Lettre de SUD-Rails à Monsieur Pépy, président de la SNCF

Le 12 janvier 2009
vendredi 16 janvier 2009
par  CSR

Monsieur le président,
Par ce courrier, nous souhaitons vous interpeller sur plusieurs récentes interventions clairement antisyndicales de la
direction. La fédération des syndicats SUD-Rail est opposée à la stratégie que vous développez et qui organise notamment
l’éclatement de l’entreprise de service public ferroviaire qu’est la SNCF. Nous défendons les cheminot-e-s qui revendiquent
de meilleurs salaires, des conditions de travail moins pénibles. Cela amène parfois à des mouvements de grève.
Pour la fédération des syndicats SUD-Rail et ses militant-e-s, faire grève n’est pas un objectif en soi, mais un des
moyens d’action collective. Il y en a bien d’autres et nous les utilisons aussi, … mais il est vrai que la direction n’alerte pas
les média, lorsque SUD-Rail remet une pétition, lorsque SUD-Rail demande à être reçu pour évoquer une situation
potentiellement conflictuelle et que la direction refuse, lorsque SUD-Rail fait des contre-propositions et qu’elles sont
dédaigneusement écartées…

Si la grève n’est qu’un des moyens d’action syndicale, pour la fédération des syndicats SUD-Rail elle demeure un outil
utile. Tellement utile pour les salarié-e-s, que les réactionnaires n’ont de cesse d’en limiter le droit d’exercice !

Le choix de plusieurs directeurs d’établissement, ces dernières semaines, de « refuser » des préavis de grève déposés par
SUD-Rail (souvent avec d’autres organisations syndicales) illustre cette politique antisociale. Sur ce point, nous
rappelons qu’un jugement de Cour de Cassation a confirmé la condamnation de la SNCF dans une affaire similaire, et qu’il
ne revenait pas au patron de décider de lui-même de la viabilité ou non d’un préavis lorsqu’il le conteste : il reste encore un
minimum de droit social en France, et les tribunaux sont donc compétents pour décider.

Malgré les entraves exercées par la direction SNCF, et bien que d’autres organisations syndicales préfèrent agir pour les
éviter ou les affaiblir, les grèves sont une réalité incontournable dans une société basée sur les rapports de force entre classes
sociales. Et nous sommes dans ce cas : non, nous ne sommes pas tous « dans le même bateau », et l’actuelle crise du système
capitaliste renforce cette situation.

D’autres organisations syndicales ont fait le choix de participer activement à votre démarche pour « simplifier la SNCF », que
nous considérons être une démarche pour « simplifier la privatisation de la SNCF ». Nous avons fait un choix inverse. Tout
comme, nous refusions et avons organisé la lutte contre l’externalisation de la Caisse de Retraite et de Prévoyance, puis
contre la remise en cause de notre régime de retraite. Sans doute que cela ne vous plait pas, mais notre syndicalisme n’est
pas fait pour vous plaire ou ne pas vous plaire…

Cela étant, l’opposition de SUD-Rail à votre politique ne saurait justifier la haine déversée à travers les média.
Rappelons que déjà le 21 novembre 2007, pour appuyer les fédérations qui appelaient à cesser la grève menée afin de
défendre de la retraite des cheminot-e-s, vous expliquiez aux journalistes que SUD-Rail était mêlé aux incidents qui
avaient eu lieu sur plusieurs lignes TGV. Plus d’un an après : aucune suite, mais ce qui vous importait était de lancer la
rumeur.

L’attitude de la direction à propos de la grève menée depuis un mois par les agents de conduite de Paris Saint Lazare est
absolument scandaleuse. Cette action a été lancée par les sections syndicales SUD-Rail, CGT, FO, FGAAC. Il se trouve
qu’en cours de conflit, la CGT a négocié seule et signé seule un accord … d’ailleurs rejeté par les grévistes, y compris les
délégués CGT.

Depuis, la grève se poursuit, ce qui n’est pas une surprise puisque cet accord contient des propositions
inférieures à celles qui ont déclenché la grève. Mais il est normal que la direction essaie de faire ratifier des accords à
moindre coût pour elle, tant qu’elle trouve un syndicat pour le faire ! La suite est plus surprenante : au cours de la
quatrième semaine, la direction de l’Etablissement donne rendez-vous pour le lendemain matin aux représentants des
grévistes pour une négociation ; bien évidemment, les représentants des grévistes répondent positivement … mais le
lendemain, le discours a changé, « la fédération CGT est intervenue auprès de la direction nationale SNCF pour qu’il n’y ait pas
de négociation pouvant déboucher sur autre chose que l’accord qu’elle a signé » …

Pourquoi ne pas avoir expliqué aux média, que c’est la direction SNCF et, selon les propos du directeur
d’établissement, la fédération CGT, qui refusent qu’il y ait des négociations avec les agents de conduite en grève ?
La conférence de presse donnée par le Directeur Transilien, le jeudi 8 janvier, participe de cette guérilla médiatique
dans laquelle vous vous êtes lancés. Depuis le 1er décembre, SUD-Rail avait déposé une Demande de Concertation Immédiate concernant les aiguilleurs et les agents d’accueil de la région Paris Saint Lazare. Le 30 décembre, pas la moindre
proposition de la direction, ce qui nous a amené à déposer le préavis de grève pour le 12 janvier, donc là encore largement
au-delà des délais légaux. Le 8 janvier, sans doute parce qu’elle a constaté qu’un très grand nombre d’aiguilleurs
(Exécution, Maîtrise et Cadres) avait déposé leur Déclaration Individuelle d’Intention de se mettre en grève (100% dans
plusieurs postes), que la direction faisait enfin des propositions.
Des Assemblées Générales étaient fixées au vendredi 9 à 13 heures, pour décider de la suite à donner au vu des propositions
faites. Et pendant ce temps-là, clairement pour allumer le feu, M. Farandou inondait la presse de propos anti SUD-Rail.
On se rappelle la dénonciation publique calomnieuse de M. Mignauw alors titulaire de ce même poste de Directeur
Transilien, à l’encontre des agents de conduite de la ligne D (Paris Sud Est) en grève en décembre 2005 ; sans doute que
tenter de faire en sorte que des affrontements entre grévistes et usagers aient lieu, fait partie de la fiche de poste de
Directeur Transilien ?

Toujours est-il que les aiguilleurs de Paris Saint Lazare ont pris acte des avancées faites avant l’intervention de M.
Farandou, et ont donné un mois de délai supplémentaire à la direction pour régler les problèmes encore en suspens. Une
nouvelle Demande de Concertation Immédiate a été déposée, mettant en avant la date du 9 février : un mois pour
négocier, si la direction daigne le faire …
Evidemment, ce qui vous importe n’est pas seulement de calomnier SUD-Rail. Vous vous attaquez à la fédération et aux
syndicats SUD-Rail, parce qu’ils représentent le syndicalisme qui ne se soumet pas, le syndicalisme qui demeure
indépendant. Mais d’autres équipes syndicales portent ces valeurs, et vous ne le supportez pas plus. C’est ainsi que la
direction régionale de Marseille s’est fendue d’un communiqué de presse absolument scandaleux contre les agents de
conduite grévistes de Nice et ceux qui les soutiennent. On y « apprend » que les agents de conduite ne travaillent que
6h30, ne conduisent que 4 heures par jour, et la direction y traite publiquement les syndicalistes de menteurs et
d’hypocrites !

Tout cela n’est pas très joli, pour des gens qui ont du « dialogue social » plein la bouche … tant qu’il s’agit seulement de
multiplier les réunions pour expliquer la mise en oeuvre de projets non négociables !

De la campagne anti-grévistes, on passe vite à une campagne anti-cheminots …
Lors de la grève contre la remise en cause du RH 0077 en novembre dernier, vous aviez demandé que les annonces écrites
et orales dans les gares précisent bien qu’il y avait grève « à l’appel du syndicat SUD-Rail » … le concept de la
dénonciation publique s’élargit : ainsi le 31 décembre sur le réseau Paris Nord, les annonces sonores et sur les tableaux
d’information indiquaient « en raison du nombre élevé d’agents s’étant déclarés malades, un service allégé sera mis en place … ».
On notera la délicatesse de la formule « s’étant déclarés malades », comme si l’arrêt de travail décidé par un médecin était
sujet à discussion. Inutile de faire des commentaires sur le message transmis ainsi aux usagers : « les cheminots sont des
faignants, ils se font arrêter au lieu de conduire vos trains ».

Monsieur le président, vous avez besoin de casser la résistance des cheminot-e-s pour mettre en oeuvre votre politique.
Pour cela, vous voulez briser le syndicalisme qui refuse de se taire en échange de moyens et de permanent-e-s
syndicaux. Vous avez donc décidé une véritable guerre sociale, et bien sûr cela se fait avec des méthodes peu
ragoutantes, mais c’est inhérent à cette politique. Nous voulons juste vous dire que la fédération des syndicats SUD-Rail,
ses syndicats, ses militant-e-s, les milliers d’adhérent-e-s SUD-Rail ne laisseront pas faire sans réagir.

Nous ne tomberons pas non plus dans les provocations, et continuerons le syndicalisme que nous pratiquons :
autonome, démocratique, offensif, … et qui signe des accords lorsque nous considérons que c’est utile (seulement à la
SNCF : mixité et égalité professionnelle, insertion des travailleurs handicapés, formation professionnelle, etc.).
Ce syndicalisme qui refuse les compromissions n’est pas l’apanage des équipes SUD-Rail, et vous devriez en être plus
conscient. Des fédérations dénoncent ceux qui font grève, mais leurs équipes locales restent fidèles aux décisions prises avec
les cheminot-e-s, et la lutte se poursuit avec eux. La fédération des syndicats SUD-Rail regrette l’escalade dans
l’affrontement que vous avez décidé, et notamment sur le terrain médiatique. Mais cela ne remettra pas en cause nos
convictions, la volonté collective de les défendre, et la certitude que les cheminot-e-s sont aussi légitimes que les
patrons de la SNCF à vouloir peser sur l’avenir du service public ferroviaire et de la SNCF.

Veuillez agréer monsieur le président nos salutations syndicalistes.


Pour la fédération des syndicats SUD-Rail :
Christian Mahieux
Frédéric Michel
Fabio Ambrosio
Willy Wesnoker