Fossoyeurs de l’Education Populaire : patrons exploiteurs de l’Animation !

lundi 19 mai 2008
par  James Connolly

Nous nous sentions seuls dans notre vision des associations de l’éducation populaire, qui de "complémentaires" du service d’éducation devenaient de plus en plus des "associations supplétives".

Voici un texte issu de l’USPAOC CGT. Chapeau bas aux camarades...

Camarades,

Dans le cadre des travaux que mènent la confédération sur la reconnaissance des employeurs de l’économie sociale, notre Union Syndicale (USPAOC-CGT - Union Des Syndicats Des Personnels de l’Animation et des Organisations Sociales Sportives et Culturelles qui recouvre trois conventions : Animation, centres sociaux et socioculturels et crèches collectives, Sport), tient à attirer votre attention sur plusieurs points.

En effet notre pratique des employeurs associatifs, de l’éducation populaire notamment, depuis plus de 30 ans, les situations vécues par les salariés ainsi que l’expérience de nos syndicats et de nos syndiqués nous conduisent à émettre des réticences, voire des réserves sur le projet de rapprochement de tous les employeurs de l’économie sociale.

Nous avons d’ailleurs fait éditer un ouvrage, « le livre noir de l’animation socioculturelle » qui décrit un certain nombre de situations de non respect de droits élémentaires (code du travail et convention collectives) et de pratique du dialogue social qui ne renierait en rien le MEDEF.
Nous pouvons rajouter à cela que la politique du CNEA et du COSMOS dans les commissions paritaires est très éloigné des discours affichés d’émancipation de la personne et encore plus de ce que la CGT défend.
Sur le fond d’abord. Depuis plusieurs années, nos employeurs attaquent tous les droits acquis dans les conventions et dans les entreprises :

1. Dans les conventions :

a) A été introduit la notion de déroulement de carrière qui permet aux employeurs de disposer d’un outil de rémunération individuelle différencié, ce qui a remplacé partiellement la progression de la rémunération à l’ancienneté.

b) A été supprimé le paiement des trois jours de carences non pris en charge par la sécurité sociale.

c) Est régulièrement mis en cause les articles sur le dialogue social (en attaquant les seuils par exemple) qui sont pourtant loin d’être suffisant vu la taille de la plupart de nos entreprises.

d) Quand les salaires d’entrée de grille sont rattrapés par le SMIC, nos employeurs ne trouvent comme solution de supprimer le groupe pour placer les personnels concernés dans le groupe supérieur ou de compléter le salaire par des primes différentielles au lieu de rehausser la valeur du point ou de glisser vers le haut l’ensemble de la grille. Cela a pour effet de « tasser » les grilles de classification, de ne plus reconnaitre les qualifications.

e) Les employeurs intègrent, ce qui n’était pas le cas auparavant, les éventuels avantages en nature dans la rémunération, ce qui a pour conséquence de diminuer le montant numéraire de la rémunération.

2. Dans les entreprises, les employeurs attaquent également les acquis soit par application stricte des textes conventionnels soit par dénonciation :

a) Remise en cause du 13ème mois.

b) Rallongement de la durée du travail.

c) Négociations annuelles Obligatoires mise en place à reculons, quand elles sont mises en place !

Rajoutons à cela la création récente, de leur initiative, la création du Contrat de Volontariat dit Associatif qui soustrait les dits volontaires, qui produisent du travail et donc de la richesse, d’un certain nombre de garanties prévues dans le code du travail et/ou les conventions. Rajoutons également la déclinaison qu’est le Contrat d’Engagement Educatif qui soustrait également tous les animateurs et directeurs de séjours de vacances et de Loisirs de la plupart des garanties conventionnelles ou légales et qui suppléé des annexes 2 et 4 respectivement des conventions collectives de l’Animation et des Centres Sociaux.

Ces derniers contrats détruisent ne détruisent pas le lien de subordination mais seulement les droits collectifs que, grâce à la CGT notamment, les salariés par leurs luttes ont mis tant de décennies à construire.

Il est à noter que ces contrats continuent de perméabiliser la frontière entre salarié et militant (bénévole), les employeurs renforçant ainsi les notions de « salarié-militant », de « contrat invisible » etc. qui ne recouvrent rien d’autre que : travail non rémunéré, heures supplémentaires non payées…

Enfin, nous souhaitons attirer votre attention sur la pratique du (non)dialogue social qui est de rigueur dans nos entreprises et sur comment celles-ci dérogent bien souvent aux droits les plus élémentaires. En effet, de plus en plus les salariés qui demandent des élections ou des informations sur leurs droits se voient stigmatisés, privés de mission, voire licenciés. Il est courant que les associations abusent des contrats précaires en dehors des cadres définis par la loi (ici une accumulation de CDD -CES, CEC, Emploi-jeune…-, là une utilisation illégale de CDD, ici encore l’utilisation de CDD sur des postes pourtant pérennes, qui sont parfois le coeur du métier etc.).

Notons également que nombre de structures ne paient pas les heures supplémentaires mais ne se donnent pas les moyens de laisser leurs salariés récupérer. Notons également l’investissement hors temps de travail qui est demandé (participation au Conseil d’Administration, manifestations les week-ends, réunions en soirée en plus du temps journalier de travail, etc..

En outre, nous ne comptons plus les attaques en règle faites à l’encontre de ceux ou celles, qui malgré tout, essaient de faire vivre un syndicalisme de lutte. Combien de licenciements d’élus ou mandatés refusés par l’inspection du travail ? Combien de carrières bloquées ? De salariés en maladie ? D’élus ou DS qui démissionnent sous la pression de leurs employeurs ? Bref, il vaut mieux subir que résister.

Le tout est parfois saupoudré de pratiques sociales douteuses en termes de contenu de négociation, de copinage, de discrimination syndicale (y compris entre organisations syndicales dont certaines bénéficient visiblement de plus de largesse et d’écoute que la CGT).

C’est à partir de ce cocktail qui éloigne nos employeurs à la fois des combats de la CGT et de l’idée même d’éducation populaire que nous formulons nos réticences. Si l’ « économie sociale » a flirté dans le passé avec l’idée de progrès humain et social, notre vécu quotidien, fort de décennies d’expérience, nous affirme le contraire.

Souhaitant que vous entendiez notre message, nous vous prions de croire, camarades, en l’expression de nos salutations syndicales.

L’USPAOC-CGT


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