Le CSR s’adresse à ceux qui seraient tentés par le NPA

lundi 18 août 2008
par  CSR

Chers camarades,

Nous avons lu avec intérêt l’appel que vous avez diffusé largement à destination des syndicalistes. Nous partageons avec vous le besoin de faire émerger une alternative politique à l’éparpillement des luttes dans les entreprises.
Par contre, nous nous étonnons de certains propos véhiculés par vos comités : « Pour militer dans les entreprises, nous avons besoin d’un projet et d’un outil, d’un parti politique ». Pour militer dans l’entreprise nous avons surtout besoin d’une section syndicale et on ne voit pas très bien pourquoi il ne serait pas possible de débattre de stratégie anti-capitaliste au sein de la section syndicale. Car c’est par nature l’outil pour lutter contre l’exploitation capitaliste. C’est donc le lieu privilégié pour débattre et mener la bataille avec les travailleurs conscients de la nécessité de s’organiser collectivement pour défendre leurs intérêts de classe.

Le syndicalisme-révolutionnaire, n’a jamais été hostile aux partis politiques en soit (confère la Charte d’Amiens). Un parti communiste ou anti-capitaliste peut, en effet, être utile pour développer une propagande révolutionnaire dans la société et inciter les travailleurs à se syndiquer pour mener le combat de classe. Nous constatons que malheureusement les comités du NPA n’ont pas, pour l’instant, pris en charge cette activité qui rappellerait que « le syndicat c’est l’école du communisme ». Bien au contraire, nous avons l’impression que les camarades du futur NPA ont tendance, ces derniers temps, à s’éloigner de la lutte syndicale… au moment où l’on a besoin de troupes pour la bataille dans les entreprises.

Nous vous avouerons même que nous nous inquiétons de la dérive qui accompagne la création du NPA dans certains milieux syndicaux. La constitution de votre parti s’aligne de plus en plus sur le schéma social-démocrate traditionnel : le syndicat organisant les luttes « économiques » et le parti se spécialisant dans les mots d’ordre « politiques ». Cette dérive a pour danger d’enfermer les équipes syndicales dans l’entreprise, dans des logiques corporatistes. Le parti deviendrait alors le lieu de coordination entre les secteurs professionnels, et à vrai dire on ne voit pas très bien comment.
Cette vision porte aussi en elle une remise en cause de l’indépendance politique du mouvement syndical, c’est à dire sa propre capacité à produire sa politique. Le danger existe également à voir, à nouveau, le mouvement syndical devenir un terrain d’affrontement entre organisations philosophiques qui viendraient y recruter des militants.

Vous n’êtes pas sans savoir que le syndicalisme de classe n’est pas né de la pensée lumineuse de quelques intellectuels mais de l’expérience interprofessionnelle menée dans les Bourses du Travail puis dans les organisations territoriales de la CGT (UL et UD). Vous n’êtes pas non plus sans savoir que depuis une vingtaine d’années les militants, qu’ils se disent révolutionnaires ou non, ont tendance à fuir le syndicalisme de classe et se concentrer sur leurs revendications de boite. Ils sont, pour la plupart d’entre eux, totalement absents de leurs organisations de classes (UL et UD).
Nous ne voyons donc pas très bien en quoi la création d’un parti politique servirait exclusivement de « débouché politique ». Bien au contraire, si l’on suit ce schéma simpliste, cela aurait pour conséquence de remplacer le syndicalisme de classe par des discours virtuels sur la « lutte révolutionnaire ». Il n’y aurait alors aucune pratique réelle si ce n’est des « tracts de boite » sans implication concrète dans les organisations syndicales.

Comme nous l’avons déjà dit, nous ne rejetons pas les organisations politiques. Nous refusons cependant le schéma social-démocrate qui sépare artificiellement « le politique » et « l’économique ». Le capitalisme est un système, un tout en soit et le combat de classe est lui aussi un tout en soit. Saucissonner ce combat de classe c’est prendre le risque de créer la confusion, de favoriser des dérives réformistes et institutionnelles dans la tête des travailleurs. Les débouchés aux luttes d’entreprise ce n’est pas faire élire des révolutionnaires dans les institutions bourgeoises (conseils municipaux, généraux, …). Le seule débouché politique réellement anti-capitaliste c’est coordonner ces luttes de boite dans une démarche interprofessionnelle et construire une contre société ouvrière : mutuelles syndicales, coopératives de production et de diffusion, associations culturelles et sportives ouvrières, éducation populaire,…. Ces deux conditions sont les seules qui peuvent donner un sens à la perspective de la grève générale expropriatrice, puis la construction du Socialisme. Car une classe ne se lance pas collectivement dans la prise du pouvoir si au quotidien elle n’est pas structurée sur des bases interprofessionnelles.

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Aucun bilan sérieux n’a été produit sur l’échec des « révolutions » dirigées par des partis politiques (Russie, Chine, Cuba, Nicaragua,…). C’est pourtant la nature même du Socialisme qui est posé à travers un bilan de ces expériences passées. Une révolution socialiste, c’est le parti ou le prolétariat qui prend le pouvoir ? Si c’est la classe, alors c’est à l’organisation de la classe, le syndicat, d’impulser la révolution puis d’organiser la gestion socialiste des usines et des services. Dès 1906, les syndicalistes de la CGT avaient élaboré ce programme révolutionnaire à travers la Charte d’Amiens. Cette stratégie a ensuite été remplacée par un autre modèle, celui du parti qui devait se substituer à la classe. Une multitude d’échecs se sont naturellement produits, discréditant au passage tout projet de transformation socialiste. Une bureaucratie, issue de « l ’avant garde », a remplacé l’ancienne classe exploiteuse. Il n’y a rien d’étonnant à cela puisque le parti révolutionnaire a reproduit le schéma bourgeois selon lequel c’est aux cadres (dénommés « révolutionnaires » pour l’occasion) que revenait la gestion des usines et des services.

Aujourd’hui, les syndicalistes doivent se réapproprier leur stratégie historique et se libérer des visions simplistes issue de la culture capitaliste. Nous comprenons très bien ce qu’il y a de plaisant dans la création d’un nouveau parti . Depuis 20 ans, les syndicats ont perdu bien des défaites dans les entreprises, la lutte y est plus que jamais difficile. Il est donc tentant de trouver des solutions miracles et des raccourcis politiques. Cela apparaît d’autant plus confortable qu’il n’y a pas besoin de combattre de front les bourgeois dans les entreprises. Mais dans la lutte révolutionnaire il n’y a pas de raccourci car la classe ne peut prendre le pouvoir que quand elle dispose des capacités et des organisations qui le lui permettent.

Le syndicalisme de classe passe par un travail de terrain, patient, fait d’organisation et de formation. Mais c’est la seule façon de bâtir sur des bases solides et d’impulser des mobilisations interprofessionnelles. Ce sont ces bases solides qui ont permis les grèves générales de 1919, 1936, 1944 et 1968. Quel rôle ont joué les « partis révolutionnaires » dans ces mobilisations ? Ces victoires n’ont été possibles que grâce à l’existence de sections syndicales fédérées dans leurs Unions Locales et leur fédération d’industrie. Ce ne sont pas les partis qui ont structuré le mouvement mais les réseaux de solidarité qui existaient dans les quartiers, dans les UL. Si ces mobilisations n’ont pas débouché sur la prise du pouvoir par le prolétariat, c’est justement parce que l’on a dit alors aux travailleurs que les partis devaient prendre en main les « perspectives politiques ». La CGT n’a pas pris le pouvoir… et le capitalisme est resté, rénové par l’intégration de partis autrefois révolutionnaires.

Nous pensons comme vous que les révolutionnaires doivent se rassembler. Mais ils doivent le faire dans le cadre de la lutte des classes, aux côtés des autres travailleurs, c’est à dire dans leurs organisations de classe et de masse. Une organisation révolutionnaire doit émerger de la classe et de ses combats. Elle passe nécessairement par la constitution d’un courant syndical regroupant les militants révolutionnaires. Cela oblige ces derniers à assumer leurs responsabilités collectives et à ne pas renvoyer constamment les échecs aux « bureaucraties syndicales ». Les débats politiques doivent se mener au cœur même de l’organisation syndicale avec le maximum de travailleurs et non pas de l’extérieur de façon incantatoire et inefficace.

Depuis des décennies, bien des partis politiques ont tenté, en France et ailleurs, de rivaliser avec le Parti Communiste et de reproduire son influence. Mais c’était oublier que le PC français, tout comme de nombreux autres PC, n’avait acquis son influence ouvrière qu’en 1923 grâce l’adhésion massive des syndicaliste-révolutionnaires de la CGTU. Avant de devenir progressivement un parti institutionnel, le PC était avant tout une tendance syndicale issue de la CGTU. A cette époque déjà, de nombreux syndicalistes ont cru à la nécessité d’un parti comme « débouché politique ». Mais l’histoire a parlé. Aujourd’hui, la confusion est encore plus grande et la culture syndicaliste a perdu du terrain et avec elle les repères de classes naturels. Si les nombreuses luttes sociales ne trouvent pas de débouché ce n’est pas en raison de l’absence d’un parti guide. Des milliers de militants sont désorientés car ils ne disposent pas de la formation et de l’expérience syndicaliste qui leur permettrait de comprendre comment utiliser les outils à leur disposition. Combien de militants savent ce qu’est un « syndicat d’industrie », une fédération, une Bourse du Travail, … ? Quand on veut construire une maison il faut savoir utiliser les outils et les matériaux. Alors comment s’étonner que l’on ne sache pas même monter droit un mur en briques ?

Chers camarades, que vous soyez ou non adhérent à un parti politique, nous espérons vous voir très prochainement à nos côtés dans vos organisations de classes : vos syndicats d’industrie (regroupant tous les travailleurs d’une même branche) et vos Unions Locales. Car c’est là nous réapprendrons l’expérience du syndicalisme de classe.

Nous nous permettons de reproduire la Charte d’Amiens qui sert de fondement stratégique au syndicalisme de classe depuis 100 ans… et que de nombreux militants n’ont jamais lu.

La Charte d’Amiens

Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2, constitutif de la CGT : " La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat ".
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique : dans l’oeuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc.

Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’oeuvre du syndicalisme ; il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat.
Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors.

En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale.

Résultats du vote : Pour 830 - Contre 8 - Blanc 1 Amiens, 8-16 octobre 1906, XVe Congrès national corporatif - IXe de la CGT


Commentaires  forum ferme

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jeudi 18 septembre 2008 à 22h06 - par  CSR

Nous prenons le temps de répondre aux contributions laissées sur le site du CSR car elles reprennent des remarques que nos militants entendent également en ce moment sur le terrain. Ce texte a en effet provoqué de nombreux débats. Il est important de les porter dans les organisations syndicales.

Le texte du CSR de Toulouse répondait à un contexte local mais qui a malheureusement tendance à s’étendre à d’autres villes.

Il ne s’agissait pas d’engager un conflit idéologique ou une lutte avec les camarades investis dans le NPA. Certains militants du CSR seront peut être membres du NPA à titre individuel, et cela sans aucune reproche de notre organisation.
Il ne s’agissait donc pas de condamner l’initiative pour le NPA mais de mettre en garde contre une dérive sur la question exclusivement syndicale. Nous constatons en effet une forme de fuite en avant de la part de certains militants syndicaux, qui abandonnent le débat interne dans les confédérations pour porter cette lutte sur d’autres terrains. On peut craindre un véritable désinvestissement du terrain de la lutte des classes. Un discours dans les médias peut servir de substitut confortable mais cela reste bien abstrait.

Il ne s’agissait donc pas de reprendre à notre compte la position anarcho-syndicaliste. Nous restons fidèles à la Charte d’Amiens et nous refusons de voir dans tout parti politique un ennemi déclaré de la classe ouvrière. Nous connaissons assez notre histoire pour savoir que notre courant est issu de l’action du Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire (« les allemanistes ») qui fut à l’origine de la fédération des Bourses du Travail et de la théorisation du SR.
Un parti peut en effet être ouvrier et même partisan du syndicalisme révolutionnaire.
Ce fut le cas pour un certain temps du PCF issu majoritairement des rangs du CSR et de la CGTU.
Et si nous déclarons que l’extrême gauche n’appartient pas à notre classe cela ne relève pas de l’insulte ou du sectarisme mais d’une analyse sociologique évidente. Jusqu’en 1968, l’essentiel de l’extrême gauche s’est réclamée du trotskisme. Ses organisations n’ont jamais réussi à s’implanter véritablement dans la masse du prolétariat. Et cela n’est pas principalement dû à la pression du stalinisme. Car depuis 1968, cela n’a pas vraiment changé. Se réclamant toujours du trotskisme ou du maoïsme, ces courants n’ont pas plus réussi à se construire dans le prolétariat à une échelle significative. Et cela alors que la pression du stalinisme est allée en s’amoindrissant. Les tentatives volontaristes de s’implanter dans le monde ouvrier se sont soldées par des échecs cuisants. Sur une durée aussi importante de plusieurs dizaines d’années, après avoir vu passer des dizaines de milliers de militants dans leurs rangs, les leçons n’ont pas été tirées. C’est la stratégie léniniste (dérivée de celle de la social-démocratie d’ailleurs) de construction d’une organisation révolutionnaire de classe qui est en échec. Les périodes changent, mais l’extrême-gauche continue toujours à appliquer la même stratégie.
A l’inverse, pour construire une telle organisation, il faut construire les organisations organiques, naturelles, de combat de la classe : syndicalisme d’industrie et unions locales-bourses du travail, pratiques de solidarité et de sociabilité ouvrières matérialisées dans des œuvres liées au mouvement syndical. C’est là que peut se (re)construire la conscience de classe, c’est là qu’elle se forge, pas dans les centaines milliers de pages de polémiques produites par l’extrême-gauche qui sur l’interprétation de telle phrase du programme de transition, qui sur la dégénérescence ou pas de l’Etat ouvrier russe, etc… Envoyer des militants dans les usines pour ne pas construire les organisations de classe du prolétariat, c’est construire un parti de cadres, un parti d’encadrement, c’est à dire un parti qui n’est pas, qui ne peut pas être prolétarien. Bref un parti qui ne peut pas être considéré comme faisant partie de la classe.

Quant au paternalisme, il n’est pas de notre fait mais est directement issu de la prose léniniste. En effet, nous estimons que le prolétariat n’a pas besoin d’une quelconque intelligentsia pour se doter d’une stratégie révolutionnaire. Les prolétaires savent réfléchir et lire et les conquêtes sociales ont été obtenues par des stratégies peut être incomplètes mais relativement efficaces si on les compare aux expérimentations tentées par les différentes bureaucraties qui devaient soit disant réaliser le Socialisme en France comme en Russie.
Nous sommes profondément matérialistes. Ce sont les conditions d’organisation du prolétariat qui conditionnent en grande mesure sa conscience.
Toute la tradition social-démocrate et léniniste pense l’inverse : les intellectuels comme cadres organisateurs (il n’est pas ici question de l’origine sociale mais de la fonction sociale au moment où le militant agit, ainsi un ouvrier peut se transformer en intellectuel cadre organisateur dans le syndicalisme comme les permanents par exemple) font pénétrer leur savoir socialiste et autoproclamé révolutionnaire dans le prolétariat. Point n’est donc besoin de construire des organisations spécifiquement prolétariennes de classe (les unions locales par exemple, entendues comme des organisations politiques du prolétariat porteuses d’un projet de classe et donc posant de fait la question du pouvoir). Plus, il ne le faut surtout pas, car cela est impossible : le prolétariat seul ne peut produire une conscience de classe révolutionnaire sans le socialisme « scientifique ».
Nous ne croyons pas qu’une organisation composée en majorité de cadres puisse produire une révolution socialiste ni même respecter la démocratie ouvrière. On ne peut pas demander à un cadre d’abandonner sa culture de classe, de se débarrasser de ses comportements inscrits dans sa fonction sociale.
Alors oui, un syndicat ouvrier comme toute organisation luttant dans une société capitaliste, peut dégénérer et se bureaucratiser. Ce fut le cas en 1914 pour le CGT. Par contre une organisation composée de cadres ne peut pas se bureaucratiser… puisqu’elle est dès sa fondation bureaucratique par nature. C’est ce qui nous amène à penser qu’il n’y a pas eu dégénérescence de l’Etat soviétique mais bel et bien un état capitaliste répondant aux intérêts matériels du parti bolchevique aux mains des intellectuels.
Après, il revient au NPA de se doter d’une stratégie de recrutement. Mais cela ne nous regarde pas et le texte du CSR de Toulouse n’abordait d’ailleurs pas cette question.

Alors revenons aux propos que nous assumons.
Oui nous affirmons que le Socialisme repose sur la gestion des travailleurs, une gestion non pas partielle ou sous la tutelle d’une technocratie. Une gestion sociale c’est à dire de branches d’industrie et interpro. Sous quelle forme ? La plus aboutie : une confédération composée de Bourses du Travail et de syndicats d’industrie. Les autres expériences sont des structures localistes et corporatistes (coordinations, comités,…) qui ne portent pas en elle des dynamiques de classe. Car ici encore vaut le rappel matérialiste : ce n’est pas le discours qui crée la conscience de classe, c’est la pratique organisationnelle qui permet à la classe de se construire comme telle. Le soviet n’est pas le dépassement de ces limites sur le moyen et long terme. C’est en fait un organe de combat pour des tâches urgentes et déterminantes à un moment donné, permettant à la grande masse prolétarienne de matérialiser sa puissance sociale. Mais la lutte de classe n’est pas linéaire, et seules les organisations syndicales de classe (syndicats d’industrie et unions locales-bourses du travail) sont capables de créer les conditions pour que le processus révolutionnaire ne débouche pas sur la création d’une nouvelle classe sociale dominante et exploiteuse avec son Etat capitaliste spécifique.

Nous affirmons également que les militants prolétariens de l’extrême gauche sont peu présents dans leurs organisations de classe, les UL. Nous ne les dénonçons pas de façon sectaire, au contraire nous voulons les voir à nos côtés dans ces UL. Là aussi se pose les choix tactiques : quelles organisations syndicales construire ? Investir prioritairement la FSU pour les militants enseignants du NPA, ou créer de nouveaux syndicats de boite SUD/FSU c’est faire le choix de refuser de construire des unions locales-bourse du travail. Et nous regrettons que le processus de construction du NPA s’accompagne d’un retrait de certains militants de l’action syndicale. La construction du NPA aurait du au contraire s’appuyer sur un appel à se syndiquer et à participer aux organisations de classe. C’est ce que faisaient autrefois des courants socialistes révolutionnaires (allemanistes, vaillantistes, pivertistes,…) et les militants du PCF.

Nous affirmons que le mouvement ouvrier a atteint un niveau catastrophiquement bas de formation, ou d’absence de formation, voire de déformation. Ce n’est pas paternaliste que d’avouer cette évidence, c’est juste établir un constat qui s’appuie sur la participation de nos militants à de nombreuses formations syndicales, entre autre dans les UL.
Il ne faut y voir aucun sectarisme mais une volonté de sérieux politique. On peut continuer à sous-estimer dangereusement cet état de fait. On peut se faire croire que la situation permet en quelques mois de créer une organisation révolutionnaire « de masse » en France. On peut s’illusionner sur l’hypothèse qu’en deux ou trois débats on transforme un jeune sans expérience syndicale en militant révolutionnaire capable d’offrir des perspectives à des militants syndicalistes dans les boites. On peut en effet se raconter de belles histoire mais au final on va se retrouver avec une organisation qui sera au mieux réformiste parce qu’elle n‘aura pas pris le temps de former ses militants mais surtout de les investir dans les combats de classe, c’est à dire dans l’action syndicale interpro.
Quel militant syndicaliste peut accepter de recevoir des conseils politiques de la part de militants « révolutionnaires » qui n’ont jamais animé une grève dans une entreprise privée ? Il faut être un peu sérieux tout de même !
Et la révolution va une nouvelle fois être assimilée à de l’agitation inefficace.

Une illustration de cette perte de formation et de repères se trouve dans les propos d’Albert qui parle de « syndicalisme réformiste de collaboration de classe ». Cette notion ne veut strictement rien dire. Le réformisme c’est un courant anti-capitaliste qui croit que le Socialisme se construira par une succession de réformes. Le syndicalisme de collaboration de classe est quant à lui partisan du capitalisme.
Car si la CFDT était réformiste, alors la CGT serait révolutionnaire, et alors le NPA il serait quoi ? C’est en effet la vision et le vocabulaire distillés dans les médias bourgeois mais cela est à des années lumières des repères politiques du mouvement ouvrier... qui il y a dix ou vingt ans étaient encore correctement utilisés par la LCR.

Si nous voulons ouvrir de vraies perspectives anti-capitalistes nous devons tout d’abord nous réapproprier notre vocabulaire, nos repères et notre expérience historique.
Mais cela ne se fera pas sur des forums de discussion sur internet. Nous proposons donc à Albert et à Kalim et à tous les camarades syndicalistes du NPA qui le souhaitent de rencontrer des militants de nos CSR locaux afin de débattre fraternellement devant un verre. Il n’y a pas si longtemps ces débats se menaient dans les sections syndicales, dans les UL. Il faut revenir à ces pratiques de démocratie ouvrière.
Nous devons refuser de les externaliser comme nous devons refuser que le NPA devienne un cabinet de consultants pour les syndicalistes.

« L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux mêmes » (Karl Marx)

Le secrétariat du CSR

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vendredi 12 septembre 2008 à 17h53 - par  kalim

Salut camarades,

Enfin.. Je dis camarades, car pour moi vous en êtes, je ne pense pas que la réciproque soit vraie : "l’extrême gauche n’appartient pas à notre classe sociale" (dans Syndicaliste n°34 page 26). Il se trouve qu’on me classe en général à l’extrême gauche, après plus de 10 ans à la LCR.

On me dira : pourquoi en reparler ici ? ce n’est pas le sujet de l’adresse.

Après lecture, si pourtant. C’est le sujet unique de cette adresse sur le NPA.

Après un rappel de pure forme d’une pseudo utilité du parti révolutionnaire en général (aider à recruter des militants syndicaux), toutes les critiques formulées peuvent l’être aussi bien pour le NPA, que pour la LCR hier, LO , le POI ou le PCF.

En fait, il s’agit d’une adresse sur le rôle du syndicat et du parti EN GENERAL :
- le risque de division entre lutte économique et lutte politique
- le temps perdu au lieu d’aller à l’UL
- le syndicat seul capable de gérer la production dans une société socialiste
- le syndicat seul capable de préparer la grève générale

Suit une conclusion empreinte d’un paternalisme dédaigneux dont je reprends ici les extraits les plus savoureux :
"l’histoire a parlé" ; " combien de militants savent ce que c’est qu’un syndicat d’industrie, une fédération, une bourse du travail...?" ; " nous nous permettons de reproduire la Charte d’Amiens [...] que de nombreux militants n’ont jamais lu"

Autant dire que c’est un long débat qui est nécessaire pour répondre. Je ne prétendrais pas ici trancher un siècle d’histoire, mais seulement répondre rapidement point par point :
- sur le risque de division entre lutte économique et politique, c’est aussi ce qui a poussé de nombreux révolutionnaires à analyser le syndicat comme l’outil de défense irremplaçable de la classe ouvrière, comme structure d’union et d’organisation de classe. Est-ce à dire qu’il n’y a pas de débats sur la stratégie syndicale ? Appelez courant si vous le souhaitez ceux qui défendent une orientation particulière dans ce débat stratégique. Nous l’appelons parti. Ce n’est qu’un problème de vocabulaire.
- sur le temps militant qui n’est malheureusement extensible, un peu de sérieux. Après un constat de 20 ans de recul, voilà que le NPA serait responsable ? Ne voyez vous vraiment aucun militant politique dans vos UL et UD ? Nous n’habitons visiblement pas la même ville, ni le même département.
- sur la construction du socialisme, le débat est un peu plus sérieux. Si la charte d’Amiens fut un immense progrès, la reprendre sans aucun recul en 2008 est sur ce point problématique. La parti état en URSS (qui soit dit en passant ne gère pas directement l’économie dans les premières années, mais seulement au cours des années 20 et achève sa domination avec le plan quinquennal) a certes été avalé par la machine bureaucratique tsariste qu’il voulait détruire. Et en lieu et place de ce schéma, voilà que vous proposez le syndicat-état, comme si la COGESTION et les organismes paritaires n’avaient pas changé la nature de la sécu et autres à partir du moment ou le patronat participe aux organismes de gestion, comme si l’institutionnalisation des confédés ne pointait pas déjà le bout de son nez depuis bien longtemps, comme si le danger d’intégration à l’état n’existait que pour le parti, pas pour le syndicat. Vous soulevez un problème, mais la réponse donnée n’en est pas une.
- sur le rôle de chacun dans les grèves générales, apparait encore un désaccord entre nous. Pas sur 1919 (et encore, mais il faudrait alors rentrer dans beaucoup de détails)mais sur chacune des autres dates. En 1936, le contexte politique n’a t-il aucune importance ? Vraiment ? En 1944 non plus ? Et en 1968 (date à laquelle on peut d’ailleurs saluer les efforts tant du PC que de la CGT pour construire un mouvement et l’amener le plus loin possible...) ? Ou bien ces grèves construites par des militants syndicaux, des militants du mouvement ouvrier ont elles reçu un echo particulier dans de larges masses de la classe, y compris ceux qui d’ordinaire se tiennent éloignés tant des partis que des syndicats ? Le rôle d’un parti ne pourrait donc en aucun cas aider à utiliser ces moments particuliers ? En clair, les luttes politiques existent elles oui ou non (sans parler des elections, ce n’est pas le problème) ? Si oui, le syndicat est-il disposé, armé, organisé pour de telles luttes politiques ?

En guise de conclusion, je souhaite ajouter un sujet dont vous ne vous êtes pas préoccupé dans cette adresse. La question des comités de grèves, coordinations (86,88, 95,...), donc des structures de luttes extérieures aux syndicats (même si les syndiqués y participent) : quelle place leur reconnaissez vous ou ne leur reconnaissez vous pas ? Ne nous amènent-elles pas à réflechir, non sur le rôle idéal du syndicat ou du parti EN GENERAL, mais sur les formes diverses d’organisation que la classe adopte en fonction de ses nécessités, des ses luttes, des verrous institutionnels (y compris syndicaux) par lesquels on voudrait la soumettre ?

Croyez le ou non, je suis déçu que cette adresse, trop générale, ne convainque que peu de militants du futur npa à mon avis.

Car, bien que moi même ancien (toujours ?) LCR, en plus d’être syndiqué bien sûr, et d’avoir accompli un modeste travail syndical (modeste puisque je suis extérieur à la classe... vous me l’avez appris), je ne suis pas convaincu par le npa, et que je ne suis pas sûr d’y adhérer in fine en 2009.

Alors, portez un peu plus loin le débat, et les révolutionnaires n’auront qu’à y gagner.

salutations politiques et syndicales d’extrême gauche.

Kalim

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mercredi 3 septembre 2008 à 12h43 - par  CSR

Salut camarade,

Dans ton texte tu mets en avant les reniements des directions syndicales. Puis ensuite tu défends la nécessité de construire un parti politique. Je suppose que tes lecteurs sont sensés faire le lien entre les deux pour être favorable au ralliement au NPA ?

Malheureusement tu ne réponds pas à nos remarques. Qui doit diriger les entreprises et la société ? Le parti ou la classe ouvrière directement ?
Quelle est la priorité ? Construire un parti ou organiser la classe ouvrière pour qu’elle défende ses intérêts ?

A quoi servirait un NPA avec 10 % des voix si dans le meme temps, les ouvriers qui votent n’osent meme pas se syndiquer et lutter au quotidien ?

Les révolutionnaires doivent consacrer leur forces à ce travail de terrain d’organisation de la classe. Ne nous laissons pas accaparer par le cirque médiatique et politicien des élections bourgeoises.

Mon patron me l’a dit lors d’une réunion : au lieu de la grève qui lui fait perdre de ses profits, il préfère que les travailleurs votent.
La lutte des classes se mènent donc bien sur le terrain économique et le syndicat est notre meilleur outil de lutte.

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mardi 2 septembre 2008 à 14h55 - par  guillot

Bonjour,

Je suis d’accord avec votre remarque : pour militer dans l’entreprise, nous avons surtout besoin d’une section syndicale, et pour cela,je suis adhérent de la CGT et essaie de militer dans une section, lorsque celle-ci existe là où je bosse. Et lorsque celle-ci n’existe pas ou plus, j’essaie de la constuire ou de la développer et autant sur des bases lutte de classe puisque je milite au NPA. Dans les années 70, j’ai été pendant plusieurs années secrétaire départemental d’un syndicat CFDT (600 adhérent-e-s) en région parisienne. A l’époque les textes d’orientation de ma confédération faisaient référence au socialisme autogestionnaire,et ceci jusqu’au congrés de Brest (1979). Militant à la LCR, je concevais et je conçois toujours le travail syndical comme l’école du socialisme (école d’apprentissage de la démocratie ouvrière,du contrôle des travailleurs sur leur outil de production,etc... voir l’exemple des LIP à Besançon).
12 ans après mai 68 la CFDT abandonnait toute réfèrence au socialisme autogestionnaire au profit du recentrage c’est-à-dire un syndicalisme réformiste de collaboration de classe.

Cela dit, 6 ans après la charte d’Amiens, la CGT trahissait elle aussi ses principes en ralliant l’Union sacrée avec les partis pour entrer en guerre contre l’Allemagne de Guillaume II.

Je milite donc au NPA parce que ce parti aura vocation à intervenir sur tous les sujets et dans toutes la classes sociales. Rappelons nous l’affaire Dreyfus,un bourgeois.Devions nous, comme Jaurès , être solidaire d’une victime de l’antisémitisme, qui divisait la classe ouvière aussi où, comme d’autres socialistes de l’époque, rester indifférent car c’était avant tout un bourgeois ?

Lénine écrivait que la connaissance politique des travailleurs devait être apporté de l’extérieur de la sphère des rapports entre ouvriers et et patrons. car le seul domaine où l’on pourrait puiser ces connaissances est celui des rapports de toutes les classes et catégories sociales entre elles. Ainsi, pour lui, la lutte politique est une lutte spécifique,irréductible à la seule revendication sociale.

Pour cela, nous avons besoin d’un parti stratège pour faire converger les résistance contre une bourgeoisie et son Etat ,qui, lui est centralisé. Marx écrivait en 1845 que la transformation de soi-même coïncide avec la modification des circonstances.Il ne s’agira donc pas d’un parti contrôler, diriger ou formater des consciences, mais d’un NPA pour "modifier les circonstances". Et à moins de transformer vos sections syndicales en "syndicats rouges" substituts de parti, vous avez toute votre place dans le NPA

Salutations révolutionnaires

Albert Guillot

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