Roland Veuillet : l’UDF et l’UMP tombent le masque

De ROBIEN ASSASSIN ?
mercredi 14 février 2007
par  CSR

En présence de nombreux journalistes, une centaine de personnes se sont rassemblées lundi 12 février devant le Tribunal Administratif de Lyon, sous notre banderole "Robien assassin ?". Parmi ces personnes, Monseigneur Gaillot, André Gérin (député PCF), Thomas Boos (co-secrétaire de la fédération SUD éducation, en grève de la faim de solidarité), et des grévistes venus des académies de Montpellier et Marseille. Les organisations syndicales CNT, SUD, FSU ont pris la parole pour soutenir, une fois de plus, les revendications de Roland Veuillet.

Le Tribunal Administratif, qui a confirmé la sanction injuste qui frappe Roland Veuillet, a été rebaptisé "tribunal des injustices administratives". La rue dans laquelle Roland a passé sa grève de la faim, jusqu’à son hospitalisation, a été rebaptisée "rue des libertés syndicales". La manifestation s’est conclue par un die-in destiné à symboliser les risques médicaux majeurs encourus par Roland, en grève de la faim depuis 51 jours.

Les manifestants se sont ensuite déplacés, pacifiquement, au siège de l’UDF (parti de Gilles de Robien) puis de l’UMP. Ces deux partis ont catégoriquement refusé d’ouvrir la porte à une délégation. Ce mépris en dit long sur ces organisations qui prétendent nous représenter, mais vivent dans la peur du peuple et le refus de toute communication avec lui. Il augure mal du déroulement de l’audience intersyndicale qui a été demandée mardi 13 février au ministre de l’éducation, et qui mobilisera, en particulier, Gérard Aschiéri (FSU), Bernard Boisseau (SNES), Julien Huard (CNT) et Annick Coupé (SUD/Solidaires).

Le comité de soutien proteste contre les tentatives du ministère de déclarer Roland en "abandon de poste", alors qu’il est en grève, couvert par un préavis parfaitement légal. Ces procédés d’intimidation sont absolument scandaleux. Pour le ministère, une fois de plus, tous les moyens semblent bons pour tenter de briser Roland Veuillet, le militant qui a osé... s’opposer à l’intrusion du MEDEF dans son lycée, faire respecter le droit de grève, dénoncer les magouilles d’un chef d’établissement, et refuser d’obéir à un ordre illégal et dangereux pour les élèves.

L’intersyndicale et le comité de soutien réclament toujours l’annulation de la sanction, et l’ouverture d’une enquête administrative. Si le ministère n’avait rien à se reprocher, pourquoi s’obstinerait-il à refuser cette enquête ?

Le comité de soutien se réunira à nouveau cette semaine pour étudier les réponses que Gilles de Robien aura faites à l’intersyndicale nationale, et à Marie-Georges Buffet devant l’Assemblée Nationale. Nous tenons Gilles de Robien pour personnellement responsable des risques médicaux importants qu’il fait courir, en parfaite connaissance de cause, à un fonctionnaire de son ministère. Il préfère protéger un chef d’établissement qui a rédigé des faux en écriture et monté une cabale contre un représentant syndical, avec la complicité active d’un recteur, même si cette protection mafieuse coûte la vie à un innocent.

Nous appelons les personnes attachées au respect des droits humains à multiplier les adresses aux politiques. La vie d’un homme innocent n’a jamais eu la moindre importance pour le pouvoir, mais le risque de voir cette affaire leur faire perdre des voix peut encore sauver Roland.

Mardi 13 février 2007

En grève de la faim depuis cinquante-deux jours, Rolland Veuillet, le conseiller principal d’éducation hospitalisé depuis samedi, doit être entendu.

Robien ou la lâcheté d’un politicien ordinaire
Par Philippe CORCUFF
Libé : mardi 13 février 2007
Par Philippe Corcuff universitaire, qui a effectué une grève de la faim de solidarité d’une semaine avec Roland Veuillet à Lyon entre le 31 janvier et le 7 février.
Roland Veuillet (1) a été hospitalisé d’urgence samedi 10 février au cours de son 49e jour de grève de la faim, en refusant toujours de s’alimenter... Conseiller principal d’éducation, il s’est opposé, lors de la grève des surveillants et aides éducateurs de janvier 2003, à la demande (illégale) de remplacement des surveillants grévistes par des élèves majeurs. Il a alors été sanctionné et muté disciplinairement de Nîmes à Lyon. Si une cabale a été montée contre Roland par son proviseur et le recteur de l’académie de Montpellier, c’est vraisemblablement aussi parce qu’il avait auparavant tenté de mobiliser contre l’introduction expérimentale d’une participation du Medef à la définition de l’enseignement dans son lycée.
Mais Roland a repoussé l’inacceptable avec une énergie hors du commun. Marathonien, il a parcouru environ 16 500 kilomètres depuis trois ans et demi. Il a aussi effectué une première grève de la faim de trente-huit jours, devant le ministère de l’Education nationale en août-octobre 2004. Ce qui n’a pas empêché que l’indifférence bureaucratique des ministres successifs ne perdure.
Pourtant l’avis (consultatif) du Conseil supérieur de la fonction publique (CSFP) du 25 janvier 2005 appelait à une annulation de la sanction. Pourtant le 17 octobre 2006, les conclusions du commissaire du gouvernement devant la cour administrative d’appel invitaient à suivre l’avis du CSFP. Mais le jugement a finalement porté sur la forme (la conformité de la procédure) et non sur le fond (la validité de la sanction)...
Cette affaire imbrique au moins trois dimensions : le refus des projets néolibéraux d’instauration d’un droit de regard patronal sur le contenu de l’enseignement public, la préservation du droit de grève et le sursaut d’une dignité personnelle salie bureaucratiquement.
Elle témoigne d’une résistance singulière exceptionnelle face à un déni de justice, relevant indissociablement de l’individualité blessée et de principes collectifs.
Les discours néolibéraux nous narrent souvent des contes de Noël, où les aspirations à la reconnaissance personnelle seraient sauvées du poids de la bureaucratie par « la main invisible » du marché. Mais, plus souvent qu’on ne le croit, la fameuse main du marché vous enfonce la tête sous l’eau de la standardisation marchande pendant que vous recevez un bon coup de marteau de la part de l’arbitraire bureaucratique. Les politiques néolibérales de privatisation-flexibilisation-mise en concurrence ne sont-elles pas justement des politiques, souvent issues de la haute fonction publique, c’est-à-dire des tréfonds de la bureaucratie ?
Entre le poids grandissant des firmes multinationales, des institutions néolibérales (FMI, Banque mondiale, OMC, etc.), de la technocratie européenne et de l’énarchie nationale, les professionnels de la politique ont presque déserté le terrain de l’action, et préfèrent se réfugier dans l’agitation symbolique. Robien a alors trouvé son hochet médiatique : le retour au b.a.-ba et au calcul mental, sans se soucier de la connaissance précise des réalités de l’enseignement aujourd’hui, ni des effets négatifs quant aux pratiques des enseignants sur le terrain. Seules l’image et la rhétorique comptent ici.
Pourquoi irait-il à l’encontre de l’inertie bureaucratique de son propre ministère afin d’éviter simplement que le grain de sable Roland Veuillet ne soit écrasé par une machinerie impersonnelle ?
Pourquoi un numéro de dossier retiendrait-il son attention, alors qu’il a tant encore à baratiner ? Rendez-vous compte de l’énormité de ce que demande Roland : l’ouverture d’une enquête administrative, c’est-à-dire d’une procédure réglementaire contradictoire !
Comment Robien pourrait-il ainsi risquer de déjuger un recteur, par ailleurs si « innovant » d’un point de vue néolibéral ? Alors sans vraiment s’en rendre compte, sans vouloir s’en rendre compte, avec une arrogante bonne conscience, à coups de communiqués de presse mensongers, notre « ministricule » a insensiblement ajouté l’inhumanité à l’injustice initiale. Et il pourrait prochainement devenir le complice aux mains propres d’un assassinat anonymisé dans la conjugaison des lâchetés bureaucratiques.
Pendant ce temps-là, on n’entend guère la gauche officielle, qui semble avoir quelques trous de mémoire quant à la défense des droits individuels et collectifs censée constituer le coeur de son éthique. Où sont passés les Jaurès, Blum, Mendès France... ? Demeure la pression collective née de la convergence citoyenne d’individus sensibles à la résistance de la dignité personnelle et à la sauvegarde de principes généraux. Dans l’extrême urgence.

(1) Pour s’informer et soutenir Roland Veuillet, voir son site : http://roland-veuillet.ouvaton.org/