Lettre ouverte à nos camarades syndicalistes issus du Mouvement Communiste

mercredi 2 mai 2007
par  CSR

En cette période agitée, nous nous adressons à vous. Le syndicalisme de classe est profondément déstabilisé et désorienté. Depuis une vingtaine d’années, toutes les composantes qui se revendiquent encore du Communisme ont été contraintes d’engager une profonde remise en cause. Notre recul, face à l’avancée de la bourgeoisie, nous oblige à réfléchir aux causes des défaites passées… mais aussi à comprendre comment, à certaines périodes, nous avons remporté de grandes victoires. Mais cette période, marquée par des défaites successives, ne favorise pas un bilan politique. Au contraire, nous avons plutôt tendance à perdre nos repères et à subir l’influence néfaste du système capitaliste qui apparaît triomphant.
Pourtant il est indispensable de tirer, ensemble, un bilan des expériences passée et entre autre de revenir aux principes qui ont permis en 1919-1924 de créer un Mouvement Communiste en France (CSR-CGTU-PCF). Ces repères stratégiques sont des éléments déterminants afin de retrouver une orientation et des pratiques militantes inscrites dans une perspective communiste.

Le Syndicalisme-Révolutionnaire et le Communisme

En 1919, l’Internationale Communiste s’est construite avec comme objectif la coordination mondiale des militants révolutionnaires dans leur lutte contre le capitalisme. Ce processus d’unification a obligé le mouvement ouvrier à engager une profonde réflexion stratégique. Pressées par l’urgence de la lutte politique, ces discussions se sont souvent faites dans la précipitation et donc dans la tension. Dès ses débuts, le « Communisme » a ainsi été secoué de divergences et parfois même de scissions concernant la question syndicale. L’Internationale Communiste, et les Partis Communistes adhérents, n’ont pas moins réussi à regrouper la très grande majorité des militants révolutionnaires. Aux côtés de l’IC, l’Internationale Syndicale Rouge a rassemblé toutes les confédérations et tendances syndicaliste-révolutionnaires. Dès le début, le syndicalisme-révolutionnaire a donc été intégré à cette dynamique de construction. Cette unification des révolutionnaires s’est faite sur la base de la critique du réformisme. Contrairement aux PS qui s’accrochaient aux institutions pour exister politiquement, les révolutionnaires se sont unifiés en affirmant que le Communisme ne pourrait être atteint que par la destruction de l’Etat bourgeois. Les Partis Communistes et les sections de l’ISR se sont constitués sur la base de ce principe.
Ainsi, la CGTU française a été créée par le regroupement de la majorité des syndicats CGT, tous ces syndicats étant animés par les militants des Comités Syndicaliste-Révolutionnaires (CSR). De même, le Parti Communiste n’a pu se construire dans la classe ouvrière qu’en gagnant à lui les militants du CSR. Si le PC français a bel et bien été créé au congrès de Tours, par le basculement de la majorité de la SFIO dans le camp de l’Internationale Communiste, les militants « socialistes » de ce parti étaient principalement implantés dans les classes moyennes. Ces militants avaient été très passifs lors des luttes menées contre la guerre inter-impérialistes de 1914-1918. Ces mêmes militants, le plus souvent intégrées dans les réseaux de notables de la IIIème République, quitteront le PC aussi vite qu’ils y avaient adhéré, et ce massivement dès 1922-23. Il n’est donc pas étonnant que les bolcheviques russes aient travaillé en priorité, dès 1915 à Zimmervald, avec les syndicaliste-révolutionnaires français. Car ce sont ces SR qui ont animé la résistance ouvrière face à la guerre inter-impérialiste de 1914-18. Tous comme leurs camarades italiens, espagnols, anglais ou nord-américains, les SR français seront présents lors du premier congrès de l’Internationale Communiste. Par la suite, les communistes russes multiplieront les efforts afin de gagner les syndicaliste-révolutionnaires, dans lesquels ils voyaient souvent les véritables embryons des futurs Partis Communistes.

Ce sont donc les militants du CSR qui fourniront les militants les plus motivés pour la construction d’une organisation révolutionnaire en France. Monmousseau, Frachon, Monatte, Rosmer, Tillon, Semard, Tommasi, Racamond, Crémet, Croizat, Rabate, Vassart, Dunois et bien d’autres, tous issus du CSR, constitueront la base militante qui permettra au PCF de s’implanter dans la classe ouvrière. La revue historique des syndicaliste-révolutionnaires, la « Vie Ouvrière », devient donc tout naturellement celle de la CGTU puis en 1936 celle des « syndicaliste-communistes » dans la CGT. Ce sont également ces mêmes syndicaliste-révolutionnaires qui permettront au PC français de survivre lors des périodes critiques de son histoire, au moment où les élus du parti choisissent de le quitter en masse afin de garder leurs mandats. Le processus sera identique dans la plupart des pays où les PC ont réussi à gagner une base solide dans le prolétariat (Italie, Angleterre, Chine, Amérique latine,…). Au contraire, là où les syndicaliste-révolutionnaires sont faibles ou critiques par rapport à l’IC, les PC auront beaucoup de mal à exister véritablement. On peut même s’interroger sur la survie de l’IC si l’ISR n’avait pas réussi à lui donner cette base sociale. Mais c’est surtout l’expérience militante des SR qui va offrir un vrai acquis politique. Cette puissance militante, qui repose sur un travail de terrain dans les entreprises et les quartiers, est directement issue de l’expérience acquise dans la CGT, dans la CGTU et dans les Bourses du Travail. Face aux institutions bourgeoises, les PC maintiennent la stratégie d’autonomie ouvrière des SR.

Ce poids des SR dans la construction du PC et de l’IC explique aussi le faible impact des scissions politiques qu’a subi le mouvement communiste. De la scission trotskiste des années 20, en passant par les dissidence pro-yougoslaves, maoïstes ou pro-albanaises, aucune d’entre elles n’arrivera véritablement à gagner une implantation de masse durable. La raison en est toute simple : les syndicalistes demeurent très majoritairement fidèles à la ligne soviétique. Sans implantation syndicale, l’extrême gauche en est réduite à des activités d’agitation, des débats intellectuels puis des logiques électorales. Mais elle ne réussit pas à s’affirmer dans la classe ouvrière car il lui manque cette expérience issue du syndicalisme révolutionnaire.

Cette relation étroite entre le syndicalisme-révolutionnaire et les Partis Communistes a produit des crises à de nombreuses reprises. Dès 1924, une première vague de dirigeants quitte le Parti, puis une seconde plus importante entre 1928 et 1930. En 1934-36, le ralliement du parti au Front Populaire (l’Union de la Gauche de l’époque) entraîne des nouvelles dissidences, Galopin, ancien dirigeant de l’Internationale des Jeunesses Communistes et secrétaire de la fédération des métaux CGTU, emmenant avec lui plusieurs centaines de militants syndicaux pour recréer une nouvelle organisation syndicaliste-révolutionnaire. Elle sera très active lors des grèves de 1937-1938, lorsque les gouvernements du Front Populaire remettent au cause les acquis sociaux gagnés lors des occupations de juin 1936. Nouvelle tension en 1944, lorsque de nombreux ouvriers issus de la Résistance contestent le ralliement au gouvernement gaulliste. A chaque fois, les dissidences se réapproprient tout naturellement la stratégie syndicaliste-révolutionnaire de leurs aînés, les liens politiques existant toujours entre le Parti et le courant syndicaliste qui lui a donné naissance.

Avec la crise que traverse le Parti Communiste depuis plusieurs années, les syndicaliste-révolutionnaires se retrouvent aujourd’hui à militer aux côtés de camarades de lutte de plus en plus désorientés. Il ne s’agit pas pour nous de nous immiscer dans les débats internes au PC et aux organisations qui en sont issues, même si nous venons tous des mêmes origines politiques. Nous revendiquons plus que jamais le contenu politique de la Charte d’Amiens : le syndicat doit demeurer indépendant du parti. Mais nos liens politiques historiques et souvent familiaux nous obligent à discuter fraternellement.
Depuis une vingtaine d’années, la quasi totalité des militants adhérents ou issus du PC ont abandonné le schéma bolchevique pour réaffirmer la nécessaire indépendance syndicale. Et c’est une bonne chose. Mais c’est toute la théorie léniniste qui s’en est trouvée remise en cause. En abandonnant la fraction politique dans les syndicats, les camarades du PC retrouvaient leur autonomie d’action mais perdaient au passage toute perspective stratégique dans le syndicat. L’organisation « révolutionnaire » se trouvait alors séparer de l’organisation de lutte (de « masse ») seule capable de mettre en action les travailleurs. Il n’est donc pas étonnant que la CGT, ainsi que d’autres organisations syndicales, se soient retrouvées sans autres perspectives que de résister aux attaques du capitalisme, le dos au mur ou alors d’abandonner un certain nombre d’acquis.
C’est pourquoi nous pensons que la stratégie syndicaliste-révolutionnaire offre une alternative, une cohérence politique qu’il affirmait dès la Charte d’Amiens de 1906. C’est ce dont nous devons débattre avec nos camarades « syndicalistes communistes ».
Malheureusement cette expérience militante, qui fait pourtant l’originalité du mouvement ouvrier français a largement été oubliée ou occultée. Et pourtant elle fait partie de l’histoire de notre famille politique.

Autonomie ouvrière ou institutionnalisation du mouvement ouvrier ?

Le syndicalisme révolutionnaire s’est construit au début des années 1890 sur la base d’un bilan politique de l’expérience récente de la social-démocratie européenne. A cette date, les Partis Socialistes se sont engagés dans une stratégie de conquête des institutions : parlement, municipalités,…et même des cabinets ministériels. L’objectif est de transformer ces institutions en petits îlots de « Socialisme ». Mais rapidement cette stratégie montre ses limites. Le fonctionnement de ces structures, totalement intégrées à la démocratie bourgeoise, ne permet pas de créer des lieux d’investissement pour les travailleurs. Ceux ci demeurent dans un rôle de subordonnés. Si la conquête de municipalités permet de placer des militants et de créer des services publics, cela ne transforme pas pour autant la vie du prolétariat. Dans ces municipalités, les ouvriers ne participent pas à la gestion des services publics. Cela produit donc rapidement une bureaucratisation des organisations « révolutionnaires » et l’émergence de petits notables. En outre, il faut souvent passer par des alliances avec des partis bourgeois dits « progressistes ». Et ces alliances, préfiguration du Programme Commun ou de la Gauche plurielle, obligent à des compromis importants.

C’est donc en opposition à cette dérive de la sociale-démocratie que certains courants, principalement issus des composantes ouvrières et des Jeunesses Socialistes, s’orientent vers le syndicalisme de classe. De façon caricaturale, ce mouvement a souvent été qualifié « d’anarcho-syndicaliste ». Rien n’est plus grotesque car c’est bel et bien des rangs socialistes que les premiers militants se sont regroupés afin de construire les Bourses du Travail et la CGT. Les premiers seront les « allemanistes » puis les « blanquistes ». D’autres suivront plus tard, issus le plus souvent de différentes tendances du marxisme et ensuite de l’anarchisme. Ce phénomène prend rapidement un caractère international. Dans tous les partis socialistes, des tendances se constituent afin d’affirmer le rôle du syndicat en tant que structure unitaire et révolutionnaire : cela est vrai en Europe mais aussi aux USA , Amérique latine, Japon, Indonésie, Chine, Afrique du Sud…

Dans la stratégie syndicaliste-révolutionnaire (SR), le syndicat est organisé comme l’outil de lutte mais aussi de réorganisation de la société. C’est ce qu’affirme la Charte d’Amiens lors du congrès de 1906 de la CGT. Les syndicat d’industrie (regroupant tous les travailleurs d’une même branche) préparent la reprise en main de cette industrie par les travailleurs. La Bourse du Travail (aussi dénommée Union Locale) assure la même fonction pour l’économie locale. Dans ce schéma, il n’ a pas de séparation artificielle entre le « secteur privé » et le « secteur public ». Les services publics produisent des marchandises ou des services qui seront eux aussi gérés directement par les travailleurs lors du passage au Communisme. Il n’y a donc plus de place pour les notables des municipalités ou les hauts fonctionnaires de l’état capitaliste puisque les travailleurs sont tout à fait capables de gérer eux mêmes tous les domaines de l’activité sociale.
Les SR ne renvoient pas la construction du Communisme au « grand soir ». Ce Communisme se construit au contraire tous les jours en faisant vivre des « institutions » ouvrières face à celles du capital. Dès leur création, les Bourses du Travail multiplient les activités : bureau de placement pour les chômeurs, mutuelles et sociétés de secours (chômage, accidents du travail, maladie, retraite …), coopératives de production et de distribution, dispensaires de soins et cliniques, formation professionnelle et alphabétisation, bibliothèques, chorales et orchestres, cinémas et théâtres, associations sportives ouvrières…. Tous ces services d’entre aide, organisés sur la base d’une gestion ouvrière et collective, entraînent les ouvriers pour la reprise en main de l’économie et de la société toute entière.
Ces capacités de gestion, organisées dans les Bourses du Travail, permettront en 1945-46 à la CGT d’établir des espaces de contrôle ouvrier aussi bien dans la Sécurité Sociale que dans les CE ou dans les mutuelles. Contrairement aux institutions gérées sur un modèle centraliste et capitaliste, ces expériences gérées directement par les travailleurs, sont de véritables embryons de Communisme.

Pour les militants de l’époque, le syndicat est l’outil privilégié pour préparer les travailleurs à gérer la société. C’est à travers son activité permanente dans les entreprises et les services d’entre-aide que les travailleurs gagnent en confiance et en capacité de gestion. Seul le syndicat peut développer le « contrôle ouvrier », savoir faire indispensable sur le chemin de la gestion ouvrière.

Tous les échecs du mouvement ouvrier seront justement dus à cette remise en cause de l’action autonome des syndicats et donc des travailleurs. Progressivement, les schémas centralistes reprennent le dessus. Les militants deviennent des « cadres », des « professionnels » de la politique. Ils finissent par se substituer à l’action des travailleurs et donc à leur émancipation. On ne pense plus la lutte anti-capitaliste que comme une transformation venue d’en haut, portée à bout de bras par des hommes providentiels ou une avant-garde éclairée. Au passage, on réécrit l’histoire en marginalisant le rôle des syndicats et en mythifiant celui des gouvernements : c’est le gouvernement du Front Populaire qui aurait offert les acquis sociaux de 1936 et non pas les ouvriers qui occupent leurs usines ! C’est le gouvernement gaulliste de 1944 qui aurait accordé tant d’avancées sociales et non pas la Résistance ouvrière !….. Tous les espaces d’autonomie ouvrière sont encadrés à une démarche d’intégration au système capitaliste. La conséquence logique est l’adoption d’un discours nationaliste.
Les échecs des révolutions russes et espagnoles, comme de bien d’autres, viendront de cette marginalisation de la gestion ouvrière au profit d’une gestion centraliste qui n’a de « Communiste » que le nom. Quand l’état possède et gère à la place des travailleurs, le Communisme est bien loin.
En confondant Communisme avec Capitalisme d’Etat, les organisations ouvrières ont abandonné le terrain social pour s’intégrer à un capitalisme qu’elles étaient supposées combattre. Les révolutionnaires se sont alors spécialisés dans la gestion de la contestation, secteur par secteur, sans donner aucune coordination et perspectives à ces luttes (entreprises, Sécurité sociale, chômage, logement, droits démocratiques…). Chacun gérant son secteur d’intervention comme d’autres gèrent leurs entreprise. La conscience de classe et la fraternité ouvrière ont donc été progressivement remplacées par des logiques de carrières.

Le Communisme était sans arrêt reporté à plus tard. Et pourtant cette dérive contredisait Marx quand celui ci disait que le communisme n’était pas un mouvement à côté du mouvement réel de la classe ouvrière. La priorité a été ensuite de gagner des électeurs, des partisans et des acquis sociaux acceptables par le capitalisme. Mais la lutte contre la société capitaliste était finalement abandonnée, la référence au « Communisme » ne servant que de caution à une activité militante auto-limitée.
Mais en abandonnant nos perspectives communistes, nous avons finalement épuisé notre énergie révolutionnaire et nous nous sommes intégrés au système. Les militants révolutionnaires ont donc réduit leur activité syndicale à de simples luttes sectorielles et corporatistes, entreprise par entreprise.

Réapproprions nous notre stratégie communiste

Le capitalisme se trouve donc aujourd’hui sans opposition construite. Il n’y a plus aucun lien direct entre les luttes sociales et un quelconque projet de société. Nous nous battons tous les jours sans perspectives et sans plan de bataille. Nos défaites sont donc inscrites dans notre absence de stratégie. Tous les courants populistes (extrême droite, associations caritatives, courants religieux intégristes,…) peuvent alors se développer librement en se présentant comme une alternative au système, ce qu’ils ne sont pas.
Le capitalisme continue pourtant de mener sa politique guerrière et anti-sociale, destructrice de l’environnement. La société et l’humanité se décomposent un peu plus chaque jour. Le capitalisme a donc les mains libres pour détruire par morceaux successifs ce qui constituait un contre-pouvoir de classe : Sécurité Sociale, Conventions collectives Nationales, Mutuelles syndicales, droit syndical et contrôle ouvrier,…Les militants se désinvestissent de la solidarité de terrain pour se recentrer sur des luttes idéologiques et institutionnelles confortables. La perspective de destruction du capitalisme et de son appareil d’état étant par là même enterré. Tout a finalement été oublié des analyses et des stratégies de l’Internationale Communiste et de l’Internationale Syndicale Rouge.

Nous pensons qu’il est temps de reprendre, tous ensemble, le chemin du syndicalisme de classe. Depuis le milieu des années 20, les syndicalistes de classe se sont divisés. Il est désormais indispensable que nous nous retrouvions tous côtes à côtes. Peu importe l’appartenance ou non à un parti. Ce qui compte c’est que nous retrouvions tous le chemin de la lutte des classes en nous réappropriant les acquis du syndicalisme-révolutionnaire. Ces acquis nous les avons oublié. Et pourtant ils avaient été formalisés dès 1921 lors du premier congrès de l’Internationale Syndicale Rouge à Moscou : Front Unique, Syndicalisme d’industrie, Bourses du Travail, autonomie syndicale,…
Cette expérience ne peut retrouver une réalité qu’en regroupant tous les militants « communistes » (au delà des appartenances) dans un débat fraternel et des luttes syndicales confédérées. Notre courant n’a pas pour objectif de constituer une fraction dans le mouvement syndical. Par contre nous devons refaire vivre la tradition des « sensibilités » syndicales. Un courant n’a pas vocation à se lancer à la conquête de tel ou tel syndicat. Cependant, il est indispensable pour collectiviser les expériences des militants, les amener à élaborer en commun des stratégies et à ouvrir des perspectives anti-capitalistes.
Nous ne nous percevons pas comme un concurrent de telle ou telle organisation « politique » mais au contraire comme un lieu de regroupement et d’unité. Ce courant doit favoriser une réunification de la CGT sur les bases de la Charte d’Amiens.
Ce courant doit aussi nous aider à retrouver une dynamique collective que nous ne retrouvons pas toujours dans nos syndicats en raison des dégâts de l’individualisme. La bataille que nous devons mener contre le patronat est violente et il n’est donc pas étonnant que nous éprouvions individuellement une certaine crainte. Mais l’action collective est justement là pour nous permettre de resserrer les rangs et de collectiviser nos expériences

Nous sommes donc ouverts au débat et dès maintenant nous mettons à la disposition des camarades des analyses et des réflexions utiles pour faire vivre ces discussions fraternelles. L’heure n’est plus aux polémiques fratricides mais à l’unité d’action dans nos organisations syndicales. Car seul le syndicalisme peut nous aider à retisser des liens de solidarité et de lutte à la base.

Les liens historiques entre les SR et les Partis Communistes

1) « L’allemanisme » et le syndicalisme-révolutionnaire.

Dans l’histoire du marxisme en France, le courant « allemaniste » a été totalement occulté. Et pourtant de Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire (POSR) apparaît à la fois comme la préfiguration du PC mais surtout comme le fondateur du syndicalisme révolutionnaire.

Jean Allemane a donné son nom à ce courant politique très influent à la fin XIXème siècle. Ouvrier typographe à Paris, militant de l’AIT, il est emprisonné dès 1862 pour ses idées socialistes. Il participe ensuite à la Commune de Paris, ce qui lui vaut d’être condamné aux travaux forcés à perpétuité, et d’être déporté en Nouvelle-Calédonie. Dès son amnistie en 1879, il rentre en France et participe alors à la construction du mouvement socialiste.
Dans un premier temps, il participe au courant « possibiliste ». Ce courant veut s’appuyer sur la conquête des institutions par la voie électorale afin d’accélérer le passage au Communisme. Cette stratégie atteint rapidement ses limites et la Fédération Nationale des Travailleurs Socialistes de France connaît une bureaucratisation et une institutionnalisation accélérée.
En 1890, une majorité de militants quittent donc la FNTS pour fonder le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire (POSR). Jean Allemane et ses camarades n’abandonneront pas l’activité électorale et il sera lui même député de Paris après que le POSR ait participé à la création de la SFIO dans laquelle ils animent la tendance révolutionnaire. Cependant l’action électorale est désormais perçue avant tout comme un outil de propagande. Les élus sont mandatés et révocables à tout moment. Les militants disposant d’un mandat électif (parlement ou conseils municipaux) ne peuvent faire partie du secrétariat du POSR. Dès son congrès fondateur de 1891, le POSR affirme : « la présentation de candidats dans les élections ne peut être considérée que comme un moyen d’agitation en vue d’une fin qui doit être rigoureusement révolutionnaire, sans préoccupation de satisfaction d’aucune ambition personnelle ». Cette méfiance à l’égard des élus s’explique par la volonté du POSR de se centrer sur la lutte des classes, sur le terrain social.
Le POSR est le premier parti socialiste à mettre en avant la grève générale comme outil révolutionnaire privilégié. La transformation communiste ne viendra pas des élections mais de la mobilisation des travailleurs.

Les militants du POSR vont jouer un rôle fondamental dans la construction du syndicalisme-révolutionnaire en France. Ainsi, obligation est faite aux membres du parti « d’appartenir au syndicat de leur corporation, et d’en créer s’il n’en existe pas ». Ce sont donc les militants « allemanistes » qui vont pousser dans le sens de la création de Bourses du travail dans toute la France. Ce courant socialiste, hégémonique dans le Paris ouvrier de l’époque, transforme la Bourse du Travail de Paris en un organe révolutionnaire. Les « allemanistes » seront tout aussi déterminants dans la création de la CGT.
Mais le mouvement syndical ne doit pas être inféodé à un quelconque parti et les « allemanistes » sont partisans de l’indépendance syndicale. Le POSR veut faire du mouvement syndical le lieu d’unification des travailleurs. Les courants socialistes sont divisés en une multitude de tendances et seul le syndicalisme-révolutionnaire apparaît comme un outil d’unité. Le POSR n’est là que pour soutenir le syndicalisme. Cette conception unitaire du syndicalisme va permettre aux autres tendances socialistes et à tous les travailleurs non affiliés de rejoindre rapidement la Fédération Nationale des Bourses et la CGT. Cette conception du syndicalisme se retrouvera formulée dans la Charte d’Amiens au congrès de la CGT de 1906. Le mouvement ouvrier vient de trouver l’outil d’émancipation qui lui permet de combattre de façon enfin unifiée. La voie est ouverte aux grèves générales de 1906, 1919, 1936, 1944, 1968 qui nous donneront nos droits sociaux.

L’influence des Syndicaliste-Révolutionnaires dans la construction du PC

Suite au basculement de la majorité socialiste dans le camp de l’Internationale Communiste au Congrès de Tours de 1920, les communistes russes sont très sceptiques en ce qui concerne la composition et l’orientation du nouveau PC de France. Les dirigeants de l’Internationale Communiste regardent davantage en direction des syndicaliste-révolutionnaires. Un certain nombre d’entre eux ont déjà affirmé le souhait de rejoindre l’IC. Dès le mois de mai 1919, Péricat, ancien secrétaire de la fédération CGT du bâtiment, avait lancé un appel à la création d’un Parti Communiste en France. Cet appel a été soutenu par de nombreuses organisations syndicales animées par les SR.
Il n’est donc pas étonnant que les communistes russes aient alors tenté de s’appuyer sur les SR afin de changer la nature du PC. Lors du congrès de l’ISR de 1922, Lénine choisit de rencontrer personnellement les membres de la délégation française, Sémard et Monmousseau. Selon le récit du premier, après avoir critiqué le PC de France, Lénine aurait alors déclaré aux deux SR : « Il n’y a pas de PC en France, voulez vous en créer un ? ». Les communistes russes vont alors pousser dans ce sens en aidant les SR à renforcer leur influence dans le PC et en évinçant la direction issue de la SFIO. En 1922-24, de nombreux SR entrent donc au parti. G. Marrane, P. Sémard et P. Monatte, Delegarde sont élus au Comité Directeur (futur Comité Central) pour rejoindre Rosmer et Dunois qui y sont déjà. L’arrivée de ces militants de premier plan, les plus populaires dans la classe ouvrière de l’époque, donne alors une autre orientation au Parti. Les Commissions Syndicales jouent désormais un rôle déterminant dans le PC. Rapidement ce sont les SR qui vont diriger le parti, dès 1924 avec la nomination de Vassart au secrétariat général du PC. Dès la fin des années 20, la direction est composée pour les ¾ d’anciens du CSR. Dès 1924, on peut même se demander qui du PC ou de la CGTU dirige l’autre. Le PC prend alors la suite du Comité Syndicaliste-Révolutionnaire, ce qui marquera toute son histoire et sa stratégie révolutionnaire.

Lectures utiles :

* « La naissance du parti « allemaniste » (1890-1891) », Le Mouvement Social N°75, avril-juin 1971
* « Les allemanistes (1882-1905). Itinéraires, place et rôle dans le mouvement socialiste français », Didier Bigorgne, Université Paris 13, 2001, 3 vol., 793 p. (Thèse d’histoire).
* « Aux origines du Communisme français », Kriegel, Champ histoire, Flammarion
* « Les débuts de l’Internationale Syndicale Rouge et le mouvement ouvrier français (1920-1923) », Jean Charles, Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez, cahiers 25-26 et 28
* « Syndicalisme révolutionnaire et communisme , les archives Monatte », Editions Maspero
* « 1906, le congrès de la Charte d’Amiens », Institut d’Histoire Sociale de la CGT.
* « Les conditions d’adhésion de la CGTU à l’Internationale Syndicale Rouge », Cahiers de l’IHS CGT N°100, décembre 2006, 10 euros, 263 rue de Paris, 93516 Montreuil cédex.

De nombreux documents sont consultables sur le site du CSR, entre autre la seule histoire jamais consacrée en français à l’Internationale Syndicale Rouge
http://www.syndicaliste.fr/

Comité Syndicaliste Révolutionnaire, BP 3, 31240 Saint-Jean tel : 06 71 59 63 08 - syndicaliste@neuf.fr


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