Editorial 30

30 septembre 2006
dimanche 8 octobre 2006
par  CSR

Cette « rentrée » sociale est d’une tristesse absolue. Fin avril, avec le retrait du CPE, tous les appareils syndicaux sabraient la champagne en annonçant une « victoire historique », la seule remportée depuis 10 ans. C’est tout juste si le gouvernement n’allait pas démissionner et s’exiler aux Bahamas ! 3 mois plus tard, l’optimisme n’est plus vraiment au rendez vous. Les attaques continuent de pleuvoir. La bourgeoisie ne nous concède même plus de trêve sociale lors de la campagne électorale. Les candidats à la présidentielle mènent la bataille médiatique en faisant de la surenchère, en promettant de vastes réformes et autant de garanties à leurs amis de classe. « L’élan anti-libéral », soit disant impulsé par le « non » au référendum, est retombé encore plus vite qu’un soufflé. Malgré le battage médiatique, confrontés aux conditions concrètes de vie, les travailleurs se sentent bien loin de tous les beaux discours électoralistes.

Et c’est justement ce décalage qui est énorme. Un décalage entre le vécu des travailleurs et l’attitude des organisations institutionnelles qui sont supposées les représenter. Le triomphalisme du congrès CGT est de ce point de vue totalement caricatural.
La pseudo alliance entre la jeunesse et la confédération ne repose en fait que sur quelques rencontres très officielles dont bien peu de propositions concrètes sont sorties. Il faudra un peu plus que des communiqués de presse CGT-UNL-UNEF pour lancer une vraie vague de syndicalisation dans la jeunesse.

Les beaux discours sur l’unité syndicale cachent en fait un profond malaise. Dès la fin avril, cette belle unité volait en éclat, la CFDT se précipitant auprès du patronat pour le rassurer sur son intention de se détacher de l’influence de la CGT. Au moment où la CGT devrait fêter les 100 ans de la Charte d’Amiens et les 70 ans de la réunification syndicale de 1936, la direction confédérale fait tout pour éclipser ces références historiques du syndicalisme de classe. C’est à l’Institut d’Histoire Sociale de Midi Pyrénées que l’on confie la tâche de préparer une petite commémoration, la plus discrète possible. Il ne faut surtout pas mettre de contenu sur le concept d’unité syndicale. L’unité est avancée comme un slogan démagogique qui permettrait de cacher le fossé qui a toujours opposé le syndicalisme de classe et le syndicalisme de collaboration de classes. Ce malaise est vrai en France pour la référence au « syndicalisme rassemblé ». Cela l’est tout autant pour la nouvelle Confédération Syndicale Internationale qui est imposée aux syndicats CGT, au pas de course et sans aucun débat dans les bases syndicales.
La direction confédérale fait semblant de voir dans la moindre petite avancée (la DIF, le CTP,…) la préfiguration de la grande Sécurité Sociale Professionnelle qu’elle est incapable d’impulser… et même d’expliquer ! Est elle à ce point autiste pour ne pas observer qu’en fait c’est la Sécurité Sociale qui est en train de partir en morceaux, et cela dans tous ses secteurs (santé, retraite, mais aussi l’UNEDIC) ? Quant à la nouvelle politique de financement de la CAF, elle ne vise ni plus ni moins qu’à fragiliser le système de garde d’enfants et donc à réduire le droit d’accès des femmes à l’activité salariée.

On finit donc par se demander dans quel monde vivent les délégués qui ont voté les textes insipides de ce 48ème congrès. Leurs mandats ont il réellement été débattus à la base ? Car il faut nous expliquer comment les sections syndicales, les syndicats et UL vont s’appuyer sur des textes aussi vides de sens et de propositions pour mener la bataille dans les boites en lien avec l’interpro. La campagne pour le SMIC à 1 500 euros remporte un accueil très positif là où elle est menée. Mais, à la rentrée, elle a pratiquement été gommée des axes revendicatifs de la CGT et remplacée par une bataille pour les salaires, boite par boite, CCN par CCN. Il est vrai que la seule perspective générale avancée était de faire remonter des pétitions pour début juillet ! Désormais les syndicats sont invités à mener la bataille des salaires dans les NAO, entreprise par entreprise. Car comme chacun le sait c’est dans les NAO que le SMIC est négocié ! Franchement, avec des plans de bataille aussi débiles comment peut on faire sortir le mouvement syndical de sa crise profonde qu’il traverse de puis 20 ans. Dans les autres confédérations, même les plus « alternatives », la situation n’est guère plus brillante.

Lors de sa réunion nationale, le CSR a constaté l’impact, encore relatif mais réel, de son activité militante. Il a donc décidé de prendre ses responsabilités et de renforcer son intervention. Nous ne perdrons pas de temps à mener des batailles d’appareil. Une bataille qu’il serait d’ailleurs d’autant plus difficile à mener que la bureaucratie se refuse à mener le moindre débat de fond. Au débat stratégique elle ne sait que répondre par la calomnie et les attaques individuelles. C’est sur le terrain de l’activité syndicale concrète que les syndicalistes de classe vont pouvoir reconstruire leurs organisations. Nous savons très bien que la bureaucratie n’est pas un obstacle insurmontable. Sa puissance politique et son autorité morale sont toutes relatives. Elle est surtout dangereuse en raison de sa décomposition et de sa force d’inertie. Depuis 20 ans, on gravit les échelons de l’appareil syndical en faisant preuve de zèle et de servilité. Il ne faut pas se faire remarquer et attendre bien sagement son tour pour atteindre des responsabilités. Le vide militant a permis à des personnes, sans compétences et sans expérience militante de terrain, de se retrouver à des postes de responsabilité qu’elles sont incapables d’assumer. Alors, quand elles ont acquis un petit poste bien au chaud il ne faut surtout pas que cela bouge. On gère la routine et le syndicalisme de classe apparaît comme un élément perturbateur et menaçant.

Face à cette empathie, les syndicalistes de classe doivent donc exercer une pression constante sur l’appareil afin de l’amener à se réveiller et à appliquer, même partiellement, les décisions de la base. Dans cette ambiance de défaites et de repli individualiste, de nombreux militants et responsables syndicaux sincères ont finalement été pris dans cette logique de routine bureaucratique. Mais la crise est telle dans le mouvement syndical que de nombreux dirigeants et militants prennent finalement conscience de cet état de fait. Le patronat avance très rapidement et l’encadrement syndical intermédiaire se voit finalement menacé dans ses propres intérêts. C’est le syndicalisme de classe qui a conquis la Sécurité Sociale. Il n’y a que lui qui pourra la défendre et par là même défendre la retraite des milliers de dirigeants syndicaux qui vont partir en retraite dans les 5 ans qui viennent. C’est pourquoi la réorganisation du syndicalisme-révolutionnaire va poser de sérieuses contradictions au sein des appareils syndicaux. Les dirigeants syndicaux qui choisiront de s’attaquer au syndicalisme-révolutionnaire feront le choix explicite de liquider toute l’histoire de la CGT. Il devront aussi faire le choix de liquider ceux qui auraient été les plus efficaces pour défendre leur retraite.

Les SR sont crédibles en tant que force de rénovation et de reconstruction de la CGT. Le danger consisterait à s’enfermer dans une attitude confortable de contestataire, de dénonciation permanente de l’appareil ou pire encore d’attaques personnelles. Ces 20 dernières années, l’extrême gauche a échoué à occuper le terrain en raison de cette attitude frileuse. Les révolutionnaires doivent désormais passer outre et assumer leurs propres responsabilités. Le fédéralisme, garantie de démocratie interne, permet aux syndicats de se mobiliser avec d’autres en passant outre la passivité des appareils. La base des syndiqués est en accord avec nos propositions et bien avançons avec elle et nous laisserons au bord de la route ceux qui ne veulent pas se réveiller et ceux qui se cramponnent à leurs petits privilèges minables.

La Charte d’Amiens n’est pas morte, elle reprend vie !