Le rapport Hetzel

vendredi 27 avril 2007

Le rapport Hetzel prévoit de transformer l’université en lieu de formations professionelles, payée par les frais d’inscriptions, bien sûr, et à la place de cours fondamentaux qui permettent d’oeuvrer à notre émancipation intellectuelle.
Je publie ce copier/coller d’un tract de mon syndicat (la FSE) dans la même rubrique que le dossier sur les formations et les diplômes, parceque, bien sûr, c’est en mettre en relation avec ce que dénonce ce dossier.

La Commission Université-Emploi, lancée par Villepin le 25 avril à la Sorbonne, a rendu son rapport final mardi 24 octobre 2006. Ce rapport est un condensé d’attaques contre le service public d’enseignement supérieur.

Cette commission s’est mise en place au lendemain de la mobilisation contre la loi dite sur « l’égalité des chances » (dont faisait partie le CPE). Censée répondre aux demandes de justice sociale, elle a pour seul but de faire de l’enseignement supérieur un marché rentable au bénéfice du patronat. Partant du constat fallacieux que l’université est responsable du chômage de masse et que l’échec universitaire est imputable à une mauvaise orientation, le rapport final de cette commission entend « professionnaliser toutes les filières » et les diplômes. Ainsi l’Université prendra en charge l’intégralité de la formation professionnelle qui incombait auparavant aux entreprises. Par l’intervention croissante des entreprises au sein des universités, le patronat sera à même d’exercer un contrôle global sur les contenus et l’organisation des diplômes. Cela aura pour conséquence la casse du cadre national des qualifications (une maîtrise acquise à Toulouse et à Paris avait la même valeur) seul garant de l’égalité entre étudiant-e-s.

Une professionnalisation généralisée de tous les cursus universitaires.

Pour parachever la mort de l’enseignement supérieur public, le rapport invite les universités à passer de plus en plus de « contrats avec les entreprises » afin que les représentants directes du patronat viennent donner des « cours » pour inculquer aux étudiant-e-s l‘esprit d‘entreprise. Toujours dans cette logique, et aux vues des volontés politiques de désengagement financier de l’Etat dans le système d’éducation, le rapport veut « rendre plus systématique la participation financière des entreprises à certains programmes d’enseignement et de recherche ». Le patronat pourra définir les priorités de formation et de recherche universitaires, et par là même en tirer un bénéfice (résultat des travaux de recherche, stages,…). Le rapport entend également modifier l’habilitation des diplômes en y intégrant davantage les employeurs (sur le modèle des licences pro). Le rapport souhaite donc l’intervention des « professionnels » à tous les niveaux et la subordination des formations universitaires aux intérêts particuliers du patronat, en terme de besoins de formation de sa main d’œuvre. Cette logique est illustrée par la création d’un « module professionnalisant » (connaissance des secteurs économiques,…) comme socle de la licence qui en fait un diplôme terminal pour une majorité d’étudiant-e-s pour qu’ils-elles soient directement « prêts à l’emploi », en fonction du marché du travail local. Ainsi en est-il également de la généralisation des stages dans tous les cursus universitaires (main d’œuvre quasi-gratuite pour les patrons, outil d’influence sur le contenu et la façon dont se transmettent les connaissances).

Faire coïncider les choix d’orientation des étudiant-e-s aux besoins des entreprises.

Dès le secondaire, il faut orienter les jeunes en fonction des besoins des employeurs. Au mois de mars de l’année de terminale, un conseil de classe élargi « aux représentants des universités de l’académie et à des représentants des milieux socioprofessionnels » (p.18) se réunira pour se prononcer sur la « pertinence des vœux de l’élève ». Il ne s’agira donc pas uniquement de dire au lycéen si il a le niveau correspondant à son choix d’orientation, mais d’introduire un nouveau paramètre, à savoir la pertinence « économique » de son choix.
Pour l’université, afin de limiter les situations d’échec, la commission propose de « faire signer un contrat entre l’étudiant et l’université ». Au cours du 1er semestre, l’étudiant-e suivrait obligatoirement un « module de projet professionnel » (p.23). Lors d’un « entretien d’orientation » (p.19), l’étudiant-e pourra se voir proposer la réorientation hors de l’université, notamment en filières STS ou en IUT. Il s’agit de décourager les étudiant-e-s à continuer dans des filières peu adaptés aux besoins du patronat pour les amener là ou les entreprises interviennent directement dans les cursus.

Renforcer l’autonomie et la mise en concurrence des universités.

Le rapport réhabilite le projet Ferry relatif à la « modernisation des universités » (gestion privée des facs et régionalisation) que la mobilisation étudiante de 2003 avait enterré. Pour la commission, la relation entre universités et entreprises doit être facilitée et améliorée durablement. Le rapport met en avant la « gouvernance des universités de technologie », comme Paris Dauphine : statut qui généraliserait la possibilité pour les universités de choisir leurs étudiant-e-s, de fixer elles-mêmes le montant des frais d’inscription (aujourd’hui fixé nationalement par le ministère), et d’avoir un conseil d’administration encore plus ouvert aux personnalités extérieures.
En outre, une agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES-p.64) serait chargée de répartir les financements publics de l’Etat entre les universités en fonction de l’insertion professionnel des étudiants-e-s, et non plus en fonction du nombre d’étudiant-e-s inscrit-e-s. Elle pourra aussi sanctionner des mauvais résultats en retirant aux facs l’habilitation de certains diplômes. Pour capter les financements de l’Etat, les universités seront donc mises en concurrence, entraînant ainsi une compétition directe entre étudiants. En marge des universités bien classées, nous assisterons au développement d’universités sous dotés car peu compétitives et donnant accès à des diplômes peu valorisés.


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La mise à mort programmé de l'ensignement (...)
La mise à mort programmé de l'ensignement (...)

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