Syndicalisation des travailleurs étrangers en France

Proposition à la Conférence de la CGT de 1913
dimanche 24 février 2008
par  CSR

MERRHEIM. —Nous nous sommes préoccupés des conséquences que va avoir la loi de trois ans pour la main-d’oeuvre. Le patronat aura recours à la main-d’œuvre étrangère. Il faut donc, à notre avis, que la C. G. T. prenne position, car actuellement les ouvriers n’ont en France aucune sécurité ; ils sont soumis à un régime arbitraire qui les empêche de s’organiser. ils sont indignement trompés et exploités par les agences de recrutement qui ont été créées à l’étranger. où elles ont atteint un développement tel que des conflits se sont élevés entre patrons français et allemands à ce sujet. Nous ne sommes pas contre les ouvriers étrangers. nous demandons, au contraire. qu’ils aient les mêmes libertés que les Français. Tant qu’ils seront soumis à une régie spéciale. nous ne pourrons pas les organiser. Pourquoi n’allons-nous pas en Meurthe-et-Moselle, où il y a pourtant un nombre considérable d’étrangers ? C’est parce qu’il est impossible de toucher ces camarades, qui sont toujours sous la crainte d’un arrêté d’expulsion s’ils tentent le moindre geste d’émancipation.
Il faut donc que cet état de choses change et une vigoureuse campagne peut être entreprise dans ce sens. Telle est la signification de la motion que je présente au nom des Métaux :

La Fédération des Métaux propose à la Conférence :

De donner mandat au Bureau confédéral de poser à la Conférence internationale des Centres syndicaux la question de la main-d’oeuvre étrangère dans les différentes nations.
La Fédération des Métaux estime que. pour répondre au véritable but du syndicalisme, les ouvriers étrangers doivent être syndiqués dans tes localités d agglomérés dans tes organisations des nations mêmes où ils tramaient.
En ce qui concerne la France, vu le recrutement de la main-d’œuvre étrangère, déjà si considérable et qui est appelée u s’intensifier encore par In prolongation du service militaire ;
La Conférence nationale des Bourses du Travail, Unions de Syndicats et Fédérations nationales se fait un devoir d’informer les travailleurs du monde entier des conditions d’infériorité morales et matérielles qui leur sont réservées en France ;
Qu’il n’y u. pour car, en France, aucune garantie au point de vue liberté. aucun droit de revendications :
L’expulsion par ordre administratif, arbitrairement décidée et exécutée par les préfets des départements. est la seule réponse qui est faite à leur réclamation contre la violation des promesses qui leur sont faites par les em- ployeurs pour les attirer en France ;
Qu’au point de vue accidents du travail, malgré les accords de réciprocité existant entre différentes nations, la loi est constamment violée, dans son esprit comme dons sa lettre. et donne lieu à de monstrueux abus, dont sont victimes les malheureux ouvriers étrangers, estropiés et sans défense ;
La Conférence, d’accord avec le Syndicat des Métaux, considère que, dans l’intérêt de nos camarades étrangers comme du mouvement syndical international, il lui appartient de prévenir tous les salariés étrangers susceptibles de puiser une décevante confiance dans une réputation de libéralité républicaine d’un régime trompeur, qui ne respecte à leur égard aucun des principes qui ornent son fronton.
C’est pourquoi la Fédération des Métaux, qui, en ce qui concerne les métallurgistes, fera le nécessaire dans son organisation internationale. demande à la Conférence nationale de souscrire aux moyens de faire connaître un tel état de choses en publiant dans tous les journaux corporatifs et dans tous les journaux étrangers susceptibles de les insérer, des notes contenant l’essence de cet ordre du jour. jusqu’à modification des procédés d’exploitation.
La Conférence donne mandat au Bureau confédéral de déposer celle proposition à la prochaine Conférence internationale des Centres syndicaux.

MERRHEIM. — Je demande que cette motion soit déposée et soutenue à la conférence des centres syndicaux par les délégués de la C. G. T.

Conférence de la CGT de 1913