Compte-rendu conférence nationale des Unions Locales CGT

des 2 et 3 avril 2008
lundi 18 août 2008
par  CSR

Lors du 48ème congrès, a été adoptée la décision 22 du chapitre 3 du document d’orientation intitulée :
« Développer l’organisation syndicale confédérée ». Cette décision invitait les organisations de la CGT, des syndicats jusqu’à la confédération, à faire évoluer de manière consensuelle la confédération, le paragraphe « organisation territoriale de la CGT » dans la décision 25 concluait sur la nécessité d’organiser une Conférence Nationale sur les Unions Locales et non des unions locales, contrairement aux anciennes conférences, qui se voulaient des lieux d’échange et d’expérience entre militants interprofessionnels de terrain.

Nous ne reviendrons pas sur le report « à l’arrache », du 13-14 novembre au 3-4 avril, ni sur le contexte antérieur au 48ème congrès, notamment sur les velléités de certains de faire disparaître purement et simplement les UL.

Graziella Lovera, dès son discours d’introduction, mettait les pieds dans le plat et minimisait les faits « Nous savons que subsiste pour quelques uns la crainte que ne s’y décide leur suppression et pour d’autres la frustration de ne pouvoir y participer ». La camarade pouvait se rassurer, nous nous étions bien rendus compte que la défense des Unions Locales, dont nous avons étés partie prenante par la diffusion du projet confédéral « EVOLUTIONS DES MODES DE FONCTIONNEMENT ET DES STRUCTURES DE LA CGT » et par notre contribution « 48 congrès : recentrage ou syndicalisme de classe », avait fonctionné.

Début avril 2008, le combat avait déjà eu lieu et la bureaucratie confédérale avait dû céder…Néanmoins, la tactique confédérale fut assez fine : faire croire a posteriori aux délégués rassemblés qu’il n’y avait jamais eu de danger, puisqu’ils pouvaient le constater par eux-mêmes, Bernard Thibault lui-même allait saluer la pertinence de cet outil de proximité en clôture de la conférence…

Revenons aux bases, l’article 14 des statuts confédéraux indique :

« Les unions locales sont constituées par les syndicats et sections syndicales relevant d’une même zone géographique (localité, partie de localité, secteurs ou ensemble de secteurs, bassin d’emploi, etc.).
Le syndicat rayonnant sur le territoire de plusieurs unions locales participe à la vie syndicale et acquitte cotisation aux UL concernées pour le nombre de syndiqués relevant de chacune d’elles, le cas échéant par l’intermédiaire de ses sections syndicales.

L’Union locale impulse et coordonne l’activité de la CGT dans son secteur.
Elle est le lieu privilégié où les syndicats et sections syndicales des petites, moyennes et grandes entreprises des secteurs privé, public et nationalisé, peuvent définir et préciser leurs objectifs communs, épauler mutuellement leurs actions, donner toute leur efficacité aux luttes professionnelles et d’ensemble.

Elle développe les solidarités entre tous les salariés, de toutes générations, ayant ou non un emploi, un logement, des droits sociaux. Elle donne au déploiement de la CGT toute l’ampleur nécessaire sur son territoire. Elle contribue à la création et au développement d’organisations syndicales nouvelles parmi les salariés actifs, retraités et privés d’emploi. Elle permet l’accueil et l’organisation temporaire des syndiqués isolés.

En liaison avec les syndicats concernés, fédérations et unions départementales veillent en permanence à la construction et aux moyens de fonctionnement, humains et matériels des unions locales. »

Les Unions Locales sont questionnées : le décalage entre les statuts et les pratiques réelles, la volonté confédérale de développer les syndicats multipro, de site, les collectifs de zone, la structuration au sein des bassins d’emploi…tous ces éléments ont pesé dans les discussions.

La commission d’organisation de la Conférence sur les Unions Locales avait souhaité que les 300 participants ne soient pas seulement issus des unions locales, ce fut un premier échec, en effet, nombre de camarades mandatés par des syndicats étaient en fait issus d’unions locales…

Lors de l’inscription à cette conférence, il a été proposé à chaque candidat de s’inscrire pour un des quatre ateliers proposés : Revendications et convergences ; Solidarités et mises en commun ; Accueil des personnes et action collective ; Diriger plus collectivement…

Au final, chaque participant put s’exprimer durant une journée d’à peine cinq heures sur ces quatre thèmes…
Et si les échanges furent riches, ils furent aussi révélateurs de la méconnaissance de la réalité interprofessionnelle pour certains responsables syndicaux et fédéraux…

Premier constat sur lequel les militants du CSR présents ne se faisaient aucune illusion : Il existe une grande diversité des unions locales variant de quelques dizaines de syndiqués à onze mille (UL Lille), avec des moyens financiers ou en grande difficulté…Nous avons souligné la nécessité et la facilité de dresser un réel état des lieux des Unions Locales, or ceci n’a pas été fait depuis 2001, le seul document fourni aux conférenciers récapitulait les journées et les types de formation effectués dans les départements…

Deuxième constat sur les évolutions du salariat : l’isolement croissant des salariés au sein de collectifs de travail de plus en plus atomisés allant de pair avec des conditions de travail de plus en plus individualisées…et une dépendance accrue à l’égard des attentes des employeurs…Si nous partageons ce constat, et la nécessité d’une sécurité sociale renforcée, la direction confédérale persiste à plaquer ses désirs de Nouveau Statut du Travailleur Salarié et de Dialogue Social sur cette réalité…

Nos attentes étaient nombreuses et convergeaient avec celles de nombreux militants présents :

- Réaffirmer le rôle fondamental des Unions Locales dans l’activité interpro quotidienne, et dans l’émergence d’une conscience de classe moderne…
- Trouver des moyens d’action concrets permettant d’articuler avec les fédérations leurs campagnes de syndicalisation…

Dans les ateliers, les discussions se sont lancées rapidement, les tribunes ont eu du mal à faire respecter leur pré-découpage du débat.
Au final, nous avons eu quelques surprises notamment dans des réflexions, qui sont à la limite du syndicalisme jaune, mais aussi d’autres proches de nos analyses, notamment portant sur la culture ouvrière, l’entraide … Nous traiterons des deux premiers points proposés aux débats de manière non dissociée.

Revendications et convergences & solidarités et mise en commun

La structure et la nature de l’emploi, des entreprises évoluant rapidement, les Unions Locales ne connaissent pas forcément bien leur territoire. De nombreuses Unions Locales peinent à se redéployer pour être plus efficaces, que ce soit par manque de militants dans les unions locales rurales où il y a peu de syndicats voire des réels déserts syndicaux, ou simplement par manque d’investissement des syndiqués dans l’interpro. A une autre extrémité, des Unions Locales comme Lille n’ont pas su s’adapter depuis trente ans et doivent gérer 11000 syndiqués , tandis que des Unions Locales de la banlieue parisienne rayonnent sur un bassin d’emploi de 85 000 salariés.

Conséquence inéluctable, la difficulté de faire émerger des cahiers revendicatifs locaux avec des objectifs revendicatifs concrets a été soulignée même si des exemples (comme l’Eure ou le Comminges) ont été cités en contre-exemple. Ces cahiers peuvent porter sur les services publics : santé, logement, transport, éducation, finances,… ; mais aussi l’environnement.

La participation à des collectifs plus « larges » a été soulignée… Au final, les participants reconnaissaient une difficulté à se saisir du revendicatif, en dehors des campagnes confédérales ou des temps forts de mobilisation (retraites, salaires, éducation) et un abandon des traditionnelles méthodes (tractage, collage…).

Si nombre de camarades s’accordent sur une participation insuffisante des syndicats dans les Unions Locales : . « L’Union Locale, tourne souvent au volontariat, c’est le travail après le travail » , tous reconnaissent que les Unions Locales ne doivent pas reposer sur quelques militants venant à titre individuel mais bien s’appuyer sur l’ensemble des syndicats et SSE du secteur. Diverses pistes ont été exposées comme la participation des syndicats aux permanences, la nécessité d’établir par industrie présente sur le secteur un plan de travail collectif en accord avec les syndicats de l’industrie concernée et les représentants fédéraux si besoin est, quitte à devoir « travailler les dimensions professionnelles de certains territoires ou de certaines parties du salariat qui ne sont pas dotés de véritables organisations »

Il faut de plus rappeler que la réunion des délégués syndicaux des boîtes, voire des équipes au sein de l’UL pour une industrie donnée est une nécessité. Certains ont évoqué le parrainage d’entreprise par les syndicats eux-mêmes, pouvant conduire à la création d’un syndicat de site (ou comme nous le préférons : syndicat local d’industrie)…Des camarades ont rappelé la nature du militantisme CGT, qui n’est pas (encore ?) un syndicalisme d’élus et d’accompagnement.

Le recul des droits syndicaux, le recul de la culture ouvrière dans nos syndicats renforcent l’importance de la formation syndicale. Celle-ci ne peut être négligée : plusieurs interventions allaient dans ce sens, en soulignant l’intérêt de formation d’accueil sur deux jours, sur des formations courtes des nouveaux élus et ce même avec la formation du niveau 1. Le manque crucial de formateurs, surtout dans les petites Unions Locales, met en danger ces stages interprofessionnels, même si l’on constate dans d’autres Union Locales l’existence de véritables collectifs autour de la formation syndicale.

La problématique des syndiqués isolés reste d’actualité, quelques expériences de syndicats multiprofessionnels (regroupant des isolés de plusieurs fédérations) rencontrent des difficultés de fonctionnement. Et lorsqu’elles réussissent elles sont de fait des syndicats locaux d’industrie et non pas des multipro.

Nous partageons donc l’objectif du zéro isolé et le moyen en est tout trouvé : le syndicat d’industrie !!!

Les questions autour du dialogue social territorial et du NSTS, posées en introduction par les intervenants, ne sont quasiment pas venues dans les débats (ex des Missions Locales). Pourtant, on les retrouvera dans les conclusions.

Accueil des personnes et action collective

L’appréhension que nous avions au CSR d’une dérive juridique de la CGT a été démentie lors des débats ; la question portant sur la distinction entre accueil juridique et accueil syndical a rapidement été tranchée mais reflète t-elle réellement les pratiques des camarades ou leurs aspirations ? Peu de militants, et surtout des « corpos », ont limité l’action de l’UL à l’existence d’un soutien juridique, où l’on se contenterait de gérer l’urgence sociale (même si des copains nous font partager des expériences de cumul de misère sociale, où le militant CGT joue le rôle d’assistante sociale, d’éducateur…). Un intervenant s’est même cru permis de placer une pique déplorable : « Le premier lieu d’accueil pour les salariés c’est quand même le syndicat d’entreprise. »

La nécessité d’une charte globale de l’accueil syndical et juridique est partagée…De plus, les liens entre les collectifs juridiques DLAJ (les appellations varient) des UD/UL et l’ensemble des conseilleurs (élus prud’homaux ou désignés CS) ont été évoqués. Le rattachement réel de ces représentants CGT aux organisations territoriales de proximité semblait évident à l’ensemble des participants.

Au final, dans les ateliers, il y avait un accord massif sur le fait que l’accueil devait être vraiment syndical et qu’il s’agissait d’un moment privilégié pour proposer l’activité CGT, que les militants des Unions Locales ne devaient pas être des spécialistes du droit mais assurer l’articulation entre les logiques « corpos » des DS et les dérives possibles « juridiques » des CPH et des CS. La contribution du CSR semble avoir influencé beaucoup de délégués présents.
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