Amplifions les premières victoires syndicales des Sans-Papiers !

dimanche 14 septembre 2008

Depuis le 15 avril, des milliers de travailleurs sans papiers sont entrés en lutte. Cette mobilisation est un coup important porté à la bourgeoisie français mais aussi à la politique de l’Union Européenne. Car la grève menée par la CGT française remet en cause la politique d’immigration du patronat européen.

Le 15 avril la CGT de la région parisienne a lancé, de façon coordonnée, une grève dans 20 entreprises : du nettoyage, du bâtiment, de la restauration, de ramassage d’ordures, de jardinage, des usines agro-alimentaires, des agences d’intérim… Cette mobilisation avait été préparée de longue date.

Depuis deux ans, plusieurs unions locales CGT avaient organisé des grèves avec des travailleurs sans papiers. Ceux ci demandaient leur régularisation. Suite à ces mobilisations victorieuses des centaines travailleurs, souvent issus d’Afrique Noire, avaient contacté la CGT.
En 2007, le gouvernement français publie une circulaire qui oblige les patrons à vérifier auprès de la préfecture la validité des papiers de leurs salariés immigrés. Suite à cette procédure, des milliers de travailleurs vont être licenciés et d’autres plus nombreux encore sont menacés.
La grève va donc être une réponse collective à cette politique.

Le 15 avril, 20 entreprises sont donc occupées. Les grévistes sont soutenus par leurs camarades licenciés mais aussi par des salariés sans papiers isolés d’autres entreprises. Cette mobilisation est possible car les Unions Locales de la CGT ont mobilisé leurs militants au niveau local. Immédiatement les occupations s’accompagnent d’activités de solidarité et de la popularisation de la lutte.

L’objectif de la CGT est de montrer par la grève que de nombreuses entreprises françaises fonctionnent grâce à de la main d’œuvre sans papiers. Sans ces travailleurs l’économie du pays serait désorganisée. Cette tactique permet de combattre la bourgeoisie sur le terrain économique. Mais elle permet aussi de montrer à l’ensemble des salariés et à la population française que les sans papiers ne sont pas des « profiteurs », des « parasites » qui viendraient en France piller la protection sociale.

Au contraire, cette grève permet de souligner que beaucoup de travailleurs sans papiers paient leurs cotisations sociales et des impôts (sur le revenu et la TVA). Cette tactique remporte immédiatement un vrai succès. De récents sondages démontrent qu’une large majorité de la population soutient cette grève et demande la régularisation de ces travailleurs. L’action de la CGT a fait basculer le combat du domaine humaniste vers celui de la lutte des classes.

Les faiblesses du mouvement

Le gouvernement a du rapidement réagir. Il a essayé de diviser le mouvement par plusieurs moyens. Il a tout d’abord tenté d’engager des procédures de régularisation que de manière individuelle. Lorsque 20 travailleurs étaient en grève, seulement une dizaine recevaient un récépissé. Sur tous les sites en lutte, la CGT a décidé de maintenir la grève jusqu’à ce que tous les travailleurs bénéficient d’une procédure de régularisation.
Les préfectures de la région parisienne, dans chaque département, ont également essayé de diviser les sites en grève afin d’isoler les grévistes et de gagner du temps pour les décourager.

Le 20 mai, la CGT choisit alors de lancer une seconde vague de grève avec 30 nouvelles entreprises ciblées. Depuis le 15 avril, ce sont des milliers de travailleurs sans papiers qui ont contacté la CGT afin de participer au mouvement. De sections syndicales se constituent et apparaissent publiquement dès le lancement de la grève. En juin un meeting de masse est organisé à Paris avec plus de 1 500 travailleurs sans papiers alors que beaucoup de leurs camarades occupent les entreprises en même temps. L’objectif est de populariser le mouvement mais aussi de maintenir les sections syndicales et les isolés unis.

Le gouvernement a également tenté de dresser les anciens collectifs de sans papiers contre la CGT, en faisant croire que c’était la CGT qui décidait des régularisations. Ces collectifs, souvent influencés par l’extrême gauche, ont été manipulés par les autorités et n’ont rien trouvé de mieux que d’aller occuper la Bourse du travail de Paris afin de faire pression sur la CGT.

Les responsables de l’organisation syndicale ont été parfois maladroites sur ce dossier mais il est très difficile de structurer 50 grèves avec occupation, en permanence et cela pendant plus de deux mois. Il était donc très difficile pour les organisations CGT de structurer en parallèle la mobilisation de milliers de travailleurs isolés dans de petites entreprises sans présence syndicale. Le choix de la grève par vague répondait donc à la réalité du terrain.

D’ailleurs la mobilisation des travailleurs isolés a commencé avec des actions menées par les travailleuses salariées dans le secteur de l’aide à la personnes : elles s’occupent des personnes âgées et des enfants.
La direction de la CGT auraient du contacter rapidement tous les collectifs de sans papiers, même si ces derniers sont souvent sectaires et hostiles les uns par rapport aux autres.
Le travail unitaire n’a donc pas été systématique mais il avance dans le bon sens.

Renforcer le syndicalisme de classe :

Mais la lutte syndicale marque aussi une rupture avec les précédentes mobilisations. Depuis des années la lutte des travailleurs immigrés passe par des collectifs isolés, divisés, soutenus par certains syndicats et associations mais sous une forme paternaliste. Avec cette mobilisation syndicale les travailleurs sans papiers rejoignent les syndicats et deviennent de vrais acteurs de cette lutte. Ils sont désormais des membres de la CGT qui militent aux côtés des autres travailleurs, aux côtés de leurs camarades avec les mêmes droits que n’importe quel syndiqué.

Mais cette mobilisation a également eu des conséquences très positives sur le mouvement syndical. Elle a démontré l’importance des Unions Locales afin de syndiquer les travailleurs précaires et des petites entreprises. Les autres organisations syndicales n’ont pas été en capacité de fournir les mêmes outils de lutte. SUD et la CNT ont soutenu quelques grèves mais leur faible structuration interprofessionnelle ne leur permettait pas d’organiser les travailleurs sans papiers.

Cette mobilisation a surtout été impulsé par des militants de classe. Lorsque la direction nationale de la CGT a tenté de freiner la mobilisation, la majorité des UL et UD ont au contraire appelé à organiser l’extension du mouvement. Cela a démontré qu’il est possible de faire basculer la CGT lorsque les structures interprofessionnelles se battent dans ce sens lorsque les militants font respecter le fédéralisme présents dans les statuts confédéraux. Des militants des syndicats « alternatifs » (SUD et CNT) ainsi que de nombreux jeunes ont été impressionnés par la mobilisation de la CGT. Cela est un facteur important pour rapprocher tous les syndicalistes de classe dans la perspective d’une CGT réunifiée.

Les militants du CSR ont été très actifs dans cette mobilisation. Depuis des années nous appelions les syndicats et les UL à organiser les travailleurs immigrés. Aujourd’hui notre stratégie se trouve donc crédibilisée. Mais nous continuons de mener le débat afin de reconstruire des syndicats d’industrie là où ils n’existent plus. Beaucoup de syndicats CGT sont des syndicats d’entreprise. Nos militants poussent afin que ces syndicats fusionnent, ce qui permet ensuite de regrouper tous les travailleurs d’une même industrie : salariés des petites entreprises, précaires, jeunes en formation, retraités, intérimaires mais aussi les travailleurs sans papiers. Dans plusieurs villes de tels syndicats d’industrie nous ont permis d’organiser directement les travailleurs sans papiers avec leurs camarades titulaires.

Les perspectives :

Suite à la mobilisation en région parisienne, des milliers de travailleurs sans papiers ont contacté la CGT en province. Des luttes s’organisent avec manifestations, des collectifs CGT et des commission immigration se réorganisent dans beaucoup d’Unions Départementales. Après plus de 3 mois de luttes, les grévistes de la première vague sont pratiquement tous en cours de régularisation. La grève se maintient dans une vingtaine d’entreprises.

La CGT prépare une troisième vague de grève, élargie à la province afin de renforcer le rapport de forces. Cette première victoire a en effet donné confiance et elle crédibilise la perspective de généralisation des régularisations à tous les travailleurs sans papiers.

La CGT a enfin retrouver ces modes d’organisation et d’action tels qu’ils existaient à l’époque de la Charte d’Amiens. Il faut continuer dans ce sens. Les Comités Syndicalistes Révolutionnaires appellent tous les syndicalistes à rejoindre cette lutte et à renforcer les syndicats d’industrie et les Unions Locales afin de pouvoir organiser les travailleurs sans papiers.



Documents joints

Bulletin CGT d'infos sur les luttes des (...)
Bulletin CGT d'infos sur les luttes des (...)
Droits du Travailleur Sans-Papier
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