Editorial 31

Février 2007
mercredi 2 mai 2007
par  CSR

La décomposition du mouvement ouvrier est en train de connaître une nouvelle étape. Une période politique semble s’achever. Les courants politiques, qui depuis un siècle se présentaient comme la direction naturelle du mouvement ouvrier, entrent en crise. En effet, pour la première fois de son histoire, la direction du PS vient d’être conquise par une majorité qui s’appuie sur la branche la plus conservatrice. Jaurès, Mollet et Mitterand avaient pris leur Parti en se revendiquant d’une rupture avec le capitalisme. Ce beau discours, sans actes concrets, ne visait qu’à gagner l’électorat populaire. Actuellement, toutes les composantes contestataires et populistes du Parti ont finalement rejoint un des candidats du grand capital (Royale, DSK, Fabius). Le Parti « Socialiste » assume désormais publiquement son ralliement au capitalisme. S’il ne veut pas se détacher totalement de la classe ouvrière il va devoir attirer à lui un pôle syndical de collaboration de classe.

Quant à la « gauche radicale », elle est en train d’imploser sous la pression de ses dérives électoralistes. Alors que le terrain social est plus que jamais délaissé, alors le prolétariat est laissé à lui même sans perspective anti-capitaliste, les différentes fractions de la « gauche radicale » se divisent violemment en vue de se répartir les voix de l’électorat populaire. Mais aucune proposition concrète n’est avancée afin d’occuper le terrain social et renforcer le pouvoir du prolétariat face à celui de la bourgeoisie : syndicalisation de masse, création d’organisations d’entre aide (mutuelles, coopératives, structures de solidarité,…), contrôle ouvrier dans les entreprises et dans la société,…. L’attrait des institutions bourgeoises et les carrières des uns et des autres continuent de polariser les réflexions stratégiques qui ont alors bien du mal à faire le lien avec une quelconque perspective anti-capitaliste.
Il est d’ailleurs symptomatique que le Mouvement Social, qui se faisait le porte parole des mobilisations de terrain, en soit finalement réduit à aller affronter le Parti Communiste sur le terrain électoral. La lutte syndicale est une nouvelle fois délaissée au profit de la chasse aux parrainages et aux électeurs. On reprend les vieilles recettes sociale-démocrates. On appelle à « l’insurrection électorale »… au profit d’un tribun, d’un sauveur suprême… d’un gouvernement qui changera notre vie à notre place. Le schéma de la délégation de pouvoir est relooké mais garde sa vieille cohérence bourgeoise. La division sociale du travail est maintenue entre les décideurs et les exécutants.
Le PC semble, quant à lui, atteindre l’ultime limite de son parcours politique, en abandonnant son sigle afin de mieux convoiter les classes moyennes, sans comprendre au final ce qui avait fait sa force historique. En effet, la référence à l’URSS n’était qu’un ciment idéologique bien fragile. Les bastions électoraux et les municipalités « rouges » étaient tout aussi instables. Au milieu des années 20 et en 1939, ses élus avaient d’ailleurs déjà quitté le bateau par opportunisme. Sa force, le PC la puisait dans la tradition du syndicalisme révolutionnaire qui lui avait fourni son implantation militante ouvrière et ses pratiques de terrain dans les entreprises et les quartiers. Sans l’arrivée massive des militants du CSR, le PC français serait resté bien isolé du mouvement ouvrier comme d’autres PC qui ont déjà disparu. C’est cette implication historique des militants du PC dans la classe ouvrière qui lui avait donné sa popularité. Cette expérience militante, en contradiction avec la gestion d’institutions bourgeoises, a provoqué une tension interne au final ingérable.

Dans ce contexte, le syndicalisme-révolutionnaire se trouve confronté à une situation assez semblable à celle qui l’a vu naître à la fin du XIXème siècle. A cette époque, la social-démocratie s’embourbait déjà dans des démarches électoralistes et consensuelles. Le marxisme et l’anarchisme étaient confrontés à une crise stratégique. C’est donc tout naturellement que le syndicalisme-révolutionnaire réussit alors à regrouper les équipes militantes ouvrières sur la base d’une stratégie unitaire, autonome et révolutionnaire. La CGT et la Fédération des Bourses du Travail n’ont été que la conséquence logique de cette dynamique d’unification ouvrière sur des pratiques anti-capitalistes concrètes. C’est cette stratégie qui a ensuite permis de développer une dynamique de solidarité interprofessionnelle qui a débouché sur les grèves générales (1906, 1919, 1936, 1944, 1968). Des grèves générales qui nous permirent de construire notre pouvoir de classe : droit syndical et contrôle ouvrier dans les entreprises, Conventions Collectives Nationales unifiant tous les travailleurs d’une même industrie, Sécurité Sociale,… Ces grèves générales, plus que tout autre « victoires » électorales dans les urnes, hantent la bourgeoisie et ses alliés les syndicalistes jaunes. Cela explique d’ailleurs la volonté des secteurs les plus intelligents de la bourgeoisie de vouloir réformer le droit syndical afin d’intégrer le mouvement ouvrier dans une démarche électoraliste et institutionnelle.

Les syndicaliste-révolutionnaires portent donc une responsabilité importante. Hostiles à tout affrontement sectaire et à toute manœuvre d’appareil au sein du mouvement ouvrier, ils sont les seuls capables de fédérer à nouveau tous les militants qui veulent aller vers une rénovation du syndicalisme sur des bases de classe. Les dernières réunions nationales de notre Courant ont souligné cette urgence à réorganiser nos rangs, à rappeler qu’avant les scissions philosophiques des années 20, le CSR regroupait toutes les composantes révolutionnaires au delà des clivages idéologiques (membres du PC, marxiste-révolutionnaires, anarchistes). Cette unité nous la faisons déjà au niveau embryonnaire dans notre Courant. Il s’agit désormais d’accélérer la dynamique de regroupement afin d’offrir des perspectives concrètes et immédiates aux nombreux militants syndicaux qui désespèrent.

Cette urgence à nous fédérer nous a amené à engager un processus de fusion avec les IWW. Nos camarades sont engagés dans la même dynamique de construction en dehors de tout sectarisme philosophique. Aux USA, en Grande Bretagne, en Australie, en Allemagne et dans plus en plus de pays, des militants d’origines diverses se regroupent dans les IWW afin de faire revivre un syndicalisme d’industrie et révolutionnaire. Face à la réalité du capital mondial, plus que jamais ce syndicalisme d’industrie ne peut exister que sur une base internationale. La Confédération Syndicale Internationale, bloquée de l’intérieur par ses composantes « jaunes », n’est pas en capacité de coordonner les travailleurs au delà des frontières sur une base d’indépendance de classe. Les dernières luttes mondiales dans le secteur de l’automobile ont déjà démontré ses limites.
Nous pensons donc urgent de faire vivre une vraie internationale syndicale, indépendante de tous les états capitalistes et du patronat. Cela n’était plus le cas depuis la liquidation de l’Internationale Syndicale Rouge en 1937 par la bureaucratie soviétique. Cette absence d’une internationale ouvrière autonome a provoqué un profond recul du mouvement ouvrier, une absence de perspectives et au final le ralliement à différentes formes de modèles politiques centralistes et bureaucratiques (états providence sociaux-démocrates, « Démocraties populaires », régimes castristes ou populistes en Amérique Latine).

Les IWW animent déjà une activité unitaire avec des organisations syndicales de différents pays, ce qui permet à de nombreux militants de redécouvrir les acquis du syndicalisme révolutionnaire. Nous appelons donc tous les militants syndicalistes anti-capitalistes à se coordonner avec notre Courant afin d’avancer dans le sens d’une réunification syndicale sur les bases de la Charte d’Amiens et de structurer des mobilisations par branches d’industrie et dans une démarche interprofessionnelle.

Le 15 février 2007