeu est aussi d’éviter l’activisme syndical local qui essouffle les militants et les amène dans l’impasse.

La « grève générale » est l’illustration de cette bataille politique. Il serait dangereux de laisser cette notion à ceux qui n’en parlent que pour mieux cacher leur absence de pratique de classe. Parler de grève générale n’a de sens que si l’on se donne les moyens de la rendre possible. C’est donc des outils syndicaux qu’il faut parler. Le 49ème congrès CGT sera centré sur cette question des structures. Les syndicalistes et leur syndicat doivent s’emparer de ce débat car il est directement lié aux perspectives. Mais débattre des structures cela veut aussi dire poser la question de la pertinence de ces structures, de leur existence même.
Ce congrès doit être l’occasion de tendre la main en direction des autres organisations de classe et de leur proposer de dépasser tous les obstacles à l’unification organique et donc politique des travailleurs. C’est sur la jeune génération qu’il faut s’appuyer pour rénover en profondeur le mouvement syndical. Beaucoup trop de militants, issus de la vague de mai 1968, n’ont d’autres perspectives que d’attendre patiemment la retraite dont leurs enfants ne bénéficieront pas. Ces replis égoïstes, ces conservatismes d’appareil, ces logiques de petits chefs sont plus que jamais intolérables. Nous avons tous intérioriser cette culture de la défaite. Mais aujourd’hui nous devons dépasser ces peurs collectives et individuelles. Nous devons avoir le courage de nous remettre en cause car la responsabilité des défaites est portée par tous.

Le discours critique du CSR est souvent mal vécu et dénoncé comme étant trop « donneur de leçon ». Au contraire, nous estimons que c’est la fonction d’une organisation révolutionnaire que de contester, d’impulser des critiques et en premier lieu de se les adresser à elle-même. C’est ce que nous avons fait depuis la reconstruction des CSR en 1997. Notre courant est une des composantes historiques du mouvement ouvrier international. Ce courant a commis des erreurs et nous essayons de les analyser tout en puisant dans les acquis d’autres courants.
Cette démarche c’est celle du Front Unique. Nous invitons donc toutes les organisations qui se revendiquent du mouvement ouvrier à renouer avec cette démarche du Front Unique. Développons les luttes unitaires et renforçant le débat fraternel.

A bas le patriotisme d’appareil ! Vive l’unité de la classe pour la révolution socialiste !