Redonnons à la CGT des repères stables…

…Ceux de la Charte d’Amiens !
jeudi 21 septembre 2006
par  CSR

Suite à la décision du Comité Confédéral National (CCN) des 2 et 3 février 2005 d’engager la Confédération dans l’appel à voter « Non » à la constitution européenne, la direction confédérale a commis un faux pas en critiquant le positionnement confédéral.

Fédéralisme et démocratie syndicale

Personne dans la CGT n’a le droit de mettre en cause une décision prise collectivement sur la base de nos statuts. Chaque responsable doit agir en n’oubliant jamais qu’il est mandaté par les syndicats de base de la Confédération. S’il veut défendre son opinion personnelle, il doit le faire dans son propre syndicat. Mais si la direction confédérale s’est permis cette intervention, c’est qu’il y a malheureusement depuis plusieurs années une remise en cause du fonctionnement fédéraliste de la CGT.

Il est bon de rappeler que la CGT n’est pas un parti politique composée de « citoyens » et d’individus. C’est au contraire une organisation de classe qui regroupe les travailleurs sur la base de la souveraineté des syndicats. La direction confédérale n’est donc absolument pas légitime à utiliser des méthodes relevant du « centralisme démocratique ». Ceci est en rupture avec la tradition du syndicalisme de classe en France. Rappelons que l’ Article 21 de nos statuts précise que « Les relations entre organisations de la CGT sont fondées sur les principes de la démocratie syndicale et du fédéralisme ».
Cette critique du « sommet » a été d’autant plus mal vécue par les syndiqués que la décision prise lors du CCN de février 2005 donne la satisfaction de voir les nombreux débats menés dans les syndicats être réellement pris en compte par les secrétaires généraux des Fédérations et des Unions Départementales qui composent le CCN.

L’indépendance syndicale de la Confédération

Si nous défendons la perspective d’un "syndicalisme rassemblé", à l’échelle nationale et internationale, celui ci doit se réaliser sur la base des orientations historiques de la CGT, c’est à dire l’indépendance de classe du mouvement syndical. Il n’est donc pas question de nous aligner sur le "syndicalisme" institutionnel et jaune de la CFDT. Le syndicalisme rassemblé n’a d’intérêt que s’il a pour objectif de construire un rapport de force qui permette de faire avancer les revendications des travailleurs La direction de la CGT semble s’orienter vers une logique de lobbying au sommet, au niveau des institutions bourgeoises, ce qui peut expliquer sa position timorée sur la Constitution européenne. Cette logique semble également déboucher sur une restructuration la CGT en fonction des nouveaux échelons institutionnels et capitalistes : les « pays », les régions et l’Europe.

Mais cette approche n’est pas la bonne car elle ne prend pas en compte la réalité du salariat et ce qui a toujours fait la force du syndicalisme de lutte : l’activité interprofessionnelle.
Car depuis le 46ème congrès, la CGT se pose la question de son organisation interne. Il est apparu que la question interprofessionnelle était fondamentale si nous voulons nous implanter dans le salariat tel qu’il existe désormais : précarité, sous-traitance, externalisation, contrats aidés, stages et contrats en alternance,…
Or, là aussi, les propositions qui apparaissent s’éloignent de la tradition de la CGT. Si nous voulons re-syndiquer massivement, il faut alors reprendre les méthodes qui ont fait leurs preuves :

Les salariés sont aujourd’hui divisés dans de multiples entreprises (PME, sous-traitants…) et sous de multiples statuts dans le même lieu de travail (CDI , CDD, intérim, apprentis, chômeurs…) comme au début du XXème siècle. La CGT s’est crée en 1895 mais elle a connu son véritable développement qu’à partir de 1902 lorsque les Bourses du Travail (ancêtres des Unions Locales) ont adhéré à la Confédération.
Les Bourses du travail étaient des lieux d’entraide et de vie (placement des chômeurs, bibliothèques, écoles, mutuelles, cantines, cinéma…) entre les syndiqués d’un territoire. Elles mettaient en commun la force de tous les syndicats locaux, combattaient le corporatisme et apportaient leur soutien aux luttes et aux grèves locales.

Nous proposons donc que les militants CGT renforcent les Unions Locales existantes ou en créent de nouvelles, qu’une part importante des cotisations soit reversés obligatoirement à l’Union Locale et que les Unions Locales aient le droit de vote au congrès de la CGT comme elles l’avaient à la création de la CGT.

La mobilisation des travailleurs, seuls les syndicats locaux, organisés dans leur UL et dans leur Fédération d’industrie, sont capables de la mener. Et c’est une fois que cette dynamique interprofessionnelle sera lancée que nous pourrons réellement peser face au patronat, à l’Etat et à l’Union Européenne.

Si aujourd’hui notre courant syndical prend la parole dans la CGT ce n’est pas seulement parce que nous avons une légitimité à le faire. Les luttes impulsées par les syndicaliste-révolutionnaires ont permis la création de la Fédération des Bourses du Travail puis de celle de la CGT. Mais, tout comme nos camarades en 1906, nous n’avons pas de logique d’hégémonie sur les autres courants syndicaux qui existent dans notre confédération. Nous estimons cependant que la CGT doit retrouver ses repères, ceux d’un syndicalisme de classe, démocratique et indépendant, tels qu’ils furent votés au congrès d’Amiens.
Notre Confédération se réfère toujours à ce congrès qui fut déterminant pour l’avenir du syndicalisme, en France et dans les autres pays. Nous pensons que nous devons nous réapproprier le contenu de ce texte fondateur pour le faire revivre autour d’activités concrètes.

Ces activités doivent s’inscrire dans une démarche d’indépendance, basée sur les intérêts de classe des travailleurs. C’est ce qui a permis l’unification du syndicalisme de lutte en 1906 et le permettra à nouveau (« syndicalisme rassemblé ») si nous refusons de subir les influences extérieures et l’institutionnalisation. Face à ceux qui disent que « la Cgt n’est pas directement porteuse d’un projet de société et que cela nous impose, sans doute, des limites dont il nous faut rediscuter ensemble », nous estimons au contraire que l’indépendance de notre confédération ne peut être réelle que si nous élaborons, nous mêmes, notre stratégie syndicale ayant pour objectif l’abolition de l’exploitation capitaliste.

L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes !

La Charte d’Amiens

" La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.

Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.

Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique : dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc.
Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme ; il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale. Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat.

Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors. En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale ".

IXe Congrès de la CGT - Amiens, adoptée le 13 octobre 1906 par 830 voix, 8 contre et 1 blanc.