Editorial 33

jeudi 27 mars 2008
par  CSR

La mobilisation d’octobre et de novembre a été une nouvelle occasion manquée de lancer un mouvement interprofessionnel, capable de bloquer le cycle historique d’offensive patronale. Cette occasion a été gâchée. Rien d’étonnant à cela puisque aucun enseignement ne semble avoir été tiré des défaites précédentes. Les syndicalistes de classe ne semblent sortir de ce conflit qu’avec une seule révélation « les bureaucraties ont trahi ! ». Cela est un peu court.

La véritable question serait plutôt d’expliquer pourquoi les militants qui se réfèrent au syndicalisme de classe ou à la lutte anti-capitaliste ne veulent tirer aucun enseignement. En rejetant les responsabilités collectives sur quelques dirigeants nationaux, les militants et les « cadres intermédiaires » trouvent des boucs émissaires bien confortables pour justifier leur propre frilosité.
Car qui serait encore assez naïf pour croire que la « direction nationale de la CGT » est en capacité, seule, de bloquer la mobilisation interprofessionnelle. Si elle peut le faire c’est qu’elle a des relais nombreux ou alors que beaucoup de militants n’ont pas vraiment envie de faire respecter les statuts fédéralistes de la CGT.

Il n’est pas question pour nous de défendre la position de la direction confédérale. La stratégie mise en place à partir d’octobre était en rupture avec le syndicalisme de classe. Cela n’a rien de nouveau mais, depuis 2003, cette direction s’appuie sur le corporatisme qui gangrène le mouvement syndical afin de légitimer une nouvelle stratégie. Cette dernière s’appuie sur une succession de luttes, secteurs par secteurs. La bureaucratie confédérale veut éviter tout affrontement frontal avec la bourgeoisie et freine donc quasi systématiquement toute démarche interprofessionnelle offensive. Cette stratégie est nouvelle même si elle est le produit du compromis républicain établi à partir de 1934 par la direction CGT. Mais il faut cependant comprendre l’importance du virage pris depuis quelques années et analyser ses effets sur l’appareil confédéral. Si la majorité du bureau confédéral avance clairement vers l’institutionnalisation totale de la confédération, une partie de cet appareil semble se refuser à assumer cette dérive en rupture totale avec le syndicalisme de classe. Cela fragilise l’équipe de direction acquise à la collaboration de classe et explique d’autant moins l’absence de perspective avancée par les syndicalistes de classe. Le débordement de la bureaucratie n’est pas un objectif inatteignable si une vraie dynamique interprofessionnelle était réellement lancée à partir de la base.

Se battre pour la démocratie ouvrière

Comment expliquer que le 18 octobre une majorité des UD CGT appellent à des « mobilisations public-privé », se démarquant ainsi du bureau confédéral et qu’au CCN, moins d’une semaine plus tard, ce dernier avalise la mobilisation et la négociation boite par boite ? Il est évident que les délégués au CCN (3/4 étant les secrétaires généraux des UD) ont subi la pression de la direction. Mais pourquoi n’ont ils pas subi la pression des syndicats favorables à la démarche interpro ? Pourquoi ces syndicats ont ils accepté que leur mandat ne soit pas respecté. Mais surtout comment se fait il qu’il ait fallu attendre le 13 novembre au soir pour que les militants CGT découvrent, à travers la prise de parole de Thibault, la stratégie confédérale décidé 3 semaines plus tôt ? Cela questionne sur le fonctionnement de la centrale syndicale et la circulation de l’information en interne. Mais cela met aussi l’accent sur le repli corporatiste et localiste des militants, sur la perte de culture du mandat et du fédéralisme.

Intensifier la formation

Cela nous laisse à penser que la priorité du moment n’est pas forcément à démultiplier les luttes sectorielles mais davantage à remettre à l’ordre du jour la formation « politique » des militants afin de construire du lien entre chaque mobilisation. La même urgence de formation se fait cruellement sentir chez les jeunes militants. La mobilisation dans les universités et lycées, animée dès le début par des syndicats anti-capitalistes (c’est une nouveauté), aurait du logiquement déboucher sur une victoire. Or on a pu voire des manifestations rachitiques, des débats dans les AG étudiantes d’une grande faiblesse politique malgré les acquis des luttes des 3 dernières années, des modes d’action de substitution où les blocages animés par une « avant garde » freinaient la participation de masse et les prises de parole en amphis,… Il semblerait que la réapparition d’une mouvance d’ultra-gauche influente soit le contre coup d’une perte d’expérience syndicaliste au sein même des syndicats étudiants anti-capitalistes.

Une nouvelle fois, la mobilisation de la jeunesse n’a pas réussi à s’articuler avec les grèves dans le salariat. Plus largement les équipes militantes syndicales n’ont pas réussi à s’appuyer sur les manifestations massives des 18 octobre et 20 novembre pour construire une dynamique interpro prolongée.
Il semblerait que les militants n’arrivent plus à articuler leurs revendications d’entreprise dans le cadre de plates-formes de classe. Cette carence a facilité l’isolement de la lutte des salariés des régimes spéciaux et les manœuvres des appareils corporatistes. Les fédérations cheminots, des transports et d’EDF-GDF ont alors pu lâcher les fonctionnaires et les salariés du privé (mobilisés le 18) sans que cela ne provoque de grands remous internes. Le débat s’est alors focalisé sur la reconduction de la grève dans les transports comme si la question était encore à savoir si un corporation pouvait bloquer à elle seule la casse généralisée des acquis sociaux.

Avant même la reprise du travail les polémiques se sont alors focalisés sur une guerre d’appareils. La question du Front unique demeure plus que jamais exclue des réflexions. Le positionnement de certains syndicats et sections CGT, en contradiction avec leur fédération nationale, a démontré que le fédéralisme ouvre de réelles perspectives dans la CGT. Le vrai débat dont chaque militant anti-capitaliste devrait s’emparer est de savoir si l’on pèse plus sur la mobilisation en étant dans ou en dehors de la CGT. L’action de SUD-Rail, pourtant seconde organisation syndicale à la SNCF, a démontré que mettre la pression sur la fédération CGT n’aboutissait pas s’il n’y a avait pas de perspective interprofessionnelle. Au final la reconduction de la grève prenait le risque de s’enfermer dans une impasse catégorielle comme les travailleurs de l’éducation l’avaient déjà fait en 2003. Au final le syndicalisme de classe se divise et s’affronte au lieu de tirer un bilan. La CGT, tout comme Solidaires, n’a pas su préparer et populariser la grève des salariés des régimes spéciaux. Pour cela il aurait fallu des UL actives et animées par des dizaines de militants. Les grèves auraient alors pu s’étendre en s’appuyant sur les professions les plus mobilisées.
En polémiquant sur des sigles les militants se débarrassent au passage de la réflexion à mener sur la stratégie interprofessionnelle. Quand elle est isolée, qu’elle soit reconductible ou non, une grève a peu de chances d’aboutir. Le débat sur la reconduction devient alors un élément purement tactique qui ne jouera absolument pas sur la réflexion stratégique. Or ce débat stratégique aurait du être mené par les syndicalistes de classe dès l’annonce de la réforme des régimes spéciaux.
Alors que la question de l’interpro aurait du être au cœur du débat stratégique, l’activité des UL ne semble concerner ni les « oppositionnels » de la CGT, ni les militants des syndicats « alternatifs » (SUD, CNT).

L’heure est donc à la formation syndicale. Il s’agit pour les équipes syndicales de se réapproprier leur expérience passée en se débarrassant au passage de toutes les influences subies de l’extérieur par le mouvement ouvrier. Dans les UL, auprès des jeunes travailleurs, dans les nouvelles équipes syndicales, il faut reprendre la tradition de la formation collective et arrêter de croire que l’on se forme dans les luttes ou sur internet. L‘expérience ne peut se transmettre que dans un cadre collectif et interprofessionnel.

Dans la gauche léniniste il est de bon ton de reporter les raisons de l’échec sur l’absence de « débouchés politiques ». L’absence de perspectives est une réalité mais certainement pas parce qu’il manquerait au mouvement syndical un partenaire institutionnel capable de relayer ses revendications dans la sphère politicienne. Ce schéma sociale-démocrate, malgré son échec historique, survit dans l’imaginaire collectif car c’est une vision simpliste et surtout confortable. Mais le mouvement syndical doit rompre avec cette logique de délégation qui a déjà fait tant de dégâts. Il faut retrouver les repères syndicaliste-révolutionnaires de la CGT et réaffirmer que la lutte des classes ne s’arrête pas aux murs de l’entreprise. Ce sont tous les domaines de la vie sociale qui sont caractérisés par l’exploitation et la domination de classe. Le syndicalisme doit donc affronter globalement la bourgeoisie sur tous les fronts. Car dans une guerre, abandonner un front c’est s’engager dans une défaite certaine.

Ces dernières semaines de nombreux jeunes militants ont contacté le CSR car demandeurs de formations. Il semblerait que la décomposition du mouvement syndical ait atteint un tel seuil que certains secteurs prennent conscience de l’urgence d’acquérir une vraie formation. En plus des formations que nos militants dispensent dans les structures syndicales, le CSR se met à la disposition des syndicats et des militants qui désirent bénéficier de stages de formation sur les sujets de leur choix. Rien ne sert de débattre à l’infini de stratégie. Les expériences et les bilans existent déjà car le mouvement ouvrier dispose déjà d’une histoire riche. Il suffit de se réapproprier les expériences passées et redécouvrir ce que les anciens avaient déjà défini avant dans sombrer dans les replis d’appareil. Réapproprions nous notre culture de classe, notre stratégie révolutionnaire.


Le 15 mars 2008


Commentaires  forum ferme

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jeudi 3 avril 2008 à 08h16 - par  Larkin

En tout cas, ce n’est pas durant la Conférence Nationale sur les Unions Locales que le rôle anticapitaliste du syndicalisme va être réaffirmé.

Certains crachent sur le "syndicalisme de classe et de masse", d’autres souhaitent des collectifs d’animation à la tête des Unions Locales, vision spontanéiste par excellence.

Enfin, ce matin, on verra bien le niveau du Compte Rendu.

A+ camarades, la lutte continue.