6e CONGRES DE L’UNSEN-CGT

Quelle stratégie syndicale ?
mardi 19 août 2008
par  CSR

Le congrès de l’UNSEN-CGT (Union Nationale des Syndicats de l’Education Nationale) s’est tenu à St Jean de Monts (Vendée) du 19 au 23 mai 2008.
L’UNSEN-CGT ou CGT Educ’action syndique l’ensemble des personnels enseignants et d’éducation (CPE, surveillants…) du premier degré (écoles) et du second degré (collèges, lycées, LP). Elle compte un peu plus de 11 000 syndiqués et représentait 4% des personnels aux dernières élections professionnelles (décembre 2005). Historiquement très bien implantée en LP (elle fut créée par des ouvriers CGT devenus enseignants, qui refusèrent de changer de confédération, malgré la stratégie confédérale et stalinienne de renforcer la tendance Unité Action pro-PC dans la FEN), elle essaie de se développer dans l’enseignement général et dans les écoles.

Nous ne ferons pas ici un compte-rendu exhaustif du congrès, nous insisterons seulement sur les points les plus marquants : le débat sur la stratégie syndicale, la question de l’organisation et les perspectives interprofessionnelles.

Quelle stratégie syndicale ?

Le débat sur le rapport d’activité n’a guère fait l’unanimité, avec tout de même plus de 33% de voix contre. Cela s’explique en grande partie par l’absence de réel débat sur la stratégie syndicale. En effet, fatigués par les sempiternelles « journées d’actions qui en appellent d’autres » qui remplissent les rues et vident les porte-monnaie sans donner le moindre résultat, beaucoup de délégués ont souligné la nécessité d’un vrai mouvement de grève, tant pour l’Education Nationale (qui subit de plein fouet les suppressions massives de postes, le démantèlement de l’enseignement professionnel, la réforme bourgeoise et passéiste des programmes du primaire) qu’au niveau interprofessionnel (pour la revalorisation des salaires ou la défense du système de retraite par répartition).

La majorité des délégués critiques ont surtout dénoncé les incohérences de la stratégie confédérale... pour ne pas dire ses renoncements à la lutte.
Les syndicats de l’UNSEN sont en effet souvent sur des bases plus radicales que la Confédération. Ainsi, tout au long de l’année, l’UNSEN a contribué à la mise en place d’une intersyndicale du second degré certes réduite (CGT, FSU, SUD, FO), mais bien plus combative que la version social-démocrate du « syndicalisme rassemblé ».
Cependant certains camarades ont fait remarquer, à juste titre, que là où la CGT Educ’action a une influence conséquente, à savoir dans les lycées professionnels, elle n’avait pas forcément pris, ou réussi à prendre, toutes ses responsabilités.

Alors que le gouvernement a instauré le bac pro 3 ans(1), ce qui constitue une attaque sans précédent contre la formation professionnelle initiale (avec à la clé plus de 20% de suppression d’enseignants), la CGT Educ’action n’a pas réussi à construire une mobilisation nationale cohérente.
Certes, la division syndicale n’aide pas à unifier l’ensemble des personnels puisque le syndicat corporatiste traditionnel, le SNETAA, ainsi que la CFDT et l’UNSA se sont empressés de signer un protocole d’accord début décembre instituant la généralisation des bac pro 3 ans...
Certes, la Confédération n’a pas forcément poussé d’autres secteurs à se mobiliser aux côtés des enseignants et des lycéens pour dénoncer la casse des diplômes professionnels, préfigurant un nouveau recul des conventions collectives... La vision pro-apprentissage confédérale reste une réalité dans de nombreuses UD et fédérations....
Certes, la perspective des élections professionnelles de décembre 2009 n’a pas contribué à la radicalité de certaines organisations nationales
Certes, le Ministère a su cloisonner les différentes académies en accordant des moratoires d’un an pour l’académie de Bordeaux, ou en espaçant les annonces d’évolution des formations à la rentrée 2008...

Mais, alors que des départements connaissaient des mobilisations importantes, avec souvent une forte implication des lycéens des LP, l’absence de perspectives nationales, comme une montée nationale à Paris a laissé les départements et les académies dans une perspective seulement localiste... Dispersée, la colère des personnels, des élèves et des parents, est restée sans effet... laissant la place à une désillusion des personnels, ainsi qu’à la pertinence du discours « responsable » des organisations qui ont signé le protocole... Cette analyse de la situation risque de se vérifier lors des élections prochaines...

Les inquiétudes des militants ne vont certainement pas se dissiper après ce congrès... En effet, le nouveau bureau nouvellement élu, constitué de 3 co-secrétaires en remplacement d’un secrétaire ayant encadré l’organisation nationale pendant une dizaine d’années, vient d’engager la CGT Educ’action dans les discussions avec le Ministère sur la réforme du lycée, commande sarkozienne.
Signer un protocole de discussion sur les bases gouvernementales après une année de lutte et après avoir tant critiqué le protocole de généralisation du bac pro 3 ans nous semble plus qu’une erreur tactique. Surtout que le questionnement des syndicats départementaux en vue d’obtenir la signature des 16 points de convergence en préalable à toute négociation n’était pas clair, et que la signature s’est faite la veille d’une commission exécutive nationale, rassemblement les délégués nationaux, qui a voté majoritairement contre la signature des co-secrétaires...

Au final, la CGT Educ’action ne devrait pas accepter bien longtemps cette parodie de négociation dans un contexte de casse : la sortie du processus, via des votes de syndicats et d’académies, est déjà programmée afin de se concentrer sur la construction des luttes nécessaires. Les syndicats auraient quand même intérêt à suivre l’affaire de près…de manière à éviter que les initiatives de ce genre ne se multiplient pas trop…

Quelle organisation ?

Le débat sur la résolution 2, intitulée « Un syndicat organisé pour plus d’efficacité », s’est finalement presque limité à la question de l’adhésion à l’UGICT (Union Générale des Ingénieurs, Cadres et Techniciens).
Depuis longtemps, de nombreux syndicats la remettent en cause, avec des arguments nombreux et différents. Si certains contestent la syndicalisation des cadres à la CGT, beaucoup considèrent que les enseignants n’ont pas une fonction d’encadrement du fait qu’ils n’ont pas de salariés sous leurs ordres. A ce sujet, l’organisation CGT des personnels d’inspection et de direction dont une délégation était présente au Congrès a brillé par son silence...
Quelle est la nécessité de s’isoler à l’intérieur même de la CGT ? L’autonomie de l’UGICT (qui ne fait même pas apparaître le logo CGT sur sa publication mensuelle) déplait et inquiète. A toutes ces critiques, s’ajoute le coût que représente l’adhésion à cette structure alors que l’UNSEN ne roule pas sur l’or, loin de là…

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