Luttes dans la Restauration rapide

Syndicaliste n°13
samedi 7 avril 2007
par  CSR

Il y a un an et demi, nous faisions le point avec les militants CGT parisiens de Pizza Hut (Syndicaliste ! n°8 septembre 1999, p.19). Les camarades avaient des difficultés à étendre le syndicat sur des restaurants très éparpillés. Déjà à l’époque, notre conclusion était que le mouvement syndical devait se réorganiser dans des Bourses du travail interprofessionnelles intervenant sur les bassins d’emplois pour toucher ces travailleurs précaires et mobiles. Même si cela n’a pas été fait, les militants de base de la restauration rapide ne se sont pas découragés et ils viennent de franchir une nouvelle étape dans leur combat.

Ainsi en janvier 2000, les salariés du restaurant Pizza Hut de Opéra (Paris) ont mené une grève de 32 jours, non sans résultats : une augmentation horaire de 2,50 francs, deux primes de 300 F pour Noël et le jour de l’an, le taxi remboursé 100 F au lieu de 45 F. Et l’embauche d’une équipe de nettoyage, ce qui n’est pas une mince victoire pour ces salariés hyper-polyvalents, alternativement cuistôts, serveurs, hommes et femmes de ménage et déboucheurs de chiottes, selon les besoins du service.
Pendant tout le mouvement, les grévistes de Pizza Hut ont distribué des tracts aux portes des McDonald’s, Quick et autres pour élargir leur mouvement à toutes les entreprises du secteur. Le message est passé et la CGT a réussi son pari : fédérer des salariés victimes des mêmes méthodes de management américaines :
400 salariés de McDonald’s, Quick, Eurodisney et Pizza Hut sont descendus dans la rue ensemble à Paris le samedi 24 février 2001 pour réclamer « des conditions de travail plus humaines, des relations sociales basées sur la négociation et non sur la répression ». C’est une grande première dans un secteur qui se mobilise régulièrement, mais souvent dans une seule enseigne, quand ce n’est pas dans un seul restaurant.

« Nous nous battons contre un secteur qui nie le droit du travail »
Cette manif à visages découverts a permis à ces salariés de dire clairement leur volonté d’en finir avec l’arbitraire patronal, de dire qu’ « on n’a plus la trouille » de militer pour que ça change, qu’ils sont une force. La manif qui passaient devant les restaurants (McDo tous fermés) avait pour but de le faire savoir à tous les salariés du secteur, comme par exemple, ceux du Quick des Halles où la discussion s’est engagée avec les salariés de l’accueil.
Cet événement historique a été organisé l’appel du collectif CGT de la restauration rapide. Un de ses membres, Jérôme, explique qu’ « il est né de la conscience d’une exploitation commune chez tous les salariés de ces grands groupes de la restauration rapide qui veulent imposer en France leur culture américaine en matière de bouffe et de conditions de travail. Nous avons pris conscience que le mieux était de se battre tous ensemble. C’est aussi ce que nous ont dit les salariés de Pizza Hut et leur victoire, même partielle, nous a redonné espoir.

Un collectif de militants pour s’opposer à la répression

La difficulté principale, c’est bien sûr la répression. Au départ nous étions tous des syndicalistes fervents, mais pas formés, qui organisaient des petites grèves spontanées. A chaque retour de congés, nous apprenions la « démission » de plusieurs salariés, des syndiqués comme par hasard. Nous avons changé de tactique pour monter ce collectif dans le plus grand secret et frapper un grand coup avec cette manifestation. »
Il y eu aussi changement dans la tactique de lutte des militants. Après avoir pendant des années, mené des grèves un jour par-ci, un jour par là sans grands résultats et qui finissent par casser la volonté des salariés ; ils ont décidé d’agir là où existait une équipe solide, de concentrer leurs forces pour être capable de tenir une grève forte. C’est d’ailleurs pourquoi le choix c’est reporté sur le McDo de St-Germain où les salariés étaient aussi plus âgés. Mais la grève de Décembre 2000 a finalement terminé sur le licenciement de six syndicalistes et au versement de 500 francs en bons d’achats. La raison de ce demi-échec tient peut-être au fait que McDo, qui est à la tête du Syndicat patronal de la branche (le SNARR), a voulu cassé un mouvement qui vient s’opposer frontalement à sa stratégie de gestion de la main d’œuvre.

« La seconde difficulté, c’est les salariés eux-mêmes, qui ne connaissent pas leurs droits et démissionnent quand ils réalisent qu’ils sont bafoués. Cela arrange la direction, qui n’a pas envie de les garder trop longtemps, ne serait-ce que pour ne pas avoir à payer les primes d’ancienneté. La direction manipule en nos appelant nos emplois « jobs d’étudiants » pour légaliser ces pratiques. »
[Nous avons réussi à inverser la tendance] « en informant les salariés sur leurs droits et en faisant la démonstration de l’objectif de ces grands groupes qui est d’imposer partout la précarité des salaires et des conditions de travail. L’exploitation des jeunes salariés, c’est la porte ouverte à l’exploitation de l’ensemble des salariés. McDo, où je travaille, est le laboratoire de la flexibilité et du dressage des salariés, jeunes aujourd’hui mais futurs adultes qu’il faut habituer à ce mode de travail jetable. La restauration rapide emploie aussi des femmes, non étudiantes et à temps partiel imposé, ainsi que beaucoup de personnes d’origine étrangère qu’elle juge plus facilement exploitable. Nous avons aussi réussi à changer l’image du syndicaliste, utilisé comme repoussoir par les directions qui bloque nos carrières et raconte des horreurs sur nous. Nous leur avons donné envie de se battre avec les syndicats pour améliorer leur situation, au lieu de démissionner quand la coupe est pleine. Nous avons aussi mobilisé en commun avec les syndicats étudiants, clients et consommateurs, qui ont soutenu notre grève chez McDo en organisant des collectes. »

Un mouvement syndical dépassé

Ce n’est pas un hasard si la plupart des militants du collectif appartiennent à la CGT. A Lyon, les militants CFDT historiques de McDo sont depuis passés à SUD après avoir été marginalisés par la direction nationale. La même fédération avait refusé de soutenir un salarié qui avait été agressé à Eurodisney. Le seul militant CFDT présent dans le mouvement venu de Rouen n’a même pas été aidé pour ses frais de déplacements. Aussi dans leurs tracts, les militants CGT, FO et CGC de Pizza Hut désigne clairement la CFDT comme le syndicat-maison.
Ces déclarations doivent sérieusement ennuyer la direction de la fédération Commerce de la CGT dont seulement deux secrétaires ont daigné faire le déplacement à la manif. La direction CGT reste plus préoccupée par son alliance bureaucratique avec la CFDT que par l’organisation des luttes du prolétariat précaire. Face à une telle répression anti-syndicale, le minimum aurait été de demander que le gouvernement envoie ses inspecteurs du travail. Mais la direction fédérale qui déclare vouloir syndiquer les jeunes salariés est ici complètement dépassée et visiblement pas intéressés car cela ne lui rapporte pas tellement de cartes de cotisations à placer comme elle en a fait la remarque aux militants.

« L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »

Ce sont donc les militants du collectif CGT seuls et sans chefs, qui ont organisé cette manif pour étendre le mouvement après la victoire à Pizza Hut. Ce n’est qu’un début pour le collectif qui veut faire l’union des salariés de toute la restauration rapide :
« Notre union sera notre force et elle fragilisera les directions qui ne pourront plus licencier ou pousser à la démission tous ceux qui vont relever la tête. » Il est également envisagé une grande action au niveau européen devant tous les fast-foods le même jour à la même heure.
Ce renouveau du syndicalisme à la base est très positif et c’est dans ce sens que nous conseillons à tous les militants de s’engager dans notre appel « La décomposition syndicale aura t’elle une fin ? ». Sans la solidarité d’une équipe interprofessionnelle, de militants qui se serrent les coudes au jour le jour, ces salariés précaires n’aurait jamais pu tenir le coup.

Site du syndicat CGT Pizza Hut : http://cgt.pizzahut.free.fr


Navigation

Articles de la rubrique

  • Luttes dans la Restauration rapide